0°
#1201015
QUE SAVEZ-VOUS DU TRIBUNAL D’OSIRIS ? QUELS ENSEIGNEMENTS SE DEGAGENT DU 31ème DEGRE ?
Non communiqué
Introduction :
Le trente-et-unième degré traduit un besoin constant dans toute organisation humaine de réguler son fonctionnement, aussi concerne-t-il théoriquement ce qui est de l’ordre de l’évitement des erreurs ou des déviances du rite. C’est donc de la fonction judiciaire qu’il s’occupe.
Le sens administratif symbolique de ce degré consiste à assurer le respect de l’initiation préalable. Le récipiendaire, Chevalier Kadosch doit témoigner d’un savoir suffisant sur les trente premiers degrés pour qu’il puisse mener à bien sa mission d’inquisiteur du rite, c’est-à-dire celui qui cherche à s’informer sur la compétence des adeptes des degrés précédents. Sa place à ce rang se justifie alors pleinement. Ce degré joue aussi comme d’apprentissage à la gestion.
En effet, le meilleur moyen d’apprendre à gérer est de chercher à mieux connaitre ce qu’on aura sous sa responsabilité. Il ne faut donc pas voir l’adepte du trente-et-unième degré comme celui qui rend justice. C’est plutôt quelqu’un qui se familiarise avec sa mission de gestion en allant voir sur place ce qui se passe en amont et qui peut aussi dire avec pertinence ce qui convient pour conserver au rite sa pureté initiatique traditionnelle.
Pour le développement du thème susvisé, je propose le plan ci-après :
-1- essais de définition ;
-2- le Tribunal d’Osiris ;
-3- les enseignements au 31ème degré ;
-4- conclusion.
I-Essais de définition
-Tribunal : lieu où est rendu la justice ; palais de justice ;
Juridiction d’un ou de plusieurs magistrats qui jugent ensemble.
Ce qui juge : le tribunal de la conscience, le tribunal de dieu (la justice de l’histoire.)
-Osiris : une des principales divinités de l’ancienne Egypte, frère et époux d’Isis et père d’Horus. C’est le dieu du bien, de la végétation et de la vie éternelle.
-Enseignement : action ou manière d’enseigner. Organisation de l’instruction.
Profession des enseignants, faire carrière dans l’enseignement.
Leçon donnée par l’exemple, l’expérience.
Enseigner, c’est transmettre un savoir théorique ou pratique.
-2- Le Tribunal d’Osiris
Dans le déroulement du rituel lors de mon élévation au 31ème degré du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le Vénérable Franc Comte a dévoilé le tableau présentant le temple d’Osiris. Ici, le temple est dit « Tribunal » et fonctionne comme suit :
« Le mort, amené dans le monde souterrain par la barque solaire qui chaque soir s’enfonce à l’occident, se présente dans la salle de la double Justice où siège Osiris avec ses quarante-deux accesseurs, préposés chacun à la répression d’un des péchés stigmatisés par la morale égyptienne ; le défunt est contraint à une confession sincère et générale. Son cœur (parfois son double) est déposé dans un des plateaux de la balance ; dans l’autre figure une image de la déesse de la Vérité, Maât, ou son symbole, consistant en une plume d’autruche. Horus et Anubis surveillent chacun un des plateaux ; Thot, dieu des scribes, annote la pesée et, suivant le résultat, Osiris prononce l’acquittement ou la condamnation. Dans le premier cas, l’âme sera assimilée à Osiris lui-même, qu’elle accompagnera désormais sur la nef du soleil dans les espaces du ciel lumineux, ou bien, elle ira revivre sa vie terrestre, sous des conditions plus favorables, dans les Champs d’Yalou, le séjour des Bienheureux. Dans le second, l’âme coupable sera dévorée par le monstre cynocéphale accroupi devant le Tribunal, ou bien elle sera plongée à tout jamais dans les ténèbres du monde infernal. Telle est la scène si souvent dessinée et décrite dans Le Livre des morts que les égyptologues s’accordent à présenter non seulement comme un Rituel funéraire, mais encore, comme un manuel d’initiation. »
Dans Les Chroniques du 31ème degré à la page 16, nous lisons : « Ceux qui ont pratiqué la justice, lorsqu’ils étaient sur la terre et qui sont convoqués au séjour de la joie du monde, pays où l’on vit d’équité ; leurs actions justes leurs sont comptés en présence du dieu grand, destructeur de l’iniquité et Osiris leur dit : A vous la justice ! Justes, unissez-vous à ce que vous avez fait dans la condition de ceux qui m’accompagnent au Palais de l’Esprit Saint. »
-3- Enseignements du 31ème degré
Les enseignements du grade sont multiples et multiformes. Je me pencherai successivement sur la justice et l’équité, la conscience ou la prise de conscience et les devoirs.
-3-1- Justice et équité : mots sacrés du 31ème degré
Justice : C’est le crédo du Grand Juge Commandeur. Mais il ne s’agit plus de l’organisation profane qui est une condition nécessaire à toute société humaine.
L’enseignement du 4ème au 18ème degré, nous permet de réaliser la portée spirituelle de l’enseignement des évangiles, de la gnose, de la cabale et de l’alchimie. Nous savons que la Lumière et les Ténèbres se complètent ici-bas et qu’il n’y a pas de jour sans nuit.
Au 18ème degré, après une longue et constante ascèse initiatique, le Chevalier Rose+Croix a su se dégager de la dualité des contingences matérielles, ainsi que de la contradiction du monde des apparences. Il a su atteindre symboliquement le centre de la croix, c’est-à-dire le point où se résolvent les contraires et se fondent les oppositions.
De même que le chantier du 22ème degré est voué à l’idée du Travail, que le Vihara du 26ème degré se rapporte à la pratique de l’abnégation et de la solidarité, que l’Ecclésie du 29ème degré proclame la loi d’Amour et que l’Aréopage des Chevaliers Kadosch est consacré à la tolérance, c’est la notion de justice qui fournira au Tribunal du 31ème degré l’objet principal de méditations et de ses travaux.
Il convient de souligner que l’enseignement du 28ème degré nous a confirmé que le Bien et le Mal, qui sont tous deux relatifs, ont leur raison d’être et que l’instabilité apparente des choses est indispensable à l’équilibre de l’univers.
Dans le Tribunal du 31ème degré, la justice ne s’exerce pas sur le plan matériel ou moral, mais seulement sur le plan spirituel.
Quant à l’équité, son étymologie évoque le traitement égal des hommes, le respect absolu de ce qui est dû à chacun. L’équité met en lumière l’inévitable imperfection du droit. Elle peut être invoquée dans diverses circonstances et contribue aussi à compléter, corriger ou humaniser les règles du droit.
En fait, l’équité se définit comme une justice équitable, impartiale et doit être vécue quotidiennement. Elle nous invite à aimer nos proches, nos frères et tout individu afin de réaliser l’harmonie universelle. Ainsi, apparait la notion de l’Unité qui est l’accord et l’harmonie dans la mesure où les contraires s’unissent et se complètent. Parvenu à ce niveau, l’initié doit unir le microcosme et le macrocosme, l’esprit et le corps, la foi et la raison, le visible et l’invisible.
-3-2- La conscience ou la prise de conscience
Ici, encore, c’est un cheminement.
Les voyages du Compagnon lui permettent de parfaire son savoir par l’acquisition d’une maîtrise des sens, des sciences et de découvrir la splendeur cosmique du G A D L U et du devenir qui peut être le nôtre au travers des deux sphères : « Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. »
Si le 3ème degré nous place entre l’équerre et le compas et nous projette dans une verticalité, c’est l’ensemble des degrés jusqu’au 18ème qui nous permettra d’atteindre une véritable prise de conscience.
Le 3ème degré nous a permis de cerner le fait que nos défauts sont à l’origine de nos échecs spirituels et qu’il nous faut une palingénésie consciente pour pouvoir véritablement nous élever. Et c’est le 4ème degré qui permet de sortir de la matérialité par un vrai changement de plan vers la grande Lumière qui « commence » à paraitre. Il nous est fait le devoir de nous soumettre aux diverses sentences qui nous indiquent le chemin à suivre pour une connaissance de soi dans la fidélité à l’ordre.
Le 5ème degré nous invite à la sagesse par la fusion harmonique du Corps-Âme- Esprit dans la paix et la concorde sur le modèle honoré d’HIRAM, exemple absolu de vertu.
Le 9ème degré est consacré à l’égarement, à l’absence de vigilance passagère qui libère nos pulsions négatives que Salomon transforme en lucidité et pardonne pour nous conduire vers la justice, la fraternité.
Dans ce cheminement, nous arrivons au 11ème degré, Emerech, Homme conscient, vrai et parfait en toutes circonstances.
Au 13ème degré, en dépit des succès précédents, la révélation nous replace dans notre réalité, notre connaissance imparfaite, l’illusion, sur notre connaissance du Soi qui nous guide. Par le secours des enseignements des sefirots, nous sommes parvenus au centre de l’idée, mais nous ne pouvons que prendre conscience de ce que le grand mystère de l’Infini reste pour nous derrière la onzième porte.
Au 14ème degré, la dérive de Salomon, sa personnalité multiple nous rappelle que le Moi possède divers aspects. Le Moi peut être considéré sur le plan biologique, psychologique, moral, social, religieux, etc… L’homme non structuré peut agir à quelques instants de distance de manière contradictoire qui nous invite au « j’ai à me perfectionner » pour atteindre la véritable conscience. Mais le rituel nous a incité à la paix, la concorde, la justice et la charité. Admis auprès de l’arche d’alliance, le « Devoir » évoqué au 4ème degré, nous est révélé et concrétisé par un anneau d’alliance « avec la Vertu et les hommes vertueux. » Cette nouvelle prise de conscience permet à l’initié un véritable dépouillement du Moi, de l’égo.
Le dépouillement du pont de Gandara nous accorde la L. D. P. et la victoire sur soi-même, complétée par la prise de conscience et la libération de l’illusion du matérialisme. Plus tard devenant Chevalier d’Orient et d’Occident, nous sommes déjà sur la voie du Kadosch en charge de faire jaillir la Lumière à travers la prophétie de l’Apocalypse.
La prise de conscience du R+C passe par la fraternité et le partage. Au chapitre Rose+Croix, on retrouve la valeur initiatique du sacrifice par le don de soi et l’image du Pélican qui souffre et se sacrifie pour nourrir ses enfants.
C’est déjà à cette étape que va devoir se concrétiser l’examen de conscience du Kadosch dans sa réalisation ascendante, au-delà du Royaume des formes. De retour dans le monde, passage de la connaissance à l’action soutenu par la Connaissance de l’Absolu, par Amour de l’autre, le Chevalier R+C a pleinement pris conscience de ses devoirs.
Nous avons constaté au 25e degré que le Chevalier du Serpent d’Airain est asservi et que le serpent qui guérit la douleur intérieure symbolise l’énergie qui cicatrise le mal existentiel et qui prépare ainsi le 26e degré, degré du dévoilement du palladium.
L’enseignement moral du 26e degré est dirigé surtout vers le développement de la charité et de l’abnégation. Il convient d’ailleurs de souligner que le titre de Prince de Mercy fait songer au qualificatif de Seigneur de la Compassion, conféré à Bouddha.
Le 28e degré réunit en quelque sorte science, philosophie, alchimie et religion. Le Chevalier du Soleil synthétise les leçons reçues puisque par notre travail dans l’Art Royal, nous sommes parvenus au point de désirer connaître la Vérité.
Le Chevalier Kadosch, Univers complet, c’est-à-dire sublimé, unifié Corps-Âme-Esprit, va pouvoir collaborer au Plan Divin, dans la manifestation. Potentiellement en état de « sainteté », il doit avoir acquis la pleine maîtrise de son intériorité pour remplir sa mission. Son examen de conscience au sommet de l’échelle mystique lui donne une vision réelle de sa nature et de sa dépendance de l’Absolu.
Pour sa part, le Grand Juge Commandeur, pour mener à bien son action, pour avoir appris à se gouverner lui-même, doit être « homme juste », c’est-à-dire parfaitement « ajusté », doit continuer sa mission qui complète celle du Kadosch. A son point ultime, le Grand Juge Commandeur aboutit à la prise de Conscience du Mystère et demeure dans l’examen de conscience, dans l’équilibre et l’équité, pour ne jamais dériver de sa mission d’action et d’éveil.
-3-3- Les devoirs du Grand Juge Commandeur
Faudrait-il rappeler que le Grand Juge Commandeur a le devoir de veiller constamment à ce qu’aucun frère de quelque degré qu’il soit, ne s’écarte de ses devoirs, du respect du rituel de son grade et de tous les Textes réglementaires du Rite, du Suprême Conseil et de son Atelier. Il doit également éviter et sanctionner au besoin, toutes erreurs et déviances de fonctionnement.
En fait, le Grand Juge Commandeur, selon le rituel du grade à la page 39 doit : « Faire régner la justice à l’intérieur de notre Rite. »
Toujours selon ledit rituel à la 40, je cite : « Comme en témoignent le symbolisme de leur initiation, ils (les Grands Juges Commandeurs) doivent (tout autant et peut être plus encore qu’aux degrés précédents) s’intéresser, par leurs méditations et leurs travaux, à ce que la Franc-Maçonnerie mette au premier rang de ses préoccupations : la préparation du règne intégral et universel de la justice parmi les hommes et parmi les nations. »
Force est alors de constater que le devoir ou la fonction d’un « Inspecteur » est de surveiller, celui d’un « Inquisiteur » de se livrer à des recherches minutieuses et enfin celui de « Commandeur » d’exercer le commandement d’un ordre chevaleresque.
Son devoir est aussi de prendre les décisions impartiales en toutes occasions. Il doit donner le bon exemple, se montrer modeste, savoir écouter avec patience. Il doit devenir un éducateur, un protecteur et un guide tout en étant un censeur. Le devoir d’un titulaire du 31ème degré est aussi d’assumer seul ses actes, puisque le Tribunal ne fonctionne pas comme une juridiction institutionnelle.
Ce grade n’est donc qu’une étape, qu’un point de départ. Mais alors, son véritable rôle est de veiller sur ses Frères, être leur juge et leur mentor ou poursuivre son propre chemin initiatique.
-4- Conclusion
Le grade de Grand Juge Commandeur constitue une étape initiatique d’un niveau très élevé, caractérisé par un état de connaissance et de la réalisation spirituelle qui donne à l’action du Chevalier Kadosch une direction conforme à celle de la Loi Universelle, à celle de l’évolution et à celle du plan du Grand Architecte de l’Univers.
Le combat pour la justice se fait en loge, en groupe et où notre personnalité sera désormais vouée au service exclusif de l’ordre, lui-même au service de l’humanité, sans oublier la devise du Rite : « Liberté-Egalité- Fraternité », qui nous place dès le début de notre cheminement sur la voie de l’équité.
Vénérable Franc Comte, dignitaires qui illuminez le Saint des Saints et vous tous mes Très Equitables Frères en vos grades et qualités. Je n’ai pas la prétention d’avoir satisfait votre attente. Vos apports et contributions m’aideront à parfaire ce travail.
J’ai dit.
Bibliographie :
– Rituels du 1er au 30e degré du Rite ;
– Livres d’instructions du :
. 28e degré- Chevalier du Soleil ;
. 29e degré- Chevalier de Saint André ;
. 30e degré- Chevalier Kadosch ;
. 31e degré- Grand Juge Commandeur.