L’Épiphanie
Non communiqué
Dans « La Crise du Monde Moderne » R. Guenon a écrit : « le hasard n’existe pas, dire qu’un événement s’est produit par hasard, voudrait dire qu’il peut se produire sans cause ».
Et lorsque j’ai commencé à
travailler sur le thème de ce soir, j’ai
réalisé que le jour de l’Épiphanie
coïncidait, à l’aube de ce siècle, avec
le cinquantenaire de son retour à l’Orient
éternel…
Aussi ne m’en voudrez vous pas si je fais appel à sa
recherche pour éclairer d’une lumière
particulière le symbolisme de
l’événement, même si elle
émane d’un personnage plus que controversé, au
moins dans son comportement…mais à qui on ne peut
nier le mérite d’avoir été un
« cherchant ».
Ainsi, il n’aurait pu voir de réelle coïncidence
dans la survenance, en cet espace de 12 jours (nombre en soi
symbolique) qui sépare l’Épiphanie de la
Nativité, de Hannoukah, la fête juive des
Lumières, ni de l’Aïd El Fitr, la
fête qui marque la fin du ramadan, ni même de
Kumbha Mela, que célèbrent 30 millions d’hindous
à l’occasion d’une conjonction stellaire unique, telle celle
de nos bergers et de nos mages rendant grâce à la
lumière.
En effet, la quête de René Guénon et de ses disciples de l’ « Ecole Traditionnaliste » a été celle d’une « tradition primordiale », qui transcenderait toutes les autres, et ferait la synthèse ésotérique de toute tradition spirituelle, – dont les religions constituent l’exotérisme, essentiellement les 3 religions du Livre, mais aussi bien le Mazdaisme, le Taoisme, le Bouddhisme et l’hindouisme, toutes ainsi réunies dans leur fondement.
Concernant l’Épiphanie, qui, rappelons-le, ne fait l’objet que de 16 phrases en 12 versets du seul Matthieu (2-1-12), René Guénon -repris par Jean Tourniac dans « Melkitsedeq ou la tradition primordiale»– en fait ainsi une fête porteuse d’un message universel, en s’appuyant « simplement » sur la symbolique des Rois/mages :
Dans la tradition chrétienne, la fête de l’Épiphanie célèbre la manifestation (sens étymologique) du Christ/logos aux nations, celui qui, dans sa gloire, « vient -selon Luc (1-68)- visiter son peuple ».
Nul ne sait d’où viennent les 3 rois/mages,
guidés par une étoile flamboyante, ni
où ils repartent, une fois leur mission accomplie.
Pour Guénon, si, le jour de l’épiphanie, ces
rois/mages viennent rendre hommage au Christ, c’est en tant que
représentants de la « tradition
primordiale », en tant que chefs de l’Agartha.
L’Agartha est le lieu symbolique -déjà
traçé par Zoroastre- où se conserve la
tradition primordiale, et la résidence du Roi du monde, Melkitsedeq,
principe personnalisé de cette Tradition, et
personnalisation du logos – le
« verbe », expression
même de Yahwé – dans le cycle Abrahamique.
Et si les 3 rois/mages viennent rendre hommage au
Christ, c’est qu’il vient de naître dans les trois
mondesqui sont leur domaine
respectif, cette trinité primordiale transcendant le
Christianisme naissant:
Melchior, Gaspar, Balthazar sont
respectivement roi, prêtre,
et prophète, les trois fonctions
suprêmes symbolisées par les 3 cadeaux offerts au
Christ que sont l’or,l’encens,et
la mirrhe.
Melchior en hébreu : c’est Melki,
(ou Melek pour les Veda), l’or ou roi de la lumière. Le Roi
c’est (Kshatriya), celui qui dirige les causes des
événements présents (attributs
bibliques : l’épée, la couronne et la
balance de justice).
Gaspar est le prêtre, (Brahmane)
celui qui parle à Dieu face à face (attributs
bibliques: l’encens qui s’échappe des plateaux de la balance
dont le fléau est l’épée)
Balthazar est le prophète,
maître spirituel par excellence, (Mahatma) celui qui
connaît les événements de l’avenir (le
laurier symbolisant la gloire, attribut du prophète), qui
offre la myrrhe, baume d’incorruptibilité (Amrita), en
lequel on peut voir l’annonce de la mort physique du Christ.
Ils représentent respectivement la terre (Bhu), l’air (Bhuvas) et le ciel (swar), les 3 niveaux de responsabilité des rois, prêtres et prophètes, soit le monde de la manifestation corporelle, le monde de la manifestation psychique, et le monde principiel non manifesté, ou encore le règne, la puissance et la gloire, (les 3 expressions de ces fonctions suprêmes) (cf : « car c’est à toi qu’appartiennent le règne,la puissance et la gloire » du Pater des Chrétiens).
Cette triade serait aussi celle des 3 tau, lettre grecque chère à notre école symbolique, le tau reliant le monde de la matière au monde invisible, la branche de la croix correspondant au monde transcendantal ne pouvant apparaître aux yeux physiques, et le nombre de 3 reproduisant celui des 3 règnes ainsi rassemblés sur le triangle sacré.
Pour faire vite, je vous épargne les surprenantes corrélations de cette symbolique avec les traditions non seulement hébraïque (et même Babylonienne, où elle prend sa source), mais aussi islamique et hindoue, qui viennent à l’appui de cette thèse.
L’essentiel est qu’en ce jour de
l’Epiphanie, l’Agartha, lieu
symbolique de la « tradition primordiale »,
rend visite à Jérusalem
(« Ville de David »,
où l’Ange du Seigneur conduit les bergers, lieu non moins
symbolique à l’égard des 3 formes de
monothéisme), et non pas à
Béthléem, où seul Matthieu situe la
naissance du Christ. Jérusalem est
(étymologiquement) la ville de la Paix, et Melkitsedeq est
le roi de justice et de paix, dont la capitale au pays de Canaan est
Salem, ou Shalem (la paix).
Le « Salem »
de Jéru-salem évoque le personnage de Melkitsedeq
; la première fois que Salem est mentionné,
c’est par rapport à lui. Melkitsedeq, qui signifie
« roi de la justice », est
roi (de Salem, c’est-à-dire de paix) et est par
ailleurs désigné comme « prêtre
pour l’éternité ».
On comprend donc le prestige que connut cette figure du
prêtre-roi dans la tradition juive. Celle-ci y a vu la
plupart du temps un type du Messie, l’identifiant selon la
terminologie de Philon au « Logos
éternel ».
Jérusalem est donc d’abord la ville dont le nom
ancien « Salem » résonne de paix, la
ville d’où venait Melkitsedeq (Genèse
14 : 8 ; cf. Hébreux 7 : 1), roi de justice qui avait
béni et soutenu Abraham dans ses combats (Genèse
14 : 18).
Dans cette perspective, la prophétie d’Isaïe prend un sens nouveau : « Debout, Jérusalem! Resplendis… les nations marcheront vers ta lumière ».
Mais, dans cette tradition Abrahamique, la représentation de Melkitsedeq – à la fois Roi, Prêtre et Prophète – implique l’homogénéité des pouvoirs la constituant : Melkitsedeq les possède tous les trois (règne, puissance et gloire), mais dans l’unité et avant leur distinction.
L’Épiphanie est donc à la fois message de paix et d’universalisme, volonté de nous ramener en amont du monothéisme, vers la tradition primordiale dont chacune des 3 religions du Livre est issue. Cet volonté d’universalisme qui se retrouverait sous forme exotérique dans l’imagerie chrétienne, où les Rois/mages réunissent aussi, autour de l’Enfant-Roi, prêtre et prophète, l’Afrique, l’Europe et l’Asie…
A mon humble avis, cette interprétation de
l’Épiphanie illustre bien la notion de tradition telle
qu’elle a été redéfinie par
René Guénon. Dans son essence, celle-ci
désigne toutes formes
révélées dont la fonction est de
transmettre la totalité d’un Message divin à
travers le temps. Dans le contexte particulier des
monothéismes ce message comprend une dimension
secrète, ésotérique, et une dimension
religieuse exotérique, formant un tout indissociable.
L’exemple de la Cabale dans le judaïsme ou du soufisme en
Islam fait état de ce lien profond qui unit ces deux
composantes de la Révélation.
Cela dit, chaque forme traditionnelle peut également
être envisagée comme étant la
manifestation adaptée et spécifique d’une
Tradition originelle, véritable Dépôt
primordial de la Science Sacrée. Ainsi la Tradition est-elle
à la fois immuable et soumise aux lois cycliques, ce qui
nécessite en conséquence la prise en compte des
contingences par la Providence et par les instances spirituelles
chargées de la représenter dans notre monde.
Qu’en penser ?
Permettez-moi de revenir à une vision à la fois
plus classique et plus personnelle…
L’ « Epiphaneia »
grecque, littéralement « apparition »,
décrivait la visite solennelle d’un roi, et par extension,
les illuminations, fêtes et réjouissances qui
s’ensuivaient.
Fixée aux environs du 11eme siècle au 6 janvier,
cette date fut a l’origine instituée en Orient à
la fin du IIème Siècle pour marquer une
triple célébration, celle de la
Nativité, du baptême du Christ et du miracle de
Cana, les 3 premières « manifestations
du Christ » (épiphanies ou
théophanies) au monde.
Cette solennité des orientaux supplantait a une date
identique les rites associés chez les égyptiens a
la crue du Nil, temps ou l’on puisait avec faste et splendeur l’eau du
fleuve bienfaiteur. Elle intégrait également la
grande fête païenne du soleil, qui chez les romains
marquait le solstice d’hiver, instant transcendant du
« Sol invictus »
où la lumière triomphait des
ténèbres, et chez les Grecs la naissance du dieu
Aïon (identifié avec Hélios, le soleil),
enfanté d’une vierge.
L’Orient chrétien, en reprenant a son compte l’ensemble de
ces thèmes symboliques, christianisera le 6
janvier par la célébration de
l’Épiphanie, à la fois fête du premier
jour de l’an nouveau, commémoration du baptême du
Christ, et évocation du miracle de l’eau changée
en vin aux Noces de Cana.
Dans l’Église Orthodoxe, le 6 janvier demeurera l’un des
temps forts du calendrier liturgique en associant a cette date la
bénédiction des eaux et le baptême,
signe de renaissance.
Par contre, l’Église Latine, en fixant plus
particulièrement son attention sur les Mages, fruit de
l’évolution de sa tendance populaire, s’attachera
principalement a l’aspect second de l’Épiphanie, au
détriment de la réalité initiale de
cette fête. Le 6 janvier deviendra seulement la
fête des rois.
Et s’il était encore besoin d’en rajouter, les dernières reformes de la liturgie romaine ont récemment reporté d’une manière très profane, la fête de l’Épiphanie au dimanche placé entre le 2 et le 8 janvier, occultant par la même toute l’importance symbolique des 12 jours se situant du 25 décembre au 6 janvier.
…et même si le prosaïsme commercial en a occulté le mystère, Il n’en demeure pas moins que le récit de la Manifestation de Jésus Christ aux Rois Mages venus l’adorer traduit ésotériquement pour le chercheur de vérité l’Épiphanie de Dieu, c’est a dire :
· La manifestation glorieuse du Verbe
· La Lumière en son commencement
· L’Universalité en sa finalité
Au-delà de tout dogme, cette trilogie de
principes dévoile et révèle
l’Épiphanie comme l’alpha et l’oméga de toute
réintégration a l’Unité.
Ce sont les apocryphes, textes postérieurs de 1
siècle aux évangiles, plus prolixes que Matthieu
sur le sujet, qui apportent le plus d’information et de renseignements
sur la singulière aventure de ces rois de
l’Épiphanie.
Figure emblématique de nombreux contes,
coutumes et folklores, les Rois Mages, ces exotiques voyageurs, ne
furent pas admis cependant sans peine dans le légendaire
chrétien.
Au 9eme siècle, ils sont assimilés
à des charlatans s’adonnant à la sorcellerie, et
leur présence dans la crèche relève
alors d’un sacrilège.
Quelques siècles plus tard, a la fin du Moyen Âge,
ils seront voués à la malédiction par
nombre de théologiens, au motif que leur fête
donnait lieu a des libations voire a des débauches, peu en
accord avec une célébration sacrée.
Mais anathèmes et condamnations restèrent
néanmoins sans effet, car les Rois Mages
demeurèrent toujours porteurs de ce merveilleux, dont
l’imagination populaire nourrit le sentiment religieux.
Des le 14eme siècle, « l’adoration des Mages » était devenue l’une des scènes les plus représentatives de la tradition chrétienne.
Selon la version officielle, les Mages, avertis de la
naissance de Jésus par une grande étoile, furent
dès lors guidés jusqu’à Bethleem. Ils
portaient en offrande des dons précieux : de l’encens, de
l’or et de la myrrhe.
L’évangile ne fixe pas le nombre des Mages, mais la
tradition, avec Origène, admet depuis le début de
l’ère chrétienne qu’ils étaient trois.
Quasiment a la même époque Tertullien en fera des
rois conformément a la prophétie
d’Isaie (60-3) : « les nations
vont marcher vers ta Lumière et les Rois vers la
clarté de ton lever. »
Dans leur traduction, les noms de Melchior, Balthazar et
Gaspard sont d’origine orientale.
Ces dénominations sont citées pour la
première fois dans les Évangiles de l’enfance,
texte rédigé au 9eme siècle
d’après un original syriaque daté de 590.
Mais d’ou viennent-ils ?
D’Orient, indication pour le moins bien vague, puisque
précisément a l’est du Jourdain ne
s’étend que le vaste désert d’Arabie.
L’Evangile dit qu’ils vinrent adorer le roi des Juifs parce qu’ils
avaient vu son étoile en Orient
–« Ex oriente lux »-,
preuve qu’ils en attendaient le signe. Képler a
montré que l’an 747 de Rome, qui pourrait être la
date vraie de la naissance de Jésus, a vu en conjonction les
planètes Saturne et Jupiter dans le signe des Poissons et
que, l’année suivante, Mars est venu se joindre à
ces planètes. Réunion rarissime des
planètes dites supérieures,…comme
celle du Kumbha Mela hindou.
Et c’est le même Matthieu qui nous dit
(24,29-30) :
« Comme l’éclair part du levant
et brille jusqu’au couchant, ainsi en sera-t-il de
l’avènement », de
même qu’il prédit pour le retour du Messie, le
phénomène symétrique :
« Alors apparaîtra au ciel le
signe du Fils de l’Homme ».
« Ex oriente lux »,
dans sa formulation, semble aussi indiquer, dans sa symbolique
première, le siège de la Lumière
incréée. Le levant, ce lieu où la
lumière originelle commence à paraître,
le levant, cet espace sacré d’ou émerge le point
central de la spiritualité, source de toute
démarche initiatique…
Sous le couvert de la voûte étoilée, la
voie à suivre vers l’Orient va se préciser,
même si les premiers pas se doivent d’être, dans un
premier temps, difficiles et hésitants…
Ces Mages, qui sont-ils ?
Le mot lui-même, dans sa sémantique
n’est pas indifférent : Maga en persan – Mag en
hébreu-, signifie « Don »
au sens de « Révélation ».
Les Mages sont Prêtres-Rois de la religion
mazdéenne, 7 siècles avant Jésus
Christ, Zoroastre fut en Perse l’initiateur et le prophète.
Son texte fondateur annonçait ainsi :
« A la fin des temps, au moment de la
dissolution qui les termine, un enfant sera conçu et
formé avec tous ses membres dans le sein d’une vierge, sans
qu’un homme l’ait approché.
On verra une étoile brillante au milieu du
ciel, sa lumière l’emportera sur celle du soleil.
Quand se lèvera l’astre dont j’ai
parlé, que des courriers soient envoyés par tous,
chargés de présents pour l’adorer et lui faire
offrande. »
A la prophétie de Zoroastre fait écho le Ps 72,10 de David : « les rois de Tarsis,…de Sheba et de Seba lui apporteront des dons. »
…Mais aussi une légende plus
archaïque :
Adam, chassé du paradis, avait trouvé refuge dans
une caverne creusée au flanc du Mont Victoriel, aux confins
de l’Iran et de l’Afghanistan d’aujourd’hui.
Il aurait, en ce lieu privilégié,
caché les seuls trésors sauvegardés
après sa chute : de l’encens, de l’or et de la myrrhe.
C’est sur cette montagne que les Mages astrologues guettaient de saison
en saison dans l’espace céleste, la manifestation
de l’Astre prévue par le prophète.
Lorsque apparut l’Étoile, ces maîtres
initiés firent aussitôt prévenir les
Rois qui régnaient sur l’Orient.
Ils étaient trois, se partageant les terres :
Le premier, Melchior, étendait sa domination sur la Nubie et
l’Arabie.
Le second, Balthazar, régnait sur l’antique royaume de Saba.
Le troisième, Gaspard, dominait les terres du pourtour de la
Perse.
Telle est apparemment transmise par la légende, la souveraineté de ces trois Rois qui vont, chacun de leur côte, se mettre en route, pour marcher ensemble vers la Palestine, a la rencontre de l’unité symbolisée par l’enfant Roi.
La tripartition géographique ne pourrait-elle pas ici symboliser les trois plans de l’homme, ces trois degrés de connaissance que notre Ordre suggère:
CORPUS – ANIMUS – SPIRITUS ?
N’est-ce pas le but de toute initiation, et plus
particulièrement de la nôtre, que d’atteindre au
plein éveil par la prise de conscience progressive de ces
trois états ?
Il ne s’agit pas, bien entendu, de parties juxtaposées et
indépendantes les unes des autres, car l’homme est un tout
dans lequel ces trois composantes
s’interpénètrent.
Mais il est du destin de l’Être, et plus
particulièrement du devoir de l’initié,
d’observer, d’analyser et de rassembler en lui ce qui apparemment est
épars.
Dans l’avancée sur cette voie royale, la quête spirituelle des Rois de l’Épiphanie est une aventure aux jalons hautement symboliques.
Le Moyen Âge, dans son imagerie traditionnelle, en a eu, semble-t-il, profondément conscience :
Elle décrit ainsi l’homme dans les trois
âges de sa vie :
Melchior à la longue barbe est le vieillard a cheveux blancs.
Balthazar dans la plénitude de sa maturité porte
barbe noire.
Gaspard, l’adolescent imberbe, débute son périple
terrestre.
Par les trois couleurs différentes de leur
peau, ils incarnent également les trois branches de
l’humanité, issue des fils de Noé : Japhet – Sem
– Cham.
En eux, réside manifestement l’universalité de
l’espèce humaine toute entière.
Le message ésotérique qu’ils transmettent semble tout aussi évident :
Chacun, en étant tout d’abord
revêtu d’un long manteau, indique clairement par le port de
ce vêtement symbolique leur quête de la sagesse.
De plus, la teinte dominante de leur habit, noir
pour le premier, blanc pour le second, et rouge
pour le troisième, reflète la succession des
trois couleurs principales de la transmutation alchimique dans le
travail du Grand Œuvre.
En arrivant au lieu de la naissance, dans le sein de la
crèche, ils parviennent jusqu’au cœur de la
matière « rectifiée »,
au point central ou se cache le petit Roi, que les adeptes
d’Hermès appellent « Regulus »,
l’or de la pierre philosophale.
Se prosternant, en signe d’hommage et d’adoration, ils
offrent les présents, messages éloquents de ce
qu’ils voient en cet enfant :
· L’or, emblème de la royauté, pour le
Roi dont le « Royaume n’est pas de ce monde ».
· L’encens, symbole du sacerdoce, pour le Dieu.
· La myrrhe, métaphore du sacrifice, pour l’Homme
qui doit souffrir, mourir et être enseveli.
Guillaume Apollinaire sublimera cet instant magique en écrivant pour l’homme banal que nous sommes : « Nous ne portons pas pour beaux présents la myrrhe, l’or et l’encens mais le sel, le soufre et le mercure. »
Sur ce sentier souvent fleuri d’erreurs, gardons aussi
en mémoire le récit de Marco Polo relatant dans
un de ses carnets de voyage une légende transmise par un
lointain pays d’Orient.
Elle raconte que l’enfant, après avoir reçu les
trois offrandes donna aux trois Rois une boite close.
Regagnant leur contrée d’origine, les Mages l’ouvrirent.
Elle contenait une pierre.
Sur cette voie du retour, au milieu du chemin, (le « nel
mezzo del camine » de Dante), une pierre
brute, la mienne, la vôtre.
Et s’il m’était donné, en ce début d’année, de formuler un voeu, je nous souhaiterais que cette pierre se taille, afin de devenir le caillou blanc de l’Apocalypse (2-17) que celui qui se définit lui-même comme « le Premier et le Dernier » donne à celui qui vaincra : « un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, sinon celui qui le reçoit. »
En tant que seul et unique ennemi de nous-mêmes, Vaincre, c’est nous vaincre, en acceptant de vivre à ce qui nous fait mourir.
Dans ce « De Profundis » se retrouve et s’inscrit le nom de celui qui « Est ».
Et même si je préfère,
à titre personnel, à l’adoration des mages celle
des bergers qui étaient si petits que le Mystère
leur fut révélé par des anges, et qui
n’avaient à offrir que l’unique trésor qui leur
appartînt – leur cœur –
Melchior, Balthazar, Gaspard, 2 000 ans nous séparent, mais
votre légende, dans toute la magnificence de son
Épiphanie, emplit notre cœur
d’espérance :
Il y a en chacun de nous une étoile pour
nous révéler la lumière.
J’ai dit, VM
Notes :
Donc au moins quarante jours après la Nativité (Lévitique XII, 2-4). L’Enfant n’était déjà plus dans la crèche, mais dans une maison (MATTHIEU II, 11). D’autre part, LUC (II, 39) mentionne un voyage de la Sainte Famille à Nazareth après la présentation ; les mages seraient donc arrivés après le retour à Béthléhem. D’ailleurs, l’Évangile dit formellement (MATTHIEU II, 13) que c’est après le départ des mages que Joseph, divinement averti, s’enfuit en Egypte pour soustraire l’Enfant à la fureur d’Hérode.
Matthieu, qui nous raconte cette histoire, semble se plaire, tout au long de son Évangile, à nous présenter comme modèles de croyants, non pas les Juifs, fidèles jusqu’à l’esclavage à la loi de Moïse, mais le centurion romain, dont il guérit le fils, la samaritaine, la siro-phéniienne, le publicain Zachée et la prostituée Madeleine. Et il mettra dans la bouche d’un soldat romain, dès le moment de la mort de Jésus, le cri de foi : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ».
N’oublions pas que lorsque Matthieu
écrit son Évangile, vers les années
80, soulignant la manifestation universelle de Jésus, dont
les premiers adorateurs sont des mages venus d’Orient,
l’Église vient tout juste de surmonter sa
première crise profonde, causée par
l’ouverture de sa prédication aux nations
païennes.
C’est le même message déstabilisateur et
quelque peu ironique – comme celui de Matthieu –
que lançait Isaïe, écrivant au moment
où les Juifs, à peine de retour de
l’exil, sont occupés à reconstruire la
Cité Sainte, et leur montrant toutes les nations
païennes s’ouvrant à sa
lumière.
Pour nous, Chrétiens d’aujourd’hui,
c’est là une invitation, non seulement
à enseigner le Christ et son message à toutes les
nations, mais aussi à savoir reconnaître la
manifestation (l’épiphanie) de Dieu dans le
cœur de toute personne de bonne volonté, de
quelque religion qu’elle soit, qui cherche Dieu
sincèrement en suivant l’étoile apparue
dans son cœur et dans sa conscience.
À l’aube du troisième millénaire, alors que l’universalisme culturel, idéologique et technologique est devenu un fait de tous les jours, l’universalisme religieux devient chaque jour plus important. C’est là la réalisation de la prophétie d’Isaïe.
À l’origine donc, elle
célébrait l’anniversaire du baptême du
Christ. Dans les Églises occidentales,
l’Épiphanie commémore la
révélation faite aux Gentils de la
messianité de Jésus-Christ comme
l’annonçait la venue des trois Mages (cfr St Matthieu, II,
1-12) apportant de l’or, le présent des rois, de l’encens,
utilisé pour le culte et de la myrrhe, pour
préparer le corps à l’embaumement…
L’Épiphanie, observée depuis 194 apr. J.-C., est
plus ancienne que Noël et a toujours été
une fête de la plus haute importance.
Les Rois Mages arrivent en fait ce jour là auprès
de Jésus, de retour d’Egypte où il
avait fui pour échapper au massacre.