Obédience : NC Loge : NC Date : NC


Nous ne sommes plus dans le monde profane !
Cela signifie-t-il que nous sommes dans le sacré ?

Avant de poursuivre nos explications, nous pourrions compléter cette question par une consigne qui déterminera notre attitude pour la recherche du sacré : « élevons nos cœurs en fraternité, que nos regards se tournent vers la Lumière ».

Le sens premier de la définition du mot « sacré » fait référence le plus souvent à la religion ; alors que le terme profane n'a rien de péjoratif mais fait référence à ce qui est dans le monde et qui ne fait pas parti d'un monde ou d'un groupe initiatique, mais dont la respectabilité se rattache à ce qui est vénérable. Le sacré n'a pas été inventé par une quelconque divinité ou religion mais bien par l'homme lui même. Ce en quoi ce sacré est rendu propre et pur.

Le titre même suppose une contradiction, entre les deux termes. Il laisse percevoir, si non un antagonisme, mais au moins une progression qualitative entre deux états. Peut-on à juste titre parler de limite entre le profane et le sacré ? Et où se situerait-elle ? Certains Maçons, pour justifier l’évolution de la Franc-maçonnerie, déclarent volontiers que leur rejet de toute religion et de Dieu en particulier comme Grand Architecte de L’univers correspond non seulement à une envie de clarification d'attitudes et de pensées mais surtout à un désir de liberté de conscience, de liberté de penser.

Ainsi parle-t-on volontiers d’initiation et de sacré au Rite Ecossais Ancien et Accepté, par rapport à un Grand Architecte de l’Univers qu’on refuse d’identifier à Dieu et qui peut donc être n’importe quoi, pour ne pas dire n'importe qui. L’initiation maçonnique est un processus de prise de conscience de soi-même, permettant d’accéder à une pensée véritablement libre et selon certains, à la vraie laïcité. Cette initiation est la base du perfectionnement moral et qui aboutit à l’objectivité du jugement rendue possible par la libre confrontation des idées sans contraintes ni à priori religieux.

Comment peut-on concevoir et évoquer le sacré ? La religion serait-elle le seul moyen d'atteindre ce sacré ? Faudrait-il systématiquement cet ensemble d’actes rituels liés à la conception d’un domaine sacré distinct du profane et destiné à mettre l’âme humaine en rapport avec le divin.

Qu'en est-il en réalité de ce qui est sacré, dans certains domaines ? Peut-on parler de profane ou de sacré en musique, au travail, dans des lieux où l'on pratique rites et rituels profanes ou religieux. Il nous faut de ce fait déterminer où finit le profane et où commence le sacré.

1) La musique détermine le mieux le sacré. Bon nombre de musiciens ont composé de la musique sacrée. En quoi est-elle différente d’autres œuvres ? Il n’y a en effet aucun trait particulier qui permette de différencier techniquement une œuvre profane d’une œuvre sacrée, si ce n’est leur destination ! On peut dès lors considérer qu'une œuvre est déclarée sacrée lorsque son auteur la destine à la liturgie, à la prière. Il fut un temps où tout art, musique, danse, poésie n’avait de raison d’être que pour conduire à la rencontre du Divin. C’est sans doute là, la fonction du sacré.

2) Autres éléments, les lieux sacrés, sont généralement des lieux de culte et toutes les religions ont les leurs. Ces lieux se caractérisent souvent par une construction particulière, mosquée, église ou temple. Mais plus caractéristique encore est l’attitude des gens se rendant dans ces lieux.

Ils adoptent une vêture particulière, respectent et appliquent une gestuelle et un rituel. Ces lieux sont rendus sacrés par l’attitude de ceux qui y pénètrent consciemment. C’est l’usage qui sacralise le lieu.

3) En Maçonnerie comment concevoir le sacré. Nous savons tous à quel point l’initiation Maçonnique insiste sur la « Glorification du Travail ». Cette glorification suppose un changement d’état et n’a rien à voir avec la quantité, mais bien avec la qualité qui prime avant tout.

Envisagé d’un point de vue initiatique, le travail trouve sa signification la plus profonde et sa portée la plus haute car il dépasse, dans ce cadre, le petit plan humain pour s’apparenter au plan cosmique. Le travail cesse d’être profane. Le travail redevient une vocation ; une fonction naturelle de l’état d’être humain.

Chacun, en son for intérieur, doit s’interroger sur la qualité de sa présence dans la vie professionnelle et de la finalité de son activité. Le travail, devient alors sacré dès qu’il constitue une collaboration consciente et affective à l'acte de créer.

Cette constatation nous conduit logiquement à considérer le travail maçonnique, sous l’angle sacré-profane, et à nous interroger sur notre attitude en loge. Les dispositions du rituel concernant notre vêture, nos signes et nos décors, sont destinées à orienter notre regard à forger notre pensée. N'étions nous pas des profanes avant notre entrée en maçonnerie. N'étions-nous pas dans ce monde fait de bruit, d'agitation, d'artifice où le temps présent se liquéfie dans le passé. C'est pourquoi nous avons eu envie de changer notre comportement pour pénétrer dans un monde sacré afin de participer à notre amélioration et contribuer à l'évolution de l'humanité.

Le respect des Landmark, de la Constitution, des Règles maçonniques en 12 points ou plus spécialement toute notre attitude, reflètent alors la conscience du franc-maçon d’être dans un espace et un temps sacrés. Nous nous imposons un rituel dans le respect et la tolérance des SS\ et des FF\ pour que se crée un égrégore, une communion entre tous les seuls membres qui participent aux travaux de la loge. Nous conditionnons notre cœur avec cette prédisposition à percevoir et à produire le sacré. C’est l'une des raisons d’être de tout ce décorum, de cette symbolique. Elle devient la seule et vraie raison d’être de la Franc-maçonnerie.

Les religions en tant qu'institutions ne sauraient donc avoir le monopole du sacré. Si la Franc-maçonnerie ne propose aucune quête de salut, le sacré de nos rites d’initiation est un sacré de création qui s’adresse d’abord et avant tout à la construction de notre « être » en ce monde. L’initiation symbolique transforme obligatoirement l’homme, elle se trouve dés lors en similitude avec la transformation d'un sacrement. Ce sacré devient sacrement en particulier parce qu'il transmet une influence spirituelle. Le chrétien baptisé témoigne des évangiles, le maçon purifie sa pensée de tous les préjugés de tous les sophismes, de toutes les passions aveugles, et de tous les bas appétits, pour renaître à une vie supérieure dans un lieu sacré. Autrement dit, nous créons le sens, nous décidons du sacré. Nous avons besoin de cette dimension spirituelle, toute subjective, qui donne de l'importance à certains lieux, gestes, rites, qui nous font émerger du temps et de l'espace ordinaires, afin de ressourcer ce qu'il y a en nous de meilleur et qui ne demande qu'à être exalté.

L'initiation maçonnique serait-elle porteuse d'une influence spirituelle ? Si nous pensons que la réponse est oui, nous constatons alors que point n'est besoin d'être religieux pour pénétrer dans un monde sacré. Les Franc-maçon ne s'excluent pas du monde profane qui les entoure, mais par leurs attitudes, ils agissent de manière à sacraliser le lieu où ils se trouvent.

En pénétrant dans le Temple nous entrons dans un lieu intemporel où les lois sont celles du lieu que nous devons respecter. Nous abandonnons nos métaux c'est-à-dire que nous quittons ce monde profane, pour accéder à un autre monde, à ce monde sacré qui nous est réservé et que nous avons choisi.

Ce Temple devient un espace sacré auquel nous donnons sens, quand le volume de la Loi sacrée, ou les Constitutions d'Anderson, ou la Constitution du GODF ou tout autre document que chacun estime être sacré, est ouvert et quand les outils sont dévoilés selon les différents rites.

En conclusion, ce monde au quel on accède est pénétré du sacré, parce chaque franc-maçon le veut. Nul profane n'aura sa place en ce lieu et seul le franc-maçon pourra le connaître, le comprendre et en percevoir le sacré.

A\ P\


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