Construction déconstruction reconstruction

Auteur:

P∴ L∴

Obédience:
110726 GLDF
Loge:
Non communiqué

Prolégomènes

Le coeur de l’intitulé de ces tenues d’été, Le chemin initiatique, désigne un processus. Un chemin implique en effet une progression, un mouvement, un itinéraire avec un début et une conclusion, bénéfique, cela va de soi ! Ce processus est la pratique maçonnique qui se fonde sur deux éléments principaux : les rituels et leur contenu, d’une part, et ce que les Maçons disent des rituels et de leurs contenus, d’autre part. Je mets à part l’effort du Maçon qui, puisque c’est une pratique, doit aller de soi. Les rituels développent une idée principale : il existe un ordre dans l’univers, qui est finalement devenu un impensé. Les rituels affirment aussi, globalement, par leur contenu, qu’ils peuvent permettre de retrouver cet ordre.

La notion d’ordre de l’univers n’est pas nouvelle, mais la contestation, non plus. Pour des raisons liées à leur grande indépendance d’esprit, les Maçons émettent des discours contestant souvent cette affirmation, même si, dans le même temps, ils ne manquent pas d’énoncer de manière psalmodique les formules révélatrices de l’idée principale, que ce soit par certaines devises générales, ou par d’autres plus particulières aux divers rituels qu’ils utilisent. Même si les Maçons se font une fierté de revendiquer une totale liberté de penser, ils sont contraints, sans en avoir conscience, par le contenu de leurs rituels.

Ce travail aurait pu s’appeler aussi Ordre et désordreen Maçonnerie, car les notions de construction et de déconstruction peuvent renvoyer au même schéma global. Si les rituels proposent une méthode pour retrouver l’ordre de l’univers, c’est qu’ils supposent, en préalable, que cet ordre est perdu, plus ou moins, donc  que le désordre est installé, plus ou moins. La construction est une mise en ordre, la destruction (ou déconstruction) est une absence d’ordre.

Ceci dit, nous développerons les idées suivantes :

‑ la Maçonnerie est un rite de passage
‑ elle s’articule autour de la notion de construction, qui constitue sa métaphore centrale
‑ la métaphore centrale de ce rite de passage particulier s’applique évidemment au pratiquant, et son but est la construction de l’homme, selon différentes modalités.

La Maçonnerie comme rite de passage

Bien que cette notion soit contestée par certains de nos plus éminents frères, la Maçonnerie peut être définie comme un rite de passage. La contestation vient sans doute d’une analyse superficielle de ce qu’est un rite de passage, qui n’est pas seulement une pratique des sociétés primitives et archaïques pour faire passer les adolescents à l’âge adulte. Il ne s’agit pas de confondre rite de passage et rite de puberté. Le rite de passage n’est pas, en effet, la tarte à la crème des sociologues (1) mais une catégorie opératoire permettant de rendre compte du phénomène rituel dans son ensemble.

Je ne définirais pas ce qu’est un rite de passage, nous supposerons que les principes en sont connus (comme le nom d’Arnold van Gennep 2), mais j’en rappellerai le schéma ternaire, devenu maintenant canonique, tant en anthropologie qu’en littérature. C’est une première précision, le rite de passage n’est pas fondé sur un schéma binaire, séparation /agrégation (2) mais ses phases principales sont d’abord les rites : de séparation (la mise à l’écart ou rites préliminaires), puis les rites de marge (déstructuration et approche de la mort ou rites liminaires) et, enfin, les rites d’agrégation (ou rites post-liminaires).

Chaque catégorie secondaire n’a pas nécessairement le même « encombrement », en termes d’objets ou de poids temporel.

Un rite de passage comporte aussi un certain nombre d’éléments transmis au cours des phases rituelles, comme une mythologie, le vrai nom des choses, des êtres et des dieux. En un mot, il transmet tout ce qui permettra à l’individu qui sera passé par le rite de devenir humain et de percevoir la cohérence du monde, les deux étant liés. En outre, ce qu’on transmet est toujours qualifié de secrets, et de secrets à ne révéler en aucun cas, sauf aux membres du groupe qui les transmet. Un rite de passage est destiné à faire admettre celui qui le vit dans la société des vrais humains, ceux qui ont droit à ce nom. Cela suppose, on le sait bien, que l’humanité du groupe est à la fois universelle et particulière et que le groupe a besoin des autres groupes pour vérifier son authenticité. C’est pour cela qu’elle se réaffirme en permanence (par exemple, le « Maçon rouge » se positionne en vrai Maçon, face à un Maçon bleu-vert ou à un Maçon bleu qui représente un groupe-cousin-issu de la même source-mais qui n’est pas la véritable humanité maçonnique. Bien entendu, le même comportement apparaît dans les autres groupes. Chacun a besoin de l’autre pour asseoir la (sa) véritable humanité).

Comme tout rite de passage, la Maçonnerie est une quête de la Connaissance, et elle concerne les mystères de la mort. Un rite de passage comporte une simulation de la mort par laquelle passe chaque individu vivant le rite. Le rite maçonnique est progressif, c’est-à-dire que, comme tout rite de passage encore, il propose un voyage en plusieurs étapes. Si les rites de passage des sociétés archaïques semblent faciles à évaluer, c’est parce qu’ils apparaissent comme un objet d’étude extérieur et qu’on leur prête une continuité linéaire.

Le blocage (voile), en ce qui concerne la Maçonnerie, vient de deux facteurs principaux : ceux qui s’interrogent y sont immergés (en général) et on les y a formés d’une certaine née par une unité de temps, de lieu et d’action, alors que le système maçonnique semble plus complexe. Il y a d’abord 3 grades, ce qui fait croire à 3 ensembles, alors que ce n’est qu’une manière très pédagogique de manifester l’idée de progression. On justifie cette manière de faire au moyen de divers discours, pour insister sur la totale particularité du rite maçonnique. Mais c’est une règle de tout rite de passage de se décrire comme très différent des autres et même largement supérieur.

Ensuite, il y a, dans tous les Rits, d’autres grades ou ensembles de grades, que les trois premiers. Mais les principes généraux en sont analogues. D’ailleurs, pour bien comprendre que le chemin maçonnique est une continuité, il est important de noter que, dans le rite, il y a des choses qui, une fois faites, ne sont pas réitérées ou qui ne le sont que parce le temps et les circonstances y obligent, pour donner à tel ou tel grade sa cohérence interne. C’est la reproduction « en miniature » du schéma général.

Considérons alors le système rituel maçonnique, dans sa globalité, comme un rite de passage avec, comme tous les systèmes de ce type, des caractéristiques culturelles particulières. L’un des fondements d’un tel rite est donc d’apporter à son récipiendaire ce qui lui manque pour devenir un humain « complet ». L’objectif du passage par le rite est de combler un manque, le manque originel, et de mettre en action des capacités autoréparatrices et autoconstructives humaines visant à atteindre la perfection, terme qui, dans le vocabulaire maçonnique (et chrétien) désigne l’accession au statut d’humain (véritable).

La Maçonnerie s’articule autour de la notion de construction, qui constitue sa métaphore centrale

Ceci étant dit, et pour se déployer de manière cohérente, la Maçonnerie s’articule autour d’une métaphore centrale, englobante, qui est le temple de Salomon ou, plus exactement, la construction du temple de Salomon. La première expression se constitue autour de deux pôles, « temple», puis Salomon, chacun ayant son caractère propre.

L’un évoque un édifice sacré, l’autre rappelle que cette construction se réfère à une culture particulière (Salomon-Bible). L’un est général, l’autre, particulier. Mais la formule que nous considérons comme « complète » apparaît lorsque, à ce premier ensemble, nous ajoutons une troisième notion, celle de construction.

Ici encore, la première notion est générale (construction), l’autre désigne un édifice particulier (temple). Il reste toujours un élément supplémentaire avec le nom de Salomon, qui forme une catégorie séparée. La métaphore de la construction qui fédère les divers éléments du système rituel maçonnique se développe au cours des grades dans toutes ses subtilités. On emploie toutes les ressources de la métaphore pour construire le système. Ce qui est remarquable, et nous l’avons remarqué, c’est qu’une construction est un processus, exactement comme un chemin.

Nous distinguerons donc, d’emblée, un processus général d’organisation d’éléments épars, appelés matériaux, visant un résultat qui sera matérialisé, à la fin du parcours, par un édifice. Mais l’édifice a partie liée au sacré, une « catégorie d’interprétation et d’évaluation qui n’existe, comme telle, que dans le domaine religieux » (3).Cette catégorie appartient à la vénération religieuse, qualificatif entendu sans connotation particularisante mais comme phénomène humain universel. Toute société, en effet, qu’elle soit religieuse ou laïque, fait une distinction entre sacré et profane. La question de classement de la société en question (religieuse ou laïque) est un problème de dosage.

La construction comme paradigme n’appartient ni à une société, ni à une culture, ni, non plus, à une civilisation particulière. Au contraire, on la trouve partout et toujours, sous des formes diverses, mais toujours fondée sur des principes comparables, et avec le même objet. Elle constitue un fait distinctif (le ta civilisation humaine. C’est l’une des meilleures manifestations de la notion de culture.

Elle traverse toutes les sociétés en conservant ses spécificités, n’étant l’apanage d’aucune. Dans ce qui est devenu le vocabulaire « maçonnique », l’art de bâtir peut porter plusieurs noms : la Maçonnerie (avec un M) bien sûr, comme art de la construction ; la Géométrie ensuite, comme art du tracé de la future construction ; enfin l’Architecture peut être mise à la place des précédents, utilisant lé tracé pour nourrir l’art de construire. Ces termes se recouvrent dans l’usage des Maçons et ces substitutions révèlent des points de contact entre eux.

Ainsi, pour dire que l’art de bâtir (la Géométrie, la Maçonnerie) fait partie des connaissances de l’humanité, et depuis ses débuts, le bon pasteur Anderson a-t-il écrit : « Les arts libéraux, et notamment la géométrie, ont dû être gravés dans le coeur d’Adam, notre premier ancêtre » (4). Il en va donc ainsi : sous forme métaphorique, Anderson indique que l’homme a toujours bâti, puisqu’il est homme. Le caractère universel de la construction n’échappe ainsi à personne. Et c’est là que la métaphore de la construction prend toute sa valeur. Lorsque l’on examine ce qui est attaché au métier de bâtisseur sur lequel est fondée la métaphore globale, on remarque que la notion de construction couvre un champ d’activités fort large. Cela va, en amont, du regroupement de tous les moyens nécessaires, dont les matériaux appelés à être utilisés au cours de travail, et en aval, à la réalisation finale de l’édifice. On peut même considérer un « début d’amont », la mise au point du plan, étape préparatoire, et une « fin d’aval », avec la première utilisation de l’édifice, étape ultime. Pour reprendre une formule qui, bien que rebattue, n’en est pas moins signifiante du point de vue matériel, cela commence par « rassembler de ce qui est épars »,pour aboutir à la perfection finale. On reconnaît là la plupart des notions appartenant au rite maçonnique. Il y a donc dans la notion de construction une volonté d’organisation, ou de séparation entre inorganisé et organisé.

Le schème de la construction devient alors organisateur de la démarche.

C’est en cela qu’on peut y voir une structure dynamique qui commande les principaux développements des rituels. C’est, d’abord, une technique ou, au moins, l’idée d’une technique, puis un processus en déploiement, enfin un résultat. Le résultat, l’édifice, est fait de parties, c’est-à-dire le contraire d’un amas informe. Ces parties, que l’on peut considérer comme distinctes, sont en même temps ordonnées selon un schéma unificateur qui en fait un tout parfait.

La seconde notion de notre première catégorie, le sacré, contenu dans le terme « temple » ne se limite pas, non plus, ou n’appartient pas à une société, une culture, un peuple ou une époque particulière. Le sacré est aussi une donnée universelle. Comme la première notion, le sacré pourra s’exprimer de manière contingente, suivant les lieux et les temps. Il aura ses déclinaisons, mais se nourrira pourtant de la même tension. À part les tenants d’un pénible fondamentalisme, le sacré appartient à l’homme en général, à aucune culture en particulier. Le sacré est aussi une notion organisatrice, puisqu’il détermine ce qui est admis de ce qui ne l’est pas.

Si les termes construction et temple recouvrent des notions universelles, « transversales », communes à toute l’humanité, dont les différences d’expression ne doivent pas masquer le caractère général, ils s’additionnent pour créer un paradigme commun : « l’édifice sacré ».Les éléments de l’expression « construction du temple de Salomon » sont ainsi liés de manière indissociable. La Maçonnerie entend construire ce temple et, bien entendu, elle ne fait pas allusion à un chantier de travaux publics. Par un jeu de métaphores enchâssées qui font tellement partie de notre héritage culturel qu’elles en deviennent muettes, la construction dite du temple de Salomon est la métaphore englobante du rite de passage qu’est la Maçonnerie, et elle concerne la seule construction de l’homme. Pour le dire autrement, l’adepte ayant pris conscience de son incomplétude, et s’étant engagé sur le chemin initiatique, se donne les moyens de combler ce manque en engageant la plus longue des démarches, la plus obsessionnelle, mais la plus passionnante, la quête de sa propre humanité.

Construction de l’humain

Le rite de passage, entendu de manière générale, fournit les outils permettant de construire l’homme qui le vit, sans jamais parler de construction. La particularité du rite maçonnique est de s’appuyer sur la métaphore de la construction sans jamais dire explicitement qu’il sert à construire l’homme ou à conquérir sa parcelle d’humanité. On y parle de tout autre chose, on insiste sur les décors et le brillant, « l’ésotérisme » et l’on prétend même y avoir recueilli ce qui était perdu. Cela met en jeu tout un appareillage intellectuel fondé sur une double identité qui influera sur les développements futurs de sa réflexion, la construction, l’édifice sacré. Nous mobilisons, par la métaphore, tout l’environnement (mental) de la construction : et, principalement, l’idée première, génératrice de la construction, la destination de l’édifice, l’établissement du plan, sa clarification et sa mise au net, le rassemblement des moyens (des matériaux aux agents d’exécution), la mise en chantier, 1a conduite des travaux,
l’aboutissement, la livraison finale. Il existe, ici, une intention aboutissant à la réalisation finale et matérielle d’un plan préalable.

Remarquons, de manière incidente, que cette intention marque aussi l’établissement d’une séparation : le principe de toute construction est en effet la séparation entre édifice et reste du monde, un espace (relativement) clos face à l’espace ouvert, l’intérieur vs l’extérieur. Mais en même temps, cet espace séparé est enclos dans ce monde, même s’il en distingue deux parties. Comme édifice sacré, s’ajoute à la construction projetée une seconde intention : la réalisation, justement, d’un plan particulier, destiné à abriter, ou à manifester le sacré, selon la manière dont on l’exprime. Ainsi, construire est l’organisé vs l’inorganisé, l’ordre vs le désordre ; l’édifice est l’intérieur vs l’extérieur, et le sacré est l’acceptable vs l’inacceptable. Dans tous les cas, chaque notion se détermine face à une : notion opposée sans laquelle elle n’aurait pas de sens.

Ces deux premières notions (temple et sacré) semblent donc, pour les Maçons, si intimement liées qu’ils les considèrent comme une seule et unique entité, sans en formuler immédiatement les implications. Nous devons, bien entendu, cela, dans son expression actuelle, à notre ami Paul de Tarse, qui a fait passer l’image du temple du concret au métaphorique. Car c’est lui qui enseignera les rapports intimes entre le corps de l’homme et le temple, plus exactement c’est lui qui fondera l’homologie entre les deux. Il fera ainsi passer d’un plan à l’autre. Ce que les Maçons font allègrement, sans payer nécessairement leur dette à l’ami Paul (Co 3, 16) (5).

Ces deux points fondamentaux, construction et sacré, sont unis par un troisième élément, exprimé par le nom de Salomon. Les deux principes universels s’appuient alors sur une tradition distinctive ce qui n’enlève rien à leur double caractère universel, mais cela les dote, en plus, de propriétés particulières ou, en conséquence, d’un environnement distinctif. Qu’elles soient envisagées par des chrétiens, à partir d’un texte appartenant aussi aux juifs, ne limite en rien ces notions, mais leur donne une « couleur » leur permettant d’être plus facilement reçues, dans un temps et une culture spécifiques. Si nous résumons, le schème de la construction englobe l’ensemble de la démarche et s’appuie : d’abord sur la configuration suivante : pour qu’il y ait construction, il est nécessaire qu’il existe des matériaux, mais ceux-ci doivent d’abord être éparpillés, un chaos originel, l’homme avant son passage par le rite.

Le processus sera l’organisation des matériaux pour parvenir à la perfection de l’édifice, le très métaphorique temple. Jusque-là, tout va bien. Le passage par le rite donne les outils permettant de combler le manque, de remplir le vide, de faire disparaître l’incomplétude.

L’adepte passe alors d’homme incomplet à homme achevé, de « non encore » (le profane) au « déjà » (initié ou dans le temple). En termes métaphoriques, ce qui était épars est assemblé, l’édifice est achevé et il est parfait, puisque terminé.

Mais, non, ce n’est pas terminé. Ce serait trop simple. Lorsque la perfection est atteinte, c’est-à-dire lorsque l’individu est passé par le rite complet, qu’il a vécu les trois phases ou ensembles de phases, qu’il a simulé la mort, qu’on lui a transmis les moyens d’atteindre la perfection, la métaphore se renouvelle. Pour revenir au schéma d’origine, on va voir s’opérer alors quelques modifications. Le « premier temple » est détruit, il faut en construire un second. Et même, entre temps, on peut découvrir un temple caché et souterrain, miroir du précédent, en quelque sorte dans les ruines du premier. Donc, ce qui était « matériaux épars » dans la première phase, devient « ruines que l’on réemploie », dans la seconde.

Il apparaît un schème du désordre, mais en réalité il a toujours été présent, puisqu’il était préalable à la première mise en ordre. Pour la seconde phase, il était nécessaire de trouver une autre formule permettant d’énoncer encore une fois la similarité des conditions. Cette nouvelle formulation devient « ruines du premier temple », alors que l’on disait « matériaux épars », pour matériaux nouveaux. Dans le renouvellement de la métaphore, l’ancien devient le « nouveau » dont on va faire sortir le nouvel édifice qualifié de « second temple ». Il sera parfait, bien entendu, aussi, cela fait partie des développements obligatoires puisque la conclusion doit être la perfection. Cela va même jusqu’à envahir tout l’espace (mental) par un temple final dont la forme est la perfection même. Mais « second temple » indique non seulement une phase nouvelle mais sa parfaite identité avec la première. Il y a poursuite du schéma mais nécessaire distinction des étapes.

Épilogue

Plus que destruction, on peut alors parler de déconstruction, une manière un peu plus longue de dire la même chose. On voit alors que la « perfection » dont on parle dans la phase 1 représente non un aboutissement mais un seuil à franchir. L’aboutissement se transforme en horizon d’attente. Ce qui semblait un état à conquérir est devenu un seuil qui fait disparaître la perfection comme réalité, mais permet de comprendre la durée du processus.

La perfection, la complétude, la construction achevée sont renvoyées dans un au-delà devenu projet permanent nourri de la même tension. Si sa réalité s’efface au fur et à mesure que l’on s’en approche, la construction de l’homme, le processus d’humanisation devient processus d’inachèvement qui ne peut que se poursuivre en permanence une fois engagé. C’est en effet la prise de conscience de sa propre incomplétude qui déclenche chez l’adepte la mise sur le chemin initiatique.

Chaque étape du chemin est une image du processus global, avec sa phase de construction et de déconstruction, d’avancée vers la perfection qui s’évanouit une fois atteinte. C’est même le processus global lui-même dont on voit bien qu’il est comme le sable retenu par la main fermée. On le sent grain par grain, on le tient, on en mesure la chaleur, mais on le sent aussi s’échapper inexorablement une fois capturé. La seule manière de sentir de nouveau sa consistance et sa chaleur est d’en reprendre une poignée. Pendant ce court instant, on maîtrise la perfection du sable. Le Rite Maçonnique est particulièrement bien positionné mentalement, puisqu’il répond au manque par l’idée de complétude, de construction, mais de processus continu (d’où l’impossibilité de la théorie de la transition, c’est-à-dire que ce rite soit issu des groupements de métier).

(1) ( ?) 1 Gabut. P`‑’I 159.
‑ Arnold van Gennep : Les rites de passage Étude systématique des lites, Emile Nourry, 1908. Reprint de l’édition de 1909 augmentée en 1969 ? Mouton and Go et Maison des Sciences de l’homme. A. J. Picard, Paris 1981. Gabut aussi.
(2) (FLS : Le texte de cette note reste incomplet ?) m*ère    1 ani    1 ; et le découpage en grades (toujours). Or, le rite de passage « archaïque » nous apparaît comme un tout cohérent, une sorte de bulle façon.
(3) 4 OTTO, Rudolf. I e sacré. Paris. Pavot, 1995.
(4) Les Constitutions des Francs‑Maçons. Londres, William Hunter, 1723.
(5) I Cor 3,16. Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?

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