Le Pavé Mosaïque
M∴ R∴ L∴
Mon tracé de ce soir, le Pavé Mosaïque m’a invité à m’interroger, quant à sa signification, à sa Symbolique, et c’est la raison pour laquelle je vous livre ce soir le fruit de mes réflexions sur ce symbole.
A mon initiation, les Officiers m’ont indiqué que mon devoir était de travailler ma Pierre Brute.
Pas un mot sur le Pavé Mosaïque n’a été prononcé.
Lors de mon passage au deuxième degré, j’ai contourné ce dernier plusieurs fois mais jamais il n’en a été fait mention.
A l’observation je remarque que, avant tous travaux Rituéliques, ce sont les trois Officiers portant un maillet et une petite Flamme qui s’en approchent pour y apporter de la Lumière sous la conduite du Vénérable Maître.
Ce Pavé est inerte tout au long de la tenue, si ce n’est qu’il porte le tableau de Loge, mais il n’est jamais mentionné.
On ne l’emprunte pas mais on le contourne et ainsi on nele souille pas d’un contact humain, ce qui n’est pas sans rappeler le fil entre la chaire de Salomon et l’Autel des Serments qui ne doit être coupé sous aucun prétexte.
Les colonnes sont placées aux trois angles du Pavé Mosaïque
La trilogie Sagesse, Force, et Beauté ne sont paspar conséquence à elles seule suffisante pour enfermer le Pavé Mosaïque
Un angle reste ouvert, c’est celui de la liberté de penser.
Au fil de mes lectures, j’ai constaté combien les interprétations symboliques du Pavé Mosaïque pouvaient être diversifiées.
Ce symbole est représenté par une alternance de carreaux blancs, tous de la même dimension, ressemblant fortement à un damier !
On peut faire une parallèle intéressante avec le jeu de dame mais je n’ai pas souhaité m’exprimer là-dessus, pour ne pas alourdir mon travail.
Parler d’un symbole, m’a-t-on soufflé
c’est de l’observer sous tous les angles,
c’est savoir ce que j’en fais,
dire ce qu’il m’inspire.
C’est donc dans cette perspective que je vais vous en parler. Ce Pavé Mosaïque m’intrigue et j’ai essayé de le ramener aux éléments de la vie, de ma vie.
Pour certains, il symbolise la dualité de l’individu, de l’un, de l’univers, des événements de la vie.
J’aime / je n’aime pas, je désire / je déteste, je veux / je ne veux pas etc…
Ce sont des mouvements qui dépendent de jugements qui, une fois prononcés,précipitent certains d’entre nous dans les contrariétés, les contrastes, les déchirements, les sautes d’humeur et les drames de la vie ordinaire.
La plupart du temps, ils n’en n’ont guère conscience.
Ces derniers, prennent la contradiction au niveau le plus tardif de sa manifestation, sans voir sa pensée racine.
Ceux-la ont appris à se résigner par avance, à penser que : « la vie est une lutte ».
Vivre dans des contradictions semble « normal ». Ce n’est que lorsque cela commence à faire très mal qu’ils s’en soucient vraiment.
La première approche du pavé mosaïque consiste donc à examiner cette étrangeté de nos vies : je veux / je ne veux pas, vécu en même temps.
Sur le même plan.
Sous le même rapport.
Donc je tire / je pousse en même temps, et … je m’étonne de ne pas avancer, d’être mécontent, frustré et insatisfait.
Ce mettre dans une ambivalence, dans un état de conflit se voir dans l’immobilisme où le concerné c’est lui-même placé.
La vie n’est pas statique mais intensément dynamique.
Si le profane pouvait couler avec le mouvement de la vie sans introduire la friction d’une opposition contradictoire, sa vie serait elle-même portée par le mouvement.
Il ne garderait pas le sentiment qu’elle est une lutte.
Mais ce n’est pas son expérience habituelle.
Ce n’est pas du tout le lot de l’expérience ordinaire, profane.
Dès l’entrée dans la vigilance quotidienne, il perçois le monde et l’expérience, comme celui d’objets qui d’emblée sont séparés de lui, et s’opposent à lui.
A ce moment il se dit :
Il y a moi et ces choses que je dois affronter, moi et ces résistances que je dois vaincre, moi, dans l’affrontement continuel de ma volonté et des événements.
Il y a moi et les autres, il y a moi et le tourbillon des évènements du monde.
Il vis harceler par cette « réalité » dans laquelle il est tombé et il se débats contre elle pour essayer « de devenir quelqu’un.
La traction de toujours devoir être ce qu’il n’est pas encore, le précipite dans le temps psychologique.
Il attend tout de demain, il espère que le futur pourra le combler, il craint qu’il ne soit fait que d’épreuves et d’échecs.
La peur de rater sa vie en n’atteignant pas les buts qu’il s’est fixé.
Le prophane cultive le scepticisme et l’amertume quand l’idéal n’est pas au rendez-vous, que la vie n’est pas à la hauteur de ce qu’ilvoudrait qu’elle soit pour lui.
Et par-dessus le marché, cette conscience qui dit « moi » « moi » « moi » ne cesse de proclamer sa sédition à l’égard de tout le reste pour étendre son empire sur ce qu’elle voit immédiatement comme un non moi.
En résumé, dans le conflit intérieur, il y a : la conscience d’une séparation entre moi et le monde .
Pour beaucoup l’opposition entre moi en souci de devenir, et ce qui est, entre le devoir être et l’être est une dualité. L’élément commun dans lequel la dualité prend naissance, c’est le sujet moi. Il faut que prenne fin la projection du souci de devenir, et la dualité perd son fondement.
Plus mystérieusement : que disparaisse le sens de l’égaux, arrêtez de penser et de dire toujours moi alors la dualité n’a plus rien qui puisse l’alimenter.
Il s’agit lade savoir se servir de nos outils offerts pour ne plus être dominé par les forces positives et négatives, mais de savoir les dominer, les maîtriser pour œuvrer d’une manière constructive.
La dualité du pavé mosaïque n’est pas une opposition, mais une coïncidence des contraires…
Tout ce concilie, dans un équilibre qui dépasse une dualité évoquée trop souvent avec une pensée stérile et déconcertante.
Il y aurait en effet deux façons de considérer la dualité : l’une mauvaise et profane (c’est l’opposition), et l’autre bonne et initiatique (c’est la complémentarité), et dans ce cas, le concept de complémentarité ne fait rien d’autre que … s’opposer à celui d’opposition, créant ainsi une nouvelle réfutation alors qu’elle était sensée de passer en positif tout contraste conçu forcément comme négatif.
Quel dilemme ? Le blanc le noir ?
Un Frère que j’apprécie beaucoup me dit :
S’il n’y avait que des carrés blancs ?
S’il n’y avait que des carrés noirs ???
Il n’y aurait pas de pavé mosaïque.
S’il n’y avait qu’un Régis prophane,
S’il n’y avait qu’un Régis apprenti,
S’il n’y avait qu’un Régis compagnon
Existerait il un Régis Maître ??
Un Régis qui aurait progressé pour lui et pour les autres
La dualité ne me semble pas vouloir dire opposition, mais au contraire addition.
Cela ne vous fait-il pas penser au serpent qui se mord la queue.
J’en resterais là, mes Frères, sur ce délicat et non moins amphigourique sujet qu’est la dualité.
Pour tenter de percer une autre signification du pavé mosaïque, je voudrais vous amener à regarder notre damier qui est devant moi entouré des trois colonnettes.
Il représente le centre de notre idéal en création, le balancier de la vie.
Sur un plan spirituel, nous sommes tous un damier noir et blanc.
S’adresserà un frère ne consiste pas à s’opposer à ses idées mais à vivre à deux la même expérience : « thèse – antithèse – synthèse ».
Là ! nous aurons avancé tant soit peu vers la lumière.
L’initié appartient à deux mondes, je dois avec l’aide de nos outils qui sont ne l’oublions pas sur le pavé mosaïque devenir capable de se situer dans l’un, dans l’autre, dans les deux mondes à la fois.
Car le profane et l’apprenti à ses débuts opposent le noir et le blanc.
L’initié, le compagnon, exercés à réunir ce qui est épars, perçoivent au-delà de la contradiction apparente la nécessité des oppositions.
Ainsi le travail de l’initié consiste à maintenir l’équilibre entre les oppositions.
Le pavé mosaïque constitue une des principales clés pour la réflexion symbolique.
Ma vision du pavé blanc n’existe que par ma vision du pavé noir.
Tout comme le Ciseau ne servirait à rien sans le Maillet, l’Equerre sans le Compas, le Niveau sans la Perpendiculaire !!
La plupart de nos outils et symboles se conjuguent par deux et n’ont plus la même utilité l’un sans l’autre : détacher l’un de l’autre retirerait toute efficacité à l’outil.
Les carrés blancs et les carrés noirs, tous deux sont nécessaires pour faire le Pavé Mosaïque, qui est un symbole à lui tout seul il est un, n’oubliés pas : Antithèse et synthèse, ainsi binaire débouche sur le ternaire.
Donc apprentis je marchais un pied dans le blanc, un pied dans le noir, ou plutôt je marchais entre le blanc et le noir, limite infime si dure à garder.
A ce moment,je pris conscience que j’étais réellement avec mes mécanismes profanes.
Le discernement est une des qualités fondamentales exigées au Maçon je pense que le Pavé Mosaïque nous donne une parfaite illustration de cette nécessité absolue sans laquelle notre quête n’a pas de sens.
Mes Frère vous aller me demander qu’est ce que le discernement : il est la faculté de pouvoirfaire preuve de suffisamment de distance pour apprécier les choses, les dires, les situation à leurs justes valeurs, en fait garder le bon équilibre.
Aujourd’hui compagnon, ma plus grande question a été comment le monde est moi, pouvons-nous nous marier dans la dualité et la multiplicité.
Vous tous mes Frères en pénétrant dans la loge, vous êtes un pavé multicolore, un damier, un tissu humain en mosaïque.
Et là ! Après l’ouverture de nos travaux les différences se voilent pour laisser apparaître l’ordre du tapis de loge qui nous offre les outils nécessaires pour aller vers notre lumière.
La Lumière sans elle, nous ne pouvons voir ce pavé mosaïque.
Grâce à elle je peux distinguer le noir du blanc et réciproquement.
Et cette Lumière que nous avons demandé lors de notre première entrée dans le Temple est en chacun de nous.
En nous orientant dans une même direction, une même unité, notre rituel fait que l’autre devienne un autre soi-même.
Nos tenues, aboutissement du rite sont transmise par des Frères compétents et qualifiés, c’est à dire capable de transmettre efficacement la puissance spirituelle qu’il avait lui-même reçue.
Un jour peut-être, mon tour viendra, serais-je assez digne lors des votes, le recul de mes réflexions seront-elle à la hauteur de notre idéal, qui suis-je pour me permettre de donner une valeur à telle ou telle affirmation ; ilfaudra souvent que je me rapporte au Pavé Mosaïque car il ne suffit pas d’être initié, il faut se nourrir de nos outils, mûrir, autrement dit se réaliser.
Le pavé mosaïque n’est pas un symbole spécifique à la Franc Maçonnerie
On le retrouve depuis l’antiquité dans tous les lieux religieux ou sacrés dont il constitue le sol: temples antiques, cathédrales, églises, temples maçonniques, et même…. dans certaines caves à vin…
Bien entendu tout ce qui est sacré n’est pas forcément religieux.
La Franc Maçonnerie n’est pas une religion, bien qu’elle relie les hommes, et pourtant, lorsque nous entrons dans nos Ateliers nous sentons bien que nous pénétrons dans un lieu « sacré.
Non pas qu’il s’agisse de l’antre d’une quelconque divinité ou d’un quelconque démon.
Mais il s’y passe quelque chose.Il s’en dégage quelque chose.
Une chose qui se dégage de notre commune union en loge, comme une atmosphère particulière issue de l’immanence des esprits éclairés des Frères de l’Atelier et que certains nomme « égrégore ».
Nos temples sont pour nous sacrés parce qu’ils constituent autant de microcosmes de l’humanité telle que nous la concevons et à laquelle nous aspirons, une humanité idéale bâtie sur les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.
Ici, nous n’avons pas forcément foi en quelque Dieu.
Ici, nous avons foi en l’homme et en son humanisme.
Ici nous sommes dans un sanctuaire où les Frères vivent chaque mois quelques instants forts, s’y ressourcent, s’y construisent, s’y développent, s’y épanouissent.
Ici nous sommes dans un lieu d’harmonie, préservé du chaos du monde extérieur.
Ici, nous sommes dans un endroit sacré.
Créer le Pavé Mosaïque, c’est unir nos multitudes, c’est vivre nos différences et nous réchauffer à notre Lumière commune.
Vivre en Fraternité, c’est regarder son Frère comme il est et non comme nous voudrions qu’il soit.
C’est accepter ses carrés noirs, mais c’est aussi s’émerveiller de sa Lumière blanche.
J’ai dit, V