La Voûte étoilée

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Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
:  NC

« O homme, regarde-toi,


Tu as en toi


Le Ciel et la Terre »


Hildegarde de Bingen


« Prenez place mes frères ». Par cette formule, la première du rituel d’ouverture, le Vénérable Maître nous invite à trouver notre place dans la Loge. Dans la mesure où nous travaillons à notre perfectionnement, il s’agit aussi de la place que nous occupons dans notre vie, dans la société, comme dans le monde qui nous entoure.


Mais, parce que la Voûte Etoilée étend ses constellations au-dessus de nos têtes, le rituel du 1er degré nous incite plus encore à lever les yeux vers le Ciel et à prendre notre place dans l’Univers.



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Les Francs-maçons érigent des temples à la Gloire du Principe Créateur. Ce faisant, ils œuvrent de pair à leur propre édification et à la réalisation du dessein du Grand Architecte de l’Univers.



Le Temple de Salomon est leur référence et l’on trouvera dans le 1er Livre des Rois et le 2ème Livre des Chroniques les détails de construction du symbole fondateur d’une quête initiatique dont on sait qu’elle ne s’achèvera pas, du moins de notre vivant.



La Tradition maçonnique prend source dans la floraisonconstructive des XIème et XIIème siècles. A cette époque l’Art Roman étend à toute la Chrétienté, au-delà des frontières de l’Europe, un style architectural unique. C’est une première dans l’Histoire de l’humanité. Les Ordres monastiques et militaires ainsi que les Confréries de Bâtisseurs et les premières Loges Opératives, inspirés par l’esprit de la Règle de Saint Benoit et la courbure de la Voûte en berceau, s’épanouissent de concert. Au « Siècle Solaire » sont bâties les dernières églises romanes, chefs d’œuvre d’architecture sacrée.



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Le processusd’élévation d’un édifice présuppose la mise en œuvre de règles fondamentales et la planification d’étapes obligatoires, si l’on veut que celui-ci, une fois achevé, remplisse son office.


Le chantier débute donc par l’observation et l’étude des lieux où est prévue l’implantation. La localisation de la carrière d’où seront extraites les pierres et de la forêt qui donnera les poutres, le choix de l’orientation du bâtiment, l’esquisse du plan et l’élaboration du programme d’édification, comme l’estimation de la durée des travaux, seront déterminants pour la réussite du projet.



Pour passer du tracé au plan, en réduisant au strict minimum les écarts de dimensions, il faut posséder un niveau très élevé de compétences. Art du Trait, Proportion dorée, Cercle régulateur, Schéma directeur, Gabarit sont des termes spécifiques au Savoir des bâtisseurs.


La problématique essentielle de nos ancêtres opératifs a peut-être été le passage du plan à l’élévation. Dans la mesure où jusqu’en 1440 on ne représentait pas les perspectives, ils redressaient les plans horizontaux. Les proportions demeuraient constantes et les angles remarquables, transposés à la verticale, assuraient les échanges entre l’officiant et l’assembléeainsi quel’élévation spirituelle.


Dès lors, on peut aussi supposer que cette pratique aitplus relevé d’un parti-pris que du niveau de leurs capacités techniques. En effet, bien avant les Bâtisseurs romans, la représentation despersonnages sur les murs des temples de l’Ancienne Egypte procédait d’un raisonnement identique….



Ptahhotep a écrit :


« Rien ne doit être caché car la figuration n’est pas une apparence passagère mais une vision d’éternité ».



Dieux et mortels étaient tracés de profil, mains et torse de face. Les divinités étaient plus grandes que les Pharaons, de même que ces derniers surpassaient les hommes, par la seule volonté des Prêtres et des Rois et non par ignorance de la perspective !



Comme les Artisans égyptiens, les Bâtisseurs romans voulaient sans doute représenter le monde tel qu’il est et pastel que l’œil le perçoit.



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Le point, la droite et le cercle sont les éléments de base de la « Géométrie sacrée », ainsi nommée non seulement parce que le talent de nos précurseurs, maçons opératifs, s’est particulièrement exprimé dans la construction d’édifices religieux mais encore parce que leur langage vernaculaire, protégé par le Secret, constituait un véritable cheminement initiatique vers le Sacré.



En voici pour illustration ces vers que nous devons (sans doute) aux Tailleurs de pierres de la Bauhütte germanique :


« Un point dans un cercle


Et qui se place dans le carré dans le triangle ;


Connais-tu le point ? Tout est bien.


Tu ne le connais point ? Tout est vain»



Le visiteur qui pénètre dans une église romane, par le portail occidental, et s’avance vers le chœur, est saisi par la progression vers la lumière profonde : Le passage de la nuit au jour, de la mort à la vie, aété matérialisé dans la structure du bâtiment par la volonté du Maître de l’œuvre.


En levant les yeux il découvre une représentation stylisée de la Voûte céleste.



Celle-ci peut recouvrir la nef ou bien dominer seulement le chœur, à la croisée du transept et de l’abside, à l’Orient. Là, elle repose sur une base carrée et symbolise l’union du ciel et de la terre, du spirituel et du matériel, à l’image de l’homme décrit par Hildegarde de Bingen.



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Pour Homo rudolfensis qui vivait il y a 3 millions d’années etbalbutiait ses premières bribes de conscience, matière et esprit étaient consubstantiels. Dans son monde, toute chose, tout être, tout événement, tout acte était Sacré. Il contemplait le ciel avec une terreur mêlée d’admiration et la voûte céleste était le temple de tous ses espoirs comme des pires cauchemars qu’il tentait d’exorciser du fond de sa grotte.Homo habilis, un de ses successeurs dans la chaîne de nos ancêtres hominiens, découvrit sans doute le point en voyant les étoiles et imagina peut être le trait en les reliant entre-elles. Il inventa ainsi la Religion, au sens premier de « Religare ».


Les premiers hommes créèrent alors des temples éphémères à ciel ouvert, tournés vers la Petite Ourse et l’Etoile Polaire, tracèrent des cercles de pierres dressées puis, finalement, bâtirent des édifices, en forme de caverne, aux proportions de cette constellation et orientés suivant l’Axis Mundi.



En reproduisant le ciel parsemé d’étoiles au plafond de ses temples, l’Humanité a voulu accueillir le Sacré dans ses constructions et abriter sa quête de sens.



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La Voûte étoilée est une représentation de l’Univers, limité dans son apparence mais infini dans son essence.Ainsi chaque point en est à la fois le centre et la périphérie. A l’inverse du profane quipeine à assimiler ce paradoxe, le Franc-maçon s’identifie au point et prend place au centre de l’Univers. Ceci étant, il n’y aucune fierté particulière à retirer de ce constat car, vu l’immensité de l’un et l’extrême exigüité de l’autre, c’est au contraire à la plus grande humilité qu’il doit nous inciter et, de plus, chacun ici ce soir est aussi le centre de l’Univers… !



La science, qui situe approximativement la masse d’un homme adulte au point médian entre la masse d’un proton et celle de l’Univers tout entier, complète par ailleurs l’évocation cosmique, que Zosime de Panopolis résumait dans laformule : « Un le Tout ».



Inspiré par la pensée d’Hermès Trismégiste « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », l’Initié établit ainsi un lien analogique entre le Firmament, la Voûte étoilée du temple maçonnique et sa propre Voûte crânienne.



De là à se positionner comme médiateur entre le Ciel et la Terre il n’a peut-être que quelques pas à effectuer


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À 433,8 années-lumière d’ici brille Alpha Ursae Minoris, l’Étoile polaire actuelle pour l’hémisphère Nord. Une année lumière c’est 270 millions d’années terrestres pour un marcheur au pas.



Le jour, relativement proche, ou la technique permettra de développer des vitesses de déplacement supra-luminiques, l’espèce humaine se répandra, d’un système stellaire à l’autre, très loin de la caverne ou Homo erectus à tracé ses premiers dessins.


Les voyages intersidéraux, au moyen des « trous de vers », appartiendront peut-être à la réalité du futur Homo galacticus, comme les caravelles à celle de Christophe Colomb et les trains à grande vitesse, les navettes spatialesou les écrans tactiles à celle des hommes du XXe ou du XXIe siècle.


La rencontre d’autres formes de vie intelligente est la conséquence inéluctable de ces voyages.



L’Univers n’est pas seulement plus étrange que nous le supposons mais plus étrange encore que nous pouvons le supposer et, en l’état actuel des connaissances, nous pressentons aussi, avec quasi-certitude, qu’il n’est pas unique.



« Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père ».


Jean 14 :2



L’Humanité va devoir apprendre à vivre avec cette double réalité: nous ne sommes pas seuls au sein de la Création et celle-ci a engendré des univers multiples.



Même si la Voûte étoilée de nos temples maçonniques peut être comprise comme une métaphore de l’incomplétude du Temple de l’espèce humaine et de notre propre Temple intérieur, tout ce qui est physiquement possible sera accompli un jour: Le Cosmos est affaire de plan et d’événements, et non d’individus ou de peuples.



Les hommes représentent des événements qui s’inscrivent dans l’accomplissement du Plan du Grand Architecte De L’Univers… tout comme les pierres s’insèrent dans le Plan du Maître d’œuvre de l’Eglise Romane.



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L’observateur profane qui regarde le ciel, de nuit, rencontre une autre bizarrerie : Pourquoi la voûte céleste est-elle noire alors que des milliards de milliards d’étoiles y scintillent de tous leurs feux?


Le paradoxe d’Olbers, autrement nommé « Paradoxe de la nuit noire » apporte une réponse scientifique à cette question: Le rayonnement fossile éclaire effectivement le ciel de manière uniforme et puissante mais cette lumière physique, très décalée vers le rouge, n’est pas perceptible à l’œil humain.



Si la Voûte étoilée qui se déploie au-dessus de nous ici, est, comme celle des églises romanes, d’un bleu céruléen, couleur de l’Immortalité et de la Déité dans l’iconographie chrétienne, omniprésente dans les rituels des trois degrés des Loges symboliques, c’est pour évoquer une dimension qui nous dépasse. De plus, elle est entièrement éclairée, non seulement par les Etoiles, le Soleil et la Lune, mais aussi par chaque Frère porteur de la Lumière que la cérémonie d’initiation a révélé en lui.



Symboliquement,celui-ci est donc devenu « clairvoyant ». Au cours des voyages initiatiques, la transmutation de sa psyché l’a doté de nouvelles capacités,telles la « rétro cognition », souchée sur l’expérience acquise, et la « pré cognition » directement issue de l’intuition. Avant sa réception il envisageaitde se mettre en quête d’un but précis mais, en cours de route, de nouveaux états de conscience vont le confronter à des situations qu’il n’avait pas imaginées et qui influenceront son cheminement. Au hasard de l’errance il reliera des étoiles entre-elles selon des schémas que seule la Providence saura lui inspirer et tracera ainsi sa propre route qui ne ressemble à aucune autre.



Les myriades de corps célestes qui peuplent la Voûte étoilée symbolisent aussi la multiplicité des possibles et la liberté d’agir.



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Les étoiles de la Voûte sont lointaines et magiques. Elles murmurent aux humains, depuis la nuit des temps, des consolations après la mort, parce que pour survivre l’homme a besoin d’espérer.


La femme exceptionnelle qui partage ma vie depuis plus d’un demi-siècle y voit les âmes de nos chats et de nos chiens aujourd’hui disparus. Elle, qui s’affirme imperméable à tout type de croyance, pratique, inconsciemment, une forme de spiritualité !



Pour nous, Franc Maçons, l’opposé de la mort n’est pas la vie mais la naissance. En revanche nous n’éprouvons et ne pouvons concevoir de la Vie que ces deux passages et la période qui les sépare, consacrée à l’existence terrestre.Nous ignorons tout de ce qui pourrait se trouver entre la mort et la naissance. Nous pouvons affirmer qu’il n’y a rien ou bien croire à ce que postulent les doctrines religieuses ou bien, enfin, simplement douter et nous poser des questions.



Mais de même qu’il paraît difficile de réduire à l’aléatoire l’équilibre réciproque qui s’établit entre le proton, l’infinité cosmique et l’Homme, il est peu concevable que la stabilité de la Voûte étoilée puisse être assuréeuniquement par les seuls piliers Sagesse, Force et Beauté.


C’est le Sacré qui en complète l’assise et garantit la solidité de l’ensemble, mais comme l’a dit Antoine de Saint Exupéry :



« On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux »



Voici pourquoi il faut envisager le Sacré avec un regard neuf…..



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La Civilisation occidentale en a fait depuis des lustres un très mauvais usage.


Elle l’a confondu avec la dévotion, ce qui est un contre-sens.


Banalisé, il a été conduit en des lieux qui ne lui conviennent pas dans le même temps que les églises romanes ont été classées « monuments historiques » à visiter.


Profane et séculier ont voulu le chasser de la société civile. Pour cela ils ont imaginé une spiritualité laïque, ce qui (à mes yeux) est une « hétérodoxie » à l’égard des Trois Grandes Lumières disposées sur l’Autel des Serments. Le Sacré n’appartient pas à César, il est du domaine de la Déité.



Cet acharnement à se fermer à toutetranscendance et à exclure, au prétexte de laïcité, le nécessaire dialogue entre Foi et Raison de la sphère publique, a créé un vide gigantesque que tentent de combler des substituts de pacotille : course à la réussite matérielle et au pouvoir, philosophies de l’existence, illusions sectaires, science sans conscience, techniques de développement personnel, réseaux sociaux aliénants etc. et a favorisé, paradoxalement, la turgescence d’une religion obscurantiste …qui avance voilée.



En matière de réalisation individuelle, l’athéisme vaut peut-être mieux que l’idolâtrie ou le fanatisme religieux, mais le Franc Maçon ne peut se contenter d’un sous-produit de remplacement. La rencontre avec la métaphysique ne saurait lui suffire, même si elle est essentielle à sa quête: il doit réinventer le Sacré, parce que pour déterminer des valeurs l’homme a besoin d’un absolu.



C’est la condition obligée pour le lâcher prise, la dissolution, la régénération et la réorientation du flux vital vers la réalisation spirituelle. Autrement dit, la libération de l’esprit etdu cœur et leur réintégration dans l’Amour qui assure la cohésion de la Création.



Ainsi que l’écrivait Maître Eckart :


«  L’Âme et la Déité sont Unité ».



L’initié est un creuset contenant la Déité. C’est en entretenant la Lumière qui est en lui, par la Gnose conçue comme Connaissance de l’Ame universelle, qu’il peut sacraliser cette Déité qui le distance et y participer.



Parmi les nombreuses questions qui nous sont posées, ici et maintenant, celle qu’inspire finalement la Voûte étoilée, dans son indéchiffrable Beauté, est peut-être la suivante :


« Peux-tu, sans fermer les yeux, t’extraire du temps comme tu le désires et te rêver en dieu ? »



Ergief


2015 – 2020




Références et sources



·Cahier de Boscodon n° 4  L’Art des Bâtisseurs.


·CG Jung : Ma vie.


·Camille Savoire : Regards sur les Temples de la Franc-Maçonnerie


·Hermès Trismégiste : La Table d’Emeraude


·Le Livre des Morts, ou Livre pour sortir au jour.


·MM Davy : L’homme intérieur et ses métamorphoses.


·Ptahhotep : 45 maximes (De l’humilité et de la découverte de la Parole parfaite).


·René Guenon : Symboles de la science sacrée.

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