3076-1 : On n’est pas Initié, On s’initie soi-même
W∴ L∴
En
relisant un Rituel pour le mettre à jour, j’ai
découvert, parmi tous les
mots et autres phrases du rituel qui s’y trouvent, une phrase qui a
retenu mon
attention.
Cette phrase dans le rituel est, à mon sens, une des pierres d’angle de notre parcours maçonnique et cela, à plusieurs niveaux.
Premièrement sur le choix.
En effet, personne ne nous a forcés à frapper à la porte du Temple en profane, pour y être admis. Nous sommes venus, chacun de nous, après des parcours de vie différents les uns des autres. Cette démarche est personnelle et volontaire, c’est nous qui avons demandé et accepté d’être Initié. Pendant notre Initiation, il nous est demandé plusieurs fois si nous persistons dans notre démarche. A tout moment, nous pouvons faire marche arrière. Nous avons accepté en pleine conscience de mourir dans le monde profane pour renaître dans la Maçonnerie.
De même, à chacune des étapes de notre chemin Initiatique, nous avons, non pas demandé, car nous ne sommes pas comme les trois mauvais compagnons, mais nous avons accepté d’accéder au grade supérieur.
Un des premiers préceptes de la Franc Maçonnerie est que ses membres doivent être Libres. Libres d’accepter ou de refuser. Ils sont les seuls maîtres de leur parcours et des chemins qu’ils doivent suivre ainsi que tu temps qu’ils mettront. On y trouvera ce que l’on voudra bien y mettre.
Ce qui m’amène au deuxièmement sur le perfectionnement.
Le fait d’être reçu Franc-maçon ne signifie pas pour le néophyte qu’il est aussitôt Initié.
Car, à chaque fois que nous sommes initiés ou que nous recevons une Augmentation de salaire, ces cérémonies ne sont pas là pour flatter notre ego. Et ces cérémonies de réception ne peuvent que rester très virtuelles, si le Maçon ne fait pas un effort personnel de compréhension, d’approfondissement et de perfectionnement du grade qu’il vient d’acquérir.
Nous avons le choix encore une fois, car ce n’est pas l’initiation qui nous donne la connaissance, elle nous donne simplement l’accès au Rituel et à la pratique du Rite. Ce ne sont que des outils entre nos mains et ils resteront inertes et inutiles si l’on n’apprend pas à s’en servir. C’est notre travail réel sur nous-mêmes et sur le Rituel qui nous amènera sur la Voie qui conduit à la Connaissance.
Là aussi nous avons le choix: soit, pour les uns, de choisir le chemin le plus facile en traitant les symboles en surface par rapport à ce qu’on en lit dans les livres et de faire tu « copié collé », et, pour les autres, de traiter de sujets qu’ils maîtrisent déjà.
Ou bien, on va plus loin que les livres, on essaye de lire entre les lignes, on se fait sa propre opinion en la créant de ses propres expériences. On traite des sujets qui nous sont plus étrangers. Mais cela est beaucoup plus difficile et demande plus de travail et surtout peut parfois faire mal car on livre une partie de soi-même. Il faut savoir en payer le prix. Nous sommes devant le miroir face à nous-même et notre moi intérieur.
Nombre d’entre nous se souviendront avoir regardé dans l’épreuve du miroir ce visage parfaitement clair et que l’on trouve peu attrayant, qui vous regarde fixement d’un air à la fois gêné et sombre… notre propre visage!
Mais avec réflexion et méditation et en travaillant en profondeur, en y mettant ses tripes, le Maçon persévérant réalise progressivement de quelle manière il doit lâcher prise sur cette sorte d’ego qui le trompe par ses faux espoirs et ses tentatives de céder à la facilité. Ayons le courage de nous poser la question et interrogeons-nous un instant: voulons-nous vraiment nous libérer de l’emprise de cette ego, véritable maître escroc qui, comme une pieuvre, s’étend sur notre esprit tout entier? Et, dans ce cas-là, l’épreuve du miroir sera toujours une épreuve. Ou voulons-nous persévérer et travailler sans faux semblant et faux fuyant. C’est un dur labeur en vérité qui nous est demandé.
Mais découvrir la voie sacrée par son travail personnel, c’est vivre en initié. Et alors les trois sentences du rituel « Frappe et on t’ouvrira, Demande et tu recevras, Cherche et tu trouveras » prennent toute leur valeur et leur sens.
Ce travail d’Initié est à la fois un travail solitaire, car personne ne peut faire la démarche à notre place, et en même temps un travail collectif, car sans le soutien et l’aide des autres Sœurs et Frères nous avancerions dans le noir en aveugle. Nous avons besoin d’être guidé par une main charitable et bienveillante pour nous diriger vers la bonne direction ou plutôt – car il n’y a pas de direction définie – tous les chemins mènent à Rome et donc vers la Lumière. Mais nous avons besoin de quelqu’un qui canalise notre recherche et notre énergie.
Et ceci m’amène sur le troisième point, la Transmission.
La aussi l’Initié a le choix de transmettre ou pas cet enseignement qu’il a reçu des autres ainsi que son expérience qu’il a acquise par son travail. Ce travail de transmission est important car il nous aide à mieux comprendre et appréhender les symboles. De pouvoir les transmettre, les expliquer et aider les jeunes initiés à les comprendre et, surtout, à les ressentir est un devoir et en même temps est nécessaire à notre formation.
Ce devoir de transmission est primordial dans notre parcours initiatique.
Car s’il ne peut y avoir d’Initié s’il n’y as pas d’initiation, il ne peut y avoir d’Initiation si il n’y a pas d’Initiés.
Je pense que cette phrase, résume et symbolise bien à elle seule ce devoir.
Et cette autre phrase « On n’est pas initié, on s’initie soi-même » devient évidente et pleine de sens quand on sait et que l’on a compris qu’il faut avoir une volonté spirituelle importante pour venir frapper à la porte du temple afin d’accomplir toutes ces épreuves; d’avoir la persévérance et la volonté de vivre le Rituel et de saisir à pleines mains les outils qui nous sont confiés pour aller chercher au fond de soi la Sagesse, la Force et la Beauté:
cette Sagesse qui invente, cette Force qui dirige, et cette Beauté qui orne.
Pestalozzi disait: « La bonne méthode pour apprendre c’est étudier, une meilleure est d’écouter, et la très bonne est d’enseigner ».
Derrière le rituel, c’est l’enseignement qui est important, et s’il existe bien des énergies en circulation dans l’univers et dans la Loge, c’est au cœur de notretemple de chair, que nous pouvons et devons, en prendre conscience.Concernant la circulation des énergies, j’ai réalisé combien l’Office de Vénérable Maître est important à cette circulation. Et c’est pourquoi, après notre entrée en Loge, avant chaque séance, nous avons institué un moment de musique afin de nous ménager un moment pour « nous décharger de nos métaux » et nous octroyer un instant de méditation avant d’occuper notre siège, pour le meilleur égrégore possible de l’Atelier. En effet, quand l’énergie ne circule plus dans un corps, celui-ci tend à se désunir.
Mais tout ceci n’est réalisable que s’il y a la volonté de transmission de la Loge par les frères au jeune impétrant, en le reliant comme maillon, parmi ses frères, à la chaîne de l’initiation.
De n’être pas initié et de s’initier soi-même, c’est la réalité à tous les degrés et surtout à celui-ci.
C’est réaliser et accomplir le sens de la formule alchimique du cabinet de réflexion, V.I.T.R.I.O.L. « Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem » – « visitez l’intérieur de la terre et, en rectifiant, vous trouverez la pierre cachée ».
Nous devons descendre en nous pour vaincre nos peurs et nos doutes. Et personne ne peut le faire à notre place. Rien ne peut être fait en dehors de Soi et de notre propre volonté. Nous sommes comme à l’épreuve du miroir lors de notre première initiation, devant notre pire ennemi: nous-même.
Nous devons seul traverser et maîtriser de périlleuses et terrifiantes épreuves, pour espérer trouver la Voie de cette quête d’ouverture de soi à la dimension du Sacré.
Il y a des chemins qu’on doit parcourir seul. Et chaque pas que nous faisons est une partie du but.
En conclusion de cette planche je dirais que:
nous portons, en nous, le pouvoir de trouver les réponses. À nous de le vouloir.
être Initié, c’est ne pas avoir peur de travailler,
c’est accepter l’épreuve du miroir régulièrement,
c’est savoir tendre la main comme on nous l’a tendue,
c’est écouter la voix de sa conscience,
c’est, plutôt que de simplement voir, se mettre à regarder,
c’est, au lieu d’entendre, tendre l’oreille pour écouter,
c’est accepter de mourir et de renaître sans cesse jusqu’à la mort ultime que nous attendrons sans trembler,
c’est se savoir à la fois unique et identique à ses frères.
Dans ce monde polychrome, nous sommes tous des hommes pareils.
Je ne sais pas personnellement si j’arriverai un jour à être un Initié parfait. Je m’y emploie de mon mieux. Mais il y a une chose en temps qu’initié que je peux faire sans difficulté, c’est d’être là, aujourd’hui, parmi vous.
J’ai dit.