3158-4 : Les 9 premiers versets du Prologue de Jean et la symbolique maçonnique
L∴ Q∴

Avant d’aborder l’analyse des premiers versets du prologue, il faut rappeler l’importance des deux Saints Jean pour les Francs Maçons au REAA
En maçonnerie, la Bible contenant l’Evangile de Jean est appelée Volume de la LoiSacrée. Elle est déposée sur l’autel des serments et ouverte au prologue de l’Evangile de Jean.
Saint Jean-Baptiste et Saint Jean l’Evangéliste sont évoqués dans le rituel du premier grade du REAAlorsque le V M déclare « ouverte au grade d’apprenti cette respectable loge de SAINT JEAN » puis lorsque le prologue est lu, et plus tard, lorsque le V Mpeut demander aux frères visiteurs qui ont demandé l’entrée du temple « d’où venez-vous mon frère ? », il est alors répondu « d’une logede Saint Jean »
Lors de l’instruction de l’apprenti à la question« que fait-on dans une loge de Saint Jean ? »on répondra« on y tresse des couronnes pour la vertu »
Les symboles utilisésattestent d’une relation étroite entre les deux saints. En effet, Saint Jean-Baptiste est associé au solstice d’été (temps) et au tropique du Cancer (espace) et Saint Jean l’Evangéliste au solstice d’hiver et au tropique du Capricorne.
Le solstice du 24 juin marque le début de l’été ; celui du 27 décembre, le début de l’hiver. Ils sont fêtés par les francs-maçons lors des tenues et agapes des Saints Jean d’été et d’hiver.
Cependant, le caractère symbolique des solstices ne coïncide pas avec le caractère général des saisons correspondantes. En effet, le solstice d’hiver ouvre la phase ascendante du cycle annuel ; le solstice d’été en ouvre la phase descendante – d’où le symbolisme gréco-latin des portes solsticiales représentées par les deux faces du dieu romain bicéphale Janus : l’une, celle d’un jeune homme (l’avenir, l’année qui commence) ; l’autre, celle d’un vieillard (le passé, l’année qui se termine). on voit donc dans les deux Jean la représentation des phases ascendantes et descendantes du soleil.
L’Églisea remplacé le culte romain de Janus par celui des deux saints Jean en choisissant ces personnages parce qu’ils ont le même nom, et en plaçant leurs fêtes aux dates des solstices. Jean le Baptiste ouvre la porte estivale et annonce le cycle d’obscuration. Jean l’Évangéliste ouvre la porte hivernale et annonce le cycle d’illumination : la Nativité à la fin du cycle estival et, un peu plus tard, durant le cycle hivernal, la résurrection du Christ. C’est pourquoi Jean l’Évangéliste rapporte lui-même dans son évangile les paroles du Baptiste : « Il faut que lui grandisse et que je décroisse ».
Il faut aussi considérer le fait que les deux saints Jean sont des hommes etils symbolisent, à travers les solstices, le Christ chronocrator, celui qui dirige, qui domine le temps – direction suprême de la vie et de l’univers, fonction céleste entre toutes, que seul un homme peut assumer.
Afin de conférer le titre de chronocrator au Christ, le symbole de ce dernier et de la chrétienté devient alors la croix, qui remplace le poisson. Bien avant de devenir l’emblème du christianisme, la croix fut en de nombreuses régions du monde, l’image du cosmos. Formée par l’intersection de deux perpendiculaires, la croix découpe l’espace en quatre. Or, quatre correspond aux saisons (printemps, été, automne, hiver), aux éléments (terre, eau, air, feu), aux points cardinaux (orient, midi, occident, septentrion), aux phases de la Lune (nouvelle, croissante, pleine, décroissante), à l’année (deux équinoxes et deux solstices), aux âges de la vie (enfance, jeunesse, maturité, vieillesse) et aux moments du jour (aube, midi, crépuscule, nuit) . On peut y ajouter le symbolisme de la règle de 24 pouces : la division de la journée du Maçon entre la prière, le travail, le repos et le sommeil. C’est tout cela que domine le Chronocrator ; les deux saints Jean le symbolisent par leur foi commune et les dates de leurs fêtes.
Il faut enfin regarder un autre point : Jean le Baptiste baptise les croyants dans l’eau ; on peut dire qu’il travaille « de ses mains », il est un « opératif », alors que Jean l’Évangéliste écritet fait un travail intellectuel, il est un « spéculatif » : à eux deux, ils symbolisent le corps et l’esprit, la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative, le Pavé mosaïque, mais aussi l’eau et le feu – l’eau (et la terre), évidemment, pour le Baptiste, et le feu (et l’air) pour l’Évangéliste.
Les deux Jean interrogent principalement sur une vision prophétique et visionnaire de la destinée humaine.
A ce stade de l’analyse, il faut insister sur l’importance de la symbolique astrologique associée aux deux solstices. Saint Jean-Baptiste, précurseur de la Lumière est celui qui fait prendre conscience de la Lumière mais ne la crée point. Associé au Cancer, signe cardinal et à dominante d’eau, il informe sur la sensibilité germinative de la lumière qui doit naître du sentiment vécu et non point sur la force d’un raisonnement. Ainsi, l’Homme qui ressent les vertus transformatrices du Cancer est à même de percevoir ce qu’il cherche s’il veut bien utiliser les composantes symboliques du signe, c’est à dire ressentir et vivre ses sentiments dans la réalité énergétique du solstice d’été qui montre que la Lumière est la plus forte parce que le soleil est au plus haut sur l’horizon. Tout dans cet instant particulier de la Saint Jean d’été est évolutif, car sous l’influence conjointe d’un ressenti à dominante lunaire et d’une force solaire à son apogée peut naître la conscience d’un foyer cosmique.
A l’opposé du signe du Cancer se trouve celui du Capricorne sous la maîtrise de saturne. C’est un signe cardinal et de terre, relié symboliquement au milieu du Ciel et proche de l’étoile polaire qui a été importante dans la mythologie égyptienne et biblique car elle ne bouge pas tout au long de l’année dans la voûte étoilée. Sa symbolique atteste de l’immuabilité de l’essentiel quelles que puissent en être les vicissitudes propres à l’évolution des sociétés. Saint Jean l’Evangéliste est le disciple du maître car il traduit dans la réalité (signe de terre) les vertus de la Lumière ressentie dans l’eau du cancer.
Rappelons qu’en astrologie le signe du capricorne est placé au plus haut dans le ciel et qu’il symbolise de par sa position tout ce qui est important au devenir de l’homme en particulier et de sa communauté en générale. Saturne, maîtresse du signe du Capricorne, planète froide, persévérante et affranchie de toute subjectivité communiquera donc l’essence du contenu de l’évangile de Jean c’est à dire la Vérité, mais aussi tout ce qui touche à la substance maçonnique, émanation naturelle de l’essence symbolisée par le GADLU.
Afin d’illustrer celle-ci, le rituel du REAA utilise des symboles provenant de nombreuses cultures: cosmiques avec la lune et le soleil, pythagoriciens avec les quatre éléments et le GADLU , bibliques avec le Volume de la Loi sacrée, compagnonniques avec le fil à plomb, le niveau et l’équerre, alchimiques avec V.I.T.R.I.O.L., (Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem: visite l’intérieur de la terre, et, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée)et enfin proprement maçonniques avec le cabinet de réflexion et les trois points. Force, Sagesse et Beauté sont les trois valeurs constitutives d’un rituel maçonnique qui peuvent être associée analogiquement aux vocables Verbe, Vie et Lumière.
Cette grande diversité de l’origine des symboles est la confirmation éclatante que les concepteurs du rituel veulent donner au mythe d’Hiram une dimension spatio-temporelle hors de la synchronicité du temps et de la géographie terrestre.
L’éthique morale qui en résulte est une vision nouvelle du Juste et du Vrai, tel que le narre le rituel du premier grade du REAA Ou avez-vous été reçu Franc Maçon « dans une loge juste et parfaite ». La Vérité pour le franc-maçon est la loi de l’harmonie car rien n’est plus équilibré que la création humaine puisqu’elle est la source principale de l’entendement. La difficulté bien sûr consiste en fait à vivre une loi d’amour dans une dynamique comportementale toujours changeante. L’art de vivre, en fait l’Art Royal des francs-maçons, est cette culture de l’adaptation dans une conscience tournée vers l’autre de la communauté que nous symbolisons par l’édification du Temple universel dans le cadre de notre loge de Saint Jean.
A l’ouverture des travaux en Loge, l’Evangile (littéralement bonne nouvelle) de Jean extrait du Nouveau Testament, est un écrit majeur du Volume de la loi sacrée,puisque dans la loge nous le plaçons sur l’autel des serments et l’ouvrons au premier chapitre. Il est au cœur du processus initiatique. Sa signification doit être recherchée en relation avec la substance propre du rituel maçonnique, mais aussi avec celle contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament, car elle est l’aboutissement éclairé d’un processus dynamique des idées.
En effet, si la Genèse parle de la souffrance pathologique liée à la chute (perte du paradis) et de l’avènement de la conscience, l’Ancien Testament insiste surtout sur les efforts que doit entreprendre l’homme pour s’affranchir de cette souffrance. Le Nouveau Testament s’attache aux possibilités pour l’homme de trouver une issue vers la félicité. Enfin le Prologue de l’Evangile de Jean indique que cette démarche vers la joie est conforme au sens évolutif de la vie terrestre dans l’intégralité d’un processus cyclique.
La signification ésotérique du Prologue est donc claire, il donne les clés pour affronter le mystère de la mort et du sens de la vie.
Premier Verset : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbe était Dieu.»
Le premier verset est fondamental quant à un éclaircissement sur le fondement épistémologique de la pensée humaine. En effet, le mot Verbe qui se dit en latin verbum est la traduction du mot grec Logos signifiant la parole. Le Verbe est donc la Parole du GADLU.
Une autre traduction permet d’écrire «Dans le Principe (en archè) était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu (pros ton theon)» en reprenant les deux premiers mots de la Genèse « dans le Principe, Dieu créa le ciel et la terre » Jean se place d’emblée dans la perspective de la nouvelle création. Le Verbe est tourné vers Dieu, le Père. Le Père créa par le Verbe ; le Verbe nous apporte la vie, qui se montre aux êtres humains sous forme de Lumière, et les êtres humains se sont fermés à cette lumière « mais le monde ne l’a pas reconnu ».
Augustin d’Hippone dans les Homélies sur l’Evangile de Jean va s’attacher àmontrer que c’est Dieu-Trinité qui crée le monde : car « le Verbe était Dieu ». Pour celui-ci, Le terme Verbe, traduit mieux le grec (λόγος) logos que le terme raison (ratio). Le mot grec logos (λόγος) signifie également en latin raison et verbe, mais ici la signification de Verbe est préférable, parce qu’elle exprime mieux les rapports, non-seulement avec le Père, mais avec les créatures qui ont été faites par la puissance opérative du Verbe. La raison, au contraire, même quand elle n’agit pas, s’appelle toujours raison.
Selon Basile de Césarée, le Verbe dont il est question ici, n’est pas humain (puisque l’homme est la dernière des créatures), mais est le Fils unique.
Pour Jean Chrysostome cette idée de Verbe permet de détruire l’idée d’un rapport charnel entre Dieu et le Fils Unique, engendré de manière incorruptible.
Le Verbe symbolise le fait évident pour l’esprit de l’homme que le monde, ne peut pas être conçu comme un effet sans cause, ni comme l’effet d’une cause connaissable. Il est donc créé comme l’effet d’une cause inconnaissable qui ne peut être imaginée que dans une dimension humaine. Ce qui est important c’est donc le mystère de la création et non la création en elle-même. Ainsi, le Logos, ou la Parole ou la Connaissance est un chemin de vie qui donne accès aux mystères du GADLU.Le Logos est pour le franc-maçon intimement inclus dans l’ordre maçonnique qui symbolise la légalité et la cohérence du monde dans une dimension initiatique. Le Logos est comme le dit le premier verset: « le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbeétait Dieu. »Cela signifie que pour l’homme l’existence du monde est organisée (théorie du Big bang) mais qu’il est mystérieusement organisé car il est l’effet d’une cause inconnaissable. En résumé cela signifie qu’il y a deux mystères: l’aspect mystérieux de l’organisation et la cause inconnaissable de la création.
Finalement le mystère de l’organisation rejoint le mystère des origines.
La prise de conscience par le maçon de ce double mystère ne peut que l’engager à respecter davantage la Vie sous toutes ses formes car elle est la réalité à l’échelle humaine du secret maçonnique.
Vivre cette réalité dans la loi de l’harmonie par l’étude systématique du rapport des symboles les uns avec les autres conduira comme toutes nos actions« vers la vérité, la justice et l’amour fraternel ».
Deuxième Verset :« Il (le Verbe) était au commencement tourné vers Dieu »
Il faut rapprocher ce deuxième verset, de la fin du premier. A la fin du premier verset du Prologue, il est dit: «…et le Verbe était Dieu». Cette dernière affirmation est pour le chrétien la confirmation du dogme de l’incarnation puisque le Verbe est compris comme une divinité préexistante entièrement identifiée par Jésus ; tandis que pour les francs-maçons, le Verbe est un symbole et Jésus un homme réel. Ainsi ce premier verset montre à l’évidence que le Prologue de Jean est la source du mythe et non du dogme de l’incarnation.
Le processus initiatique qui agit sur l’élévation du niveau de conscience est inclus dans le mythe de l’incarnation puisqu’il a comme ambition de calmer les angoisses existentielles (de la mort, du mystère des origines, etc.) en proposant un chemin qui donne du sens à la Vie et qui rend cette évolution positive.
Transmettre aux hommes l’enseignement reçu, nécessite au préalable d’avoir confiance dans un processus initiatique franc-maçonnique qui est évolutif et qui exclu, rappelons-le encore une fois, tout dogmatisme littéral et religieux. Cette confiance est magistralement confirmée par Jean, considéré comme un initié parfait, car en baptisant Jésus et tous ceux qui frappent à la porte du Temple il a tout simplement montré l’importance que l’on doit accorder à une symbolique de la renaissance intérieure par l’élimination du vieil homme, en fait, à renoncer à l’attachement des désirs matériels. Le baptême par l’eau est symbolisé dans le rituel du premier grade du REAA avec le deuxième voyage. Il engage le récipiendaire à réfléchir et méditer la symbolique de l’eau, élément dominant du signe du Cancer associé analogiquement à Jean-Baptiste, en rapport avec l’émotivité générée par l’initiation, dans le but de mieux comprendre les vertus d’une renaissance spirituelle qui débouche, non pas dans un endroit fermé et austère mais, dans une dimension infinie symbolisée par L’Evangile de Jean.Troisième Verset : « Tout fut par lui et sansrien de ce qui fut, ne fut sans lui. »
Le verset trois signifie que tout ce qui existe et créé ici et ailleurs appartient au mystère de l’origine et au mystère de l’organisation (logos) et que rien n’est existant seul, car tout est relié à l’ensemble des faits et phénomènes connus et inconnus inclus dans le dynamisme de l’évolution.
A la lecture de ce verset, nous mesurons combien la vanité de l’homme est grande et son orgueil démesuré lorsqu’il désire s’affranchir d’un mystère par la raison. Définir l’inconnaissable n’est que pure spéculation métaphysique qui n’entraîne que malheur et désespoir car la certitude dans ce contexte est dogmatique et non évolutive. L’entendement alors ne sert que la cause du dogme qui n’est en réalité qu’une spéculation coupée de sa dimension mythique. Une telle attitude aboutit nécessairement au matérialisme dogmatique qui niant l’évidence du mystère exalte une philosophie du hasard associée à une pseudo-explication d’un dieu prométhéen réellement existant.
Quatrième Verset : « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. »
Le quatrième verset du prologuesignifie que le Verbe (Connaissance), associé analogiquement à la Force, contient toute la puissance du mystère des origines et de son organisation et que cette Force, qui engendre l’organisation de la matière, est laLumière des Hommes, car la vie est le seul critère que possède l’homme de la vérité ou de l’erreur objective sur le sens de la vie.
Les francs-maçons sont les fils de la Lumière. Ils ont choisi d’être seuls face à cette complicité et de la vivre dans l’amour d’une communauté de FF pour finalement trouver un chemin personnel qui mène vers l’harmonisation des désirs et la félicité. Cette solitude nourrie de l’esprit organisateur et harmonisateur de la matière est en quelque sorte l’état premier de la condition humaine, puisque dans la réalité des formes, l’homme naît et meurt seul, mais elle est surtout la clé pour développer l’intuition qui permet de retrouver la substance propre aux mystères enfouis au plus profond de la conscience.
Il est dit dans le rituel du premier grade après les trois voyages, et que le néophyte ait été admis dans la chaîne d’union, par le V M«Nous ne vous abandonnerons pas, aussi longtemps que la vérité, la justice, la discrétion et l’amour fraternel vous resteront sacrés». Une telle phrase place le maçon face à sa capacité d’écoute et d’entendement de sa psyché. Cette attitude est nécessaire afin d’affermir la volonté car rien ne peut se créer sans une profonde analyse de sa Vérité en relation avec la vie, en évolution symboliquement représentée par les rituels maçonniques du REAA.
Cinquième Verset : « et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point comprise. »
Le cinquième versetaffirme que la lumière ne ternit pas au contact des ténèbres mais qu’elle reste toujours pure puisqu’elle est aussi ténèbre dans son essence. C’est à travers la compréhension d’une triade en l’occurrence les trois grandes lumières (Soleil, Lune et Maitre de la Loge à l’Orient) que l’explication de ce verset devient lumineuse. En effet, pour l’homme la perception du monde organisé se réalise à travers une dualité cosmique symbolisée par la Lune et le Soleil qui rythme les saisons mais aussi le tempérament. Ombre et lumière agissent dans la Nature et par analogie dans le psychisme humain. Vaincre les ténèbres, c’est à dire comprendre l’exaltation des désirs matériels, ce n’est que retrouver la même lumière qui éclaire une nouvelle voie que les maçons appellent l’Orient.C‘est à l’Orient que tout s’accomplit, car en effet, c’est ici que la triade donne du sens à l’histoire de sa vie et à celles des sociétés humaines.La prise de conscience de cette dynamique évolutive vers le Beau et le Vrai que symbolise la Lumière est irréversible car «les ténèbres ne l’ont point comprise». Regarder vers l’Orient c’est savoir vivre et partager dans la vie de tous les jours les valeurs cosmiques symbolisées par le Soleil et la Lune mais c’est aussi reconnaître qu’il existe toujours une vérité en quelque sorte sur consciente, c’est à dire au-delà de l’entendement intellectuel qui permet de lutter contre une tendance subconsciente qui tend à nier l’évolution.
Le pavé mosaïque symbolisant la dualité est donc présent tout au long de la vie. Son action agit sur les plans matériels, psychiques et spirituels. Le doute qui en résulte est permanent dans la conscience, c’est pourquoi le maçon au fond de lui-même sait que la quête de la recherche de la Lumière et plus importante que la Lumière en soi car il lui est demandé de tailler sa pierre. Il cultivera donc toutes les vertus propres au travail, c’est à dire la ténacité, la persévérance, la confiance en ses FF et ses convictions et combattra avec force, dans son for intérieur, les tendances contraires. Ainsi, il pourra cheminer heureux et traverser les vicissitudes de l’existence sans jamais perdre sa foi, symbolisée par la recherche de la Lumière.
Sixième et septième Versets : « Il y eut un homme envoyé de Dieu, son nom était Jean. Il vint en témoin, pour rendre témoignage a la lumière, afin que tous croient par lui. »
Jean-Baptiste est le témoin de la Lumière comme le rappelle les versets six et sept du prologue. Il est considéré en maçonnerie comme un initié parfait. Pourquoi ? Jean-Baptiste, précurseur de la Lumière, symbolise l’élan intérieur qui caractérise tout homme qui veut témoigner de la lumière. La fraternité maçonnique vécue en loge est le rappel constant de ce point d’équilibre. Sans elle rien ne se passe, tout reste figé dans un endroit clos et austère qui rigidifie les plus beaux concepts.
La force de l’initié est à chercher tout d’abord dans la confiance qu’il porte à sa conviction (libre choix) d’adhérer à l’ordre et à celle de son parrain garant du témoignage de Jean-Baptiste considéré comme un initié parfait. La dernière phrase du verset : « afin que tous croient par lui » signifie que l’évolution spirituelle, telle que la conçoit la voie maçonnique ne peut se faire ni dans un système dogmatique, ni dans une immanence de la Raison mais dans l’affirmation d’une conviction éclairée et personnelle que la vie a un sens pour soi dans celle des autres et que la clarté qui en résulte débouche sur le respect des droits et devoirs qui découle de la sincérité de sa ferveur (foi).
Huitième Verset : « il n’était pas lalumière mais il devait rendre témoignage à la lumière. »
Le verset huit confirme que Jean-Baptiste en tant qu’homme n’est pas la Vérité, mais qu’il connaît la Vérité puisqu’il doit témoigner sur elle, tout comme le maçon, qui est capable, grâce à son initiation, de distinguer l’erreur de la Vérité. La vocation de la franc-maçonnerie est de perpétuer la Lumière qui habite tous les hommes libres et de bonnes mœurs qui désirent entreprendre le voyage initiatique. Le devoir est donc clair il s’agit de ne pas laisser perdre le message. Comme Jean-Baptiste, le maçon continuera (à baptiser), à appeler et à initier tous ceux qui frappent à la porte du temple. Disponible, prévenant, les jambes dans l’eau du fleuve de la vie et la tête dans les étoiles, il donne avec humilité ce qu’il connait le mieux c’est à dire son amour de l’humanité. Ce message ne contient aucune plus-value matérielle, ni reconnaissance sociale, mais pour celui qui témoigne, il est de la plus haute importance, car il donne du sens à sa vie.Neuvième Verset : « le Verbe était la vraie lumière, qui en venant dans le monde,illumine tout homme.»
Le verset neuf confirme à nouveau les vertus de l’initiation.
C’est en effet la responsabilité de l’initié devant la loi éthique qui veut que nous soyons tous concernés par la lumière puisqu’elle « illumine tout homme en venant dans lemonde ». Cette affirmation est au-delà de l’entendement humain car elle est, parce qu’elle est, éternel. Nous retrouvons ici, le mystère de l’origine et le mystère de son organisation dans une traduction éthique et mythique. Si le verset affirme que c’est la véritable lumière, c’est parce qu’il sous-entend qu’il peut exister une fausse lumière. Le mythe de la recherche de la Vérité passe inévitablement par une lutte impitoyable qui engage l’initié à se libérer des désirs inutiles (fausses lumières) afin de déboucher sur une plus grande lucidité de lui-même. La Vérité est d’abord sa propre vérité comprise dans une dimension mythique. Cette nouvelle lucidité permet à l’initié de comprendre l’histoire des civilisations et la sienne en particulier à travers le sens de la Lumière, qui est avant tout la Vérité sur l’homme.
Le prologue de l’Evangile de Jeanouvert sur l’Autel des serments, relie le mythe d’Hiram symbolisant les efforts que doit entreprendre tout initié qui désire s’affranchir de la souffrance primordiale, au mythe du Christ symbolisant la foi en l’essence de la vie apportée par l’Evangile de Jean. Ces deux mythes inclus dans le cycle évolutif de la condition humaine ne sont actifs qu’à partir du moment où le profane devenu initié, les fait vivre en lui. Ils forment alors une triade représentant les trois piliers qui soutiennent la base d’un temple universel que les francs-maçons construisent depuis la nuit des temps. Etre opératif dans cette construction c’est donner à la fois du sens à sa vie et aux mystères de l’origine mais c’est aussi ne pas douter de la qualité du travail accompli, car il est effectué dans un lieu où les outils sont connus de tous et où les actes maladroits sont toujours repris par celui qui observe et œuvre dans l’esprit de l’Eternel Sagesse. La conscience du Tout n’a pas de frontières, elle est en permanence dans toute Vie, elle est La Vie au-delà de tout entendement raisonnable.
L’espérance mystique de l’Evangile de Jean est finalement une foi inébranlable en la capacité illimitée de l’esprit humain de s’affranchir des ténèbres pour retrouver les bienfaits de la Vie (la Lumière), mais aussi d’être ému devant les mystères de l’existence et de son harmonie sous-jacente. Au même titre que Hiram Abif, Hiram de Tyr et Salomon, les deux saints Jean sont des personnages importants de la symbolique maçonnique. Il convient de les vénérer en toute connaissance car, pour un Maçon, la connaissance, c’est la Lumière. Et la connaissance peut commencer par l’étude du symbolisme du Pavé mosaïque et de la place des deux saints Jean dans la Maçonnerie.