J’Ai Dit

Auteur:

C∴ G∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
NP



.


Nous terminons tous nos prises de paroles par deux mots tout simples et qui ne semblent, à priori,souffrir aucune contradiction : V M et vous tous mes F et SS; en vos grades et qualités, j’ai dit »


Je : première personne du singulier – donc moi.


Ai dit : passé composé du verbe dire : donc c’est déjà du passé – je l’ai dit – Impossible de faire machine arrière, je l’ai dit et cela a été entendu.Ma responsabilité a donc bien été engagée.



Mais quiy a-t-il sous ces deuxpetits mots : J’ai dit ?


1er temps : J’ai dit : Où ?


2èmetemps : J’ai dit quand ?


3ème temps : J’ai dit Comment ?


4ème temps : J’ai dit A Qui?


5ème temps : J’ai ditQuoi


6ème temps : J’ai dit Pourquoi



1er temps : J’ai dit Où : J’ai parlé, à l’abri du monde profane, dans un temple maçonnique, entourée de FF et SS qui m’ont écoutée



2ème temps : J’ai dit Quand : J’ai parlé, après avoir demandé la parole, rituellement, en frappant distinctement dans mes mains pour attirer l’attention duSurveillant de ma colonneet seulement après que celui –cim’aitdonné la parole, après avoir eu à son tourl’aval du V M


   –Le Surveillant de ma colonne : « V M – Une S de ma colonne demande la parole »


   –Le V M «  F Surveillant, donnez lui la parole »


   –Le Surveillant de ma colonne : « Ma Svous avez la parole »



3ème temps : J’ai dit Comment : Debout, toujours face à l’Or à l’ordre, les pieds en équerre,le pied gauche en avant et le talon droit derrière le talon gauche, la main droite horizontale, l’index contre la gorge, les quatre doigts serrés, le pouce écarté en forme d’équerre. Le bras droit est horizontal, formant équerre avec le thorax. Le bras gauche tombe naturellement le long du corps (extrait du mémento du 1er degré)


Je parle donc, enétant à l’ordre, et ma main placée en équerre contre ma gorge (l’équerre, un des plus beaux symboles de la maçonnerie puisqu’elle est l’emblème de la droiture et de la rectitude) m’oblige à contenir le bouillonnement des passions qui pourraient s’agiter dans ma poitrine et préserver ainsi ma tête de toute exaltation fébrile, susceptible de compromettre ma lucidité. (mémento de l’apprenti)


A l’ordre donc, je suis donc en possession de moi-même et je m’attache à tout juger avec impartialité, n’oubliant pas non plus que tous mes actes et paroles doivent s’inspirer du sentiment d’Equité, et d’impartialité.


Je dis aussi en gardant un esprit positif et je parle avec mesure.



4ème temps : J’ai dit A QUI :


Si je parle en tant qu’officier : Je m’adresseau V M et àl’ensemble des FF et SS assise et non debout pour bien faire la différence, pour lire par exemple lesrèglements généraux en tant qu’orateur, pour informer la loge des financesen tant que trésorier, pour demander la parole pour unFrère ou une S en tant que premier ou deuxième surveillantetc..



Si je parle en tant que membre de la loge : Je vais parler pour répondre à une question posée par unF ou une S de l’At par exemple. mais je ne le ferais pasdirectement, ayant à l’esprit que chez nous la parole circule de façon triangulaire, en passant toujours par le V Met non directement.Si jesouhaiteà mon tour poser une question à un membre en particulier de la Loge, je dirais : « V M je souhaite que notre F Jean (par exemple) puisse nous expliquer …etc etc… »


.Mon intervention n’a pas non plus comme but de remercier et de féliciter l’orateur. Ce F ou cette S ne vient pas ici pour chercher une quelconque gratification personnelle même si cela est tentantet que dans notre monde profane, la reconnaissance n’est souvent pas de mise. Car le maçon qui nous présente sa planche nefait que respecter son engagement à travailler à son développement moral, intellectuel et spirituel pour le bien de tous et que le travail étant un des principaux devoirs du F M,Il en est même le premier.



5ème temps : Je dis QUOI  :Avant toute intervention de ma part, et engageant ma responsabilité, il me paraitimportant de réfléchir aux conséquences de mes propos et à l’interprétation que l’on peut en faire.


C’estpourquoi tout en m’exprimant sur un sujet, je garde toujours en mémoire l’article 5 de notre Constitution qui stipule entre autre que « toutes discussions ou débats ayant trait aux questions sociales ou religieuses ne pourront, en aucun cas, avoir d’autre but que d’éclairer les membres et leur permettre de remplir en meilleure connaissance de cause, leurs devoirs de francs-maçons



Je vais donc énoncer ma pensée par des paroles prononcées de manière que les autres la comprennent. Je vais non simplement dire, terme du langage courantqui veut simplementrendre sa pensée par des paroles prononcées de manière à ce que les autres la comprennent mais néanmoins, je vais aussi m’exprimer en agissant par une sorte de pression sur l’imagination ou sur le cœur. Je vais formuler ma pensée en la présentant de manière intelligible et je vais l’exprimer en la présentant de manière sensible.



Je vais donc parler dans le silence de mes FF et SS , traduisant ainsi ma réflexion, revendiquant mes mots comme étant les miens propres, mais indiquantégalement que je viens de faire miennes lesformules et les expressions d’un autre auteur que je viens de citer, par exemple.



Je vais donc dire et je dis dans le respect des autres et dans leur différence, sachant que chacun fera l’effort de m’entendre et de me comprendre, sans préjugé et sans jugement hâtif, avec une ouverture d’esprit telle qu’aucun désaccord ne pourra s’instaurer puisqu’ils auront puaccueillir une divergence d’idée, un point de vue original et ce sans à priori.



Je vais traduire mes idées avec des mots qui ont un sens et qu’il est important de respecter afin que tous dans l’assemblée comprennent ce que je dis,. Pour cela un vocabulaire simple est le mieux approprié « Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement » nous a dit Monsieur De la Bruyère.


Je vais doncparler en faisant l’effort de me mettre à la portée de tous et toutes en n’ayant garde d’oublier que si un Apprenti n’est pas un Maître,un Maître reste un apprenti éternel. Et que l’un comme l’autre doivent toujours pouvoir se remettre en question de même que si la rigueur est de mise, l’indulgence envers les autres l’est aussi.



Je vais donc exprimer ma propre pensée en essayant de formuler mon opinion et mon propre jugement dans le but de faire avancer la réflexion commune, en éviter la redite d’idées déjà exprimées ;


Alors je dis, pas trop longtemps, laissant ainsi à chacun le loisir de s’exprimer à leur tour car il ne s’agit pas de refaire la planche qui vient d’être présentée ni même d’en refaire une autre sur le même sujet. Et si j’apporte une rectification, je prends quelques précautions oratoires, par simple correction envers celui ou celle qui vient d’énoncer quelque chosetelles que « Il me semble que notre S n’est pas tout à fait dans le vrai quand elle relate telle chose… ou si je tiens également à ajouterune petite précision … etc etc.



Mais à peineais-jedit que c’est déjà passé et que l’on est à présent dans le nouvel instant. J’ai dit et j’ai terminé mon discours.


Mais, au faitl’a-t-on bien entendu et compris car ne perdons pas de vue qu’il y a au moins 9 possibilités de s’entendre :


   1° – Ce que je pense


   2° – Ce que je veux dire


   3° – Ce que je crois dire


   4° – Ce que je dis


Ces quatre premiers pointsétant duressort de ma responsabilité. Mais il y a aussi vous


   5° – Ce que vous voulez entendre


   6° – Ce que vous entendez


   7° – Ce que vous croyez comprendre


   8° – Et ce que vous voulez comprendre



Et cette neuvième possibilité qui résume et englobe à elle seuletoutes ces possibilités émises successivement : « Ce que vous comprenez » – ceci étant bien sûr du ressort de votre responsabilité.



6ème temps : J’ai dit POURQUOI : Au fait, pourquoi ais-je parlé ? Pour faire comme les autres ? pour attirer l’attention des FF et SS surma précieuse personne ? Pour faire étalage de mon érudition, de mon savoir et de mes connaissances ?? J’ose croire mes FF et SS que cette façon de procéder n’est pas de mise dans nos ateliers. J’ai dit parce que la contribution que je vais apporter dans la discussion et les débats qui s’instaurent me semble avoir du sens. J’ai dit parce que je n’ai pas tout à fait compris l’intervention d’un F ou d’une S et que je souhaiterai des précisions complémentaires ou j’ai dit pour apporter par exempleune référence livresque sur le sujet présenté et cela est admissible en loge car il est toujours intéressant de donner le maximum de précisionsafin que ceux et celles qui désirent aller plus dans leur réflexion puisseconsulter l’ouvrage cité s’ils le désirent.



Donc j’ai dit : phrase qui semble péremptoire, décisiveet définitive, clôturant ainsi la discussion :« V M ,et vous tous, mes FF et SS en vos grades et qualités, J’ai dit. »


« J’ai dit », semble vouloir détruire d’avance toute objection et pourtant, comble de l’ironie, alors qu’en disant simplement ces deux petits mots « J’ai dit » tout devrait indiquer qu’il n’y a plus rien à ajouter, ni à retrancher à mes paroles, rien n’est alors définitif, car le F Mne professeaucun dogme. Il travaille sans cesse à la recherche de la Vérité..



Et c’est à ce moment là, dans la quiétude de notre temple, entourés de toutes parts de FF et SS fraternels, tolérants et ouverts que le débat et l’échange d’idées, d’arguments et de vues contradictoiressans aucune altercation, ni mésentente, polémique et ni critique s’échange et se développe harmonieusement au sein de notre loge. Chacun apportant sa pierre et chacun d’entre nous les triant et les sélectionnantpour se les approprier et en faire sa synthèse personnelle.



Où ailleurs que dans un Temple, un tel échange désintéressé,généreux et fructueux peut-il avoir lieu lorsque l’amour règne parmi les hommes et que la joie est dans les cœurs, même au cœur de discussions et de débats animés ?. Mes FF et mes SS je vous le demande ?.



Ayant donc pu, mes FF et SS., en toute liberté de pensées et d’expressions m’adresser à vous tous ce soir, en n’ayant garde d’oublier que l’humour a sa place chez nous, je terminerai en citant une phrase célèbre de notre défunt F Pierre DAC humoriste F M dans « Les Pensées »


« Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir »



Et je peux doncmaintenant clore cette planche et vous dire en toute tranquillité : « V M et vous tous mes FF et SS en vos grades et qualités – j’ai dit. »



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