Pourquoi un Rite en Franc-Maçonnerie ?
Non communiqué
Vénérable Maitre ce soir, je vais tenter de vulgariser les termes de Rites, Rituels et obédience. Je vais découper mon travail en plusieurs parties. Didactique, explicative, historique. Puis, un peu plus initiatique, nous aborderons le sujet : Quelle est la raison pour laquelle, nous pratiquons un Rite, en Franc-Maçonnerie ?
Donc, pour pratiquer un Rite, pour l’interpréter, il faut des Rituels. Ces Rituels permettent de traduire la philosophie du Rite. En d’autres termes, le Rituel est le langage du Rite.
Pour résumer : Le RITE détermine l’ensemble des règles. Le RITUEL établit le déroulé des cérémonies, il définit le rôle des officiers. Tout cela en suivant les règles du rite.
Je vais oser une métaphore, imaginons que le Rite est une musique, le Rituel est la partition qui va permettre de jouer cette musique.
C’est ce Rituel qui permet à l’ouverture des travaux, de passer progressivement du temps profane au temps sacré. Et donc à la fermeture, de modifier notre état de conscience symbolisé par le retour graduel à la pénombre, avant de revenir à la vie matérielle.
La Loge rythmée par le Rituel évolue dans un cadre collectif, car la méthode maçonnique est obligatoirement collective, c’est la raison pour laquelle, aucun frère ne peut affirmer sa vérité.Nos réflexions doivent tenir compte de celles des autres.
Et sous le Delta lumineux, ce collectif est représenté par le Président, le Vénérable Maitre.
Il est l’intercesseur, la parole par exemple, passe exclusivement par lui. Un intervenant ne doit jamais s’adresser ni au conférencier, ni aux FF, mais uniquement au Vénérable Maitre.
Concernant le Rite, en Franc-Maçonnerie, il en existe plusieurs dizaines. Les plus courants sont le Rite Français, le Rite Ecossais Rectifié, le Rite Emulation et bien entendu le Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui est le Rite le plus répandu dans le monde.
Je ne vais pas trop m’étendre sur les Obédiences, ce serait fastidieux et sans intérêt. Mais juste pour information, vous savez qu’une Obédience est un ensemble de Loges et fonctionne en général comme une fédération. Chaque Loge à l’intérieur de ces Obédiences pratique un Rite. Certaines Obédiences sont multi-rites et d’autres, comme la Grande Loge de France, sont mono-rite, à part quelques exceptions.
Concernant l’historique de la Franc-Maçonnerie, les différents points de désaccord sont nombreux. Je vais me contenter de vous donner quelques généralités.
Pour certains, nos origines remonteraient aux constructeurs de Pyramides, et aux Templiers. Si cela est difficile à prouver, il est évident que les liens d’inspirations sont réels.
Les premières loges, dès le 12ème siècle, suivaient les constructions de cathédrales. Le mot « Loge » vient de l’anglais « Lodge » qui désignait des abris destinés aux ouvriers, les tailleurs de pierre, les charpentiers, les tuileurs etc.
Ce baraquement les protégeait de la pluie, ils y mangeaient, se reposaient et peut-être pratiquaient-ils déjà, des sortes de Rituels pour se transmettre oralement les secrets du métier.
En 1356, pour la première fois, le terme Franc-Maçon a été utilisé en Angleterre et en Ecosse, avec les créations de « company of Free-masons », pour les gens dits « du métier », les tailleurs de pierre.
Quelques textes ont tenté de codifier les premières règles de ces organisations. Textes que l’on nomme, « Olds Charges » ou « Anciens devoirs ». Vers 1370, il y eut, l’ordonnance d’York, puis le manuscrit Régius en 1390 sous forme de poème, le Cook en 1410 et en Ecosse les statuts de William Schaw en 1598. Ces écrits détaillaient les règles que devaient observer les « hommes libres du métier ».
Quelles étaient ces règles ? … Les devoirs moraux, les vertus, la glorification des Arts Libéraux, la référence à Dieu, etc.
On peut parler, déjà, dès le 14ème siècle de Franc-maçonnerie, de Franc-maçonnerie opérative. Là encore, le terme « Franc » ou « Free », amène des divergences sur sa traduction. Pour certains cela voulait dire, que les pierres qu’ils taillaient étant franches, c’est-à-dire saines, pour d’autres qu’ils étaient libres de se déplacer de chantier en chantier.
On peut estimer que ces textes sont déjà l’embryon d’un Rite. Ils se nomment, le Rite des Anciens Devoirs, ou le Rite du Mot de Maçon. Pratiquaient-ils des cérémonies ? Les avis divergent sur d’hypothétiques initiations. En revanche, ces textes évoquent des serments, serments de fidélités et de devoir.
On approche de notre Rite Ecossais Ancien et Accepté, nous avons entendu les mots, Ecossais et Anciens, qu’en est-il du terme « Accepté » ?
Le premier maçon, connu, étranger au « métier », donc « accepté », fut initié en Ecosse le 20 mai 1641. A partir de cette date, les Loges passeront petit à petit d’opératives à spéculatives. C’est-à-dire les loges accepteront des notables « non opératifs ». Vous savez que spéculatif vient du latin qui veut dire « observation » et par extension « réflexion ».
Les 2 premières Loges, de Franc-Maçonnerie, furent ouvertes en Ecosse. La Loge Kilwinning numéro « 0 » et la Loge d’Edimbourg qui porte le numéro 1.
Toutes les deux se disputent, encore aujourd’hui, le statut de première Loge.
La première Obédience a vu le jour en 1717 à Londres, et se nomme la Grande Loge Unie d’Angleterre.
Le Rite Ecossais Ancien et Accepté à 33 degrés, est né à Charleston au Etats Unis en 1801, avec la création par des Américains et des Français du premier Suprême Conseil.
Je ne vais pas vous raconter la genèse du Rite Ecossais Ancien et Accepté dans le cadre des Suprêmes Conseils, cela alourdirait la planche et nous risquons de flirter dangereusement avec des éléments qui n’auraient pas leurs places dans une Tenue au 1er degré.
Alors, pourquoi avons-nous besoin, d’un Rite en loge et en particulier le Rite Ecossais Ancien et Accepté ? Pour nous aider à répondre à cette question, reprenons le premier article de la déclaration de principes du Convent de Lausanne de 1875.
« La Franc-Maçonnerie proclame, comme elle a proclamé dès son origine, l’existence d’un Principe Créateur, sous le nom de Grand Architecte de l’Univers »
Le ton est donné, cette déclaration fondatrice, a, en définissant la Franc-maçonnerie, donnée un cadre au Rite Ecossais Ancien et Accepté. Ce cadre est spirituel et adogmatique. Le terme Grand Architecte de l’univers, permet d’entrevoir une spiritualité propre à chacun, dépourvu, de dogmes religieux.
Pour continuer sur le ce point, on peut dire un mot sur les termes théisme et déisme. Le Théisme du mot grec Theos Dieu, s’appuie sur une croyance ferme, en un Dieu révélé, que je peux qualifier de dogmatique. C’est le postulat des Loges anglaises.
En GLDF nous somme Déiste, réputé adogmatique, c’est la position défendue par la déclaration de principe du Convent de Lausanne que je viens de vous citer et qui proclame l’existence d’un Principe créateur, qui n’est pas nommé Dieu, pour laisser libre cours à l’interprétation de chaque initié.
Le Rite Ecossais Ancien et Accepté, appuyé sur cette spiritualité adogmatique, permet une évolution qui repose, sur l’Initiation, le langage des Symboles et en Grande Loge de France sur le Volume de la Loi Sacrée qui est la Bible ouverte au Prologue de St Jean.
La raison de la présence de ce Volume n’est pas de relater des faits historiques, de présenter une religion ou même d’expliquer comment fonctionne l’Univers, non, la raison de la présence du Volume de la Loi Sacrée est de transmettre, transmettre une tradition spirituelle.
Je ne peux pas parler du Rite sans évoquer sa devise, « ORDO AB CHAO ». Ce qui veut dire : “l’ordre à partir du chaos” ou “du chaos vers l’ordre”. De l’ombre vers la lumière. Cette devise a été bien choisie, car elle définit, le processus alchimique qui s’effectue au cours de notre parcours initiatique, processus symbolisé dans la cérémonie d’initiation.
Le Chao représente les ténèbres, les passions, le tumulte de la vie profane. Le futur initié rencontre l’épreuve de la terre, qui va permettre d’entamer le début de la transformation, puis l’air, l’eau, le feu. Ainsi se déroule pendant la cérémonie d’initiation, la symbolique de la transmutation alchimique.
Une transformation perpétuelle va donc, s’opérer, tout au long de notre vie maçonnique sans vraiment nous en apercevoir. Une transformation sur la voie de l’Ordo, de l’Ordre en soi-même, l’Ordre ontologique. Cette traduction du Chaos vers l’Ordre me parait bien représenter la démarche initiatique.
En ce qui me concerne, cela fera 20 ans dans quelques jours, j’ai été initié le 22 mars 2002, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, m’a transformé sans que j’en sois vraiment conscient. Petit à petit une évolution, lente, progressive, s’effectue en nous.
Cette transformation passe inévitablement par le doute.
D’abord sûr de nous, plein de certitudes profanes, ensuite, ces certitudes, petit à petit, s’accompagnent d’un doute, un doute qui s’installe, qui prend de la place. Un doute persistant, négatif, un doute qui peut tout remettre en question. Qu’est-ce que je fous là.
Puis, la magie s’opère, lentement, mais elle s’opère, la transmutation alchimique fait son œuvre, aidé par la présence en Loge et le travail, le doute devient peu à peu « cons – tru – ctif ».
Avec des certitudes, pas besoin de chercher, les réponses sont déjà là. En revanche, la philosophie du doute, inspirée par le Rite, nous fait poser les bonnes questions.
Pour conclure, je peux dire que le Rite, à travers ses enseignements nous guide vers une Loi unifiante et Universelle. C’est toute la richesse du Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui permet d’apercevoir, même à travers ces prismes déformés, la réalité de la spiritualité que nous recherchons.
Il révèle notre capacité à mettre en exergue tous les morceaux disparates des traditions, pour tenter de parvenir à appréhender la Loi Universelle, la Tradition Primordiale.
Grâce à ce Rite, à son enseignement, le Franc-Maçon est amené à se dépasser, à pénétrer le cadre spirituel de la démarche initiatique, dans une perpétuelle recherche ontologique.
VM, j’ai dit
Jean-Philippe Saez
Janvier 2022
BIBLIOGRAPHIE
Jean-Emile BIANCHI : Loi Universelle
Jérôme FURFARO : Spécificité du REAA
Emmanuel THIEBOT : Histoire de la FM
Didier CONVARD :L’épopée de la FM
Alain BAUER : Nouvelle histoire des FM
Paul LE COUR : L’Evangile ésotérique St Jean
Mircea ELIADE :Le Sacré et le Profane
Roger RICHARD : Dictionnaire Maçonnique
J.-Claude MONDET :La Transmission maçonnique
Site web : ledifice-4plus.net ; wikipedia.org ; cairn.info ; cnrtl.fr