Le mouvement
M∴ I∴ S∴
5
minutes de symbolisme
Lorsque j’ai voulu rédiger ces quelques pages j’avais l’idée de rapprocher le mouvement d’une danse. Je souhaitais vous faire partager un mouvement qui ne soit pas seulement le mien. Un mouvement avec lequel j’imaginer être le média par lequel il s’exprime.
A bien y réfléchir c’est un sujet assez difficile à poser. Je ne peux pas parler par exemple d’un mouvement qui soit commun à tous à partir de ma seule expérience, à partir de mon seul ressenti.
Quand je m’attaque à une question difficile et qu’il n’y a pas de solution immédiate j’ai pris pour habitude de revenir aux bases. Et l’une des bases que nous avons en commun c’est la géométrie. Une géométrie moderne avec qui nous avons grandis et qui code ce que nous percevons du réel. Une géométrie avec laquelle l’on retranscrit et l’on partage nos expériences.
Les grecs, les modernes, de tout temps les scientifiques ont tenté d’expliquer de façon élégante et rationnelle le réel.
De Pythagore à Galilée, de Copernic à Newton et aujourd’hui avec Einstein, Planck, Bohr et consorts : la philosophie et la science, celles des philosophes et des scientifiques de tous bords n’ont cessé d’essayer d’expliquer notre relation au monde, aux autres, à l’Univers et au réel.
Le premier constat qu’il faut faire c’est celui de l’humilité. Il n’y a pas de vérité éternelle ou de paradigme qui ne puisse un jour être mis en défaut et qui ne soit remplacé par un autre. C’est l’épistémologie de la science et des civilisations qui nous l’enseigne. Un jour ou l’autre toute vérité, toute théorie, toute loi réputée infaillible tôt ou tard tombe en désuétude. C’est là aussi, et par analogie l’étrange ‘loi’ de la gravité appliquée aux anciens mythes, aux anciennes vérités.
Nous savons bien que la gravité est une loi qui s’applique à un très grand nombre de phénomène. On peut dire qu’elle est en cela ‘démocratique’. Tout ce qui commence doit se terminer. Tout corps lâché en chute libre tombe à la même vitesse.
Nous savons bien tous cela, que l’on soit sur les parvis du Parthénon, dans la banlieue de Florence, sur les rives de l’Alna en Prusse ou dans l’un des vergers d’Albion. Nous savons tous cela depuis Galilée, Copernic et Newton. La chute d’un corps est indépendante de sa masse, du lieu et de l’époque. Et jusqu’à Einstein cela donnait de très bonnes approximations sur le mouvement apparent des choses.
On expliquait par exemple que la Lune ne pouvait pas tomber sur la Terre sous l’effet de la Force de Gravité, par ce que la Lune possède une Force d’Inertie, liée à son mouvement cinétique qu’elle décrit en tournant autour de la Terre et dont la valeur compense l’attraction terrestre.
C’est la première analogie que je fais avec mon idée sur le mouvement. Tous les corps sont en mouvement. Ils s’attirent les uns les autres par des forces invisibles et qui plus est, des forces qui semblent s’annuler. On regarde la Lune qui n’en finit pas de tomber sur la Terre mais sans jamais qu’elle n’atterrisse.
Dans son essai sur le mythe de Sisyphe, Albert Camus nous éclaire par sa philosophie de l’absurde dans laquelle l’homme cherche en vain un sens à lui-même, un sens d’unité entre les hommes et de clarté dans sa représentation du monde. Monde qui restera inintelligible, dépourvu de Dieu et dépourvu de vérités ou de valeurs éternelles. Monde dépourvu d’explication signifiante.
À la question : » Est-ce que la réalisation de l’absurde nécessite le suicide ? » Camus répondra :
» Non, elle nécessite la révolte ! « . C’est à nous qu’il revient de donner sens à un monde qui en est dépourvu.
Celui qui a révolutionné entre autres le symbolisme du mouvement c’est Einstein. Sa révolte fut celle de la relativité. Révolte éclatante puisque aujourd’hui encore sa théorie n’a pas été réfuté.
Pour Einstein il n’y a pas une main de géant qui d’un côté tire la Lune vers la Terre et une autre qui repousse la Lune pour qu’elle ne s’abime pas définitivement. Ce n’est pas l’énergie cinétique qui empêche la Lune de tomber et la maintient en orbite.
Einstein énonce dans sa relativité restreinte la célèbre formule E = m c2
C’est le principe d’équivalence entre énergie et masse …
C’est le principe d’équivalence entre énergie et masse …
Vous avez bien entendu ce n’est pas une redite … c’est de l’écho : C’est profond et magnifique. C’est beau et élégant à la fois.
Tout le monde connaît cette formule … vous pourriez demander à n’importe qui … tout le monde l’a déjà vu … tout le monde l’a déjà entendu. Mais bien peu de gens savent ce que cette formule met réellement en œuvre.
Que dit E = m c2 ? Et bien au risque que je trice, E = m c2 dit qu’il y a équivalence entre l’énergie et la masse. Pour le dire plus trivialement, la propriété acquise d’un objet c’est la même chose que l’objet lui-même.
Pour reprendre l’explication d’Aurélien Barrau, professeur au Laboratoire de Physique Subatomique et de Cosmologie de Grenoble, la masse est une caractéristique absolument fondamentale de l’objet.
La masse est ontologique à l’objet étudié. La masse c’est l’objet. L’énergie quant à elle, est contingente à l’objet, elle est variable. L’énergie n’est qu’une des propriétés acquises de l’objet.
Ainsi, l’équation d’Einstein relie l’intérieur à l’extérieur.
Autrement dit l’énergie est un Avoir, la masse est un Être.
D’un côté il y a un Acquis et de l’autre il y a un Inné.
D’un côté un Accidentel, de l’autre un Essentiel.
D’un côté le Signifiant, de l’autre le Signifié.
Il y a ici une deuxième analogie avec le thème de ces 5 minutes : d’un côté il y a le mouvement apparent et de l’autre l’objet lui-même.
A la manière d’un alchimiste Albert Einstein transmute la propriété d’un objet en l’objet lui-même. Et c’est cette transmutation qui est au coeur de sa célèbre formule E = m c2.
C’est cette formule qui de manière intrinsèque, indéfectible, tautologique, relie définitivement les trois dimensions classiques à une quatrième : le temps.
Il n’est pas possible dès lors, il n’est plus possible dès lors, de considérer le temps comme quelque chose d’extérieur à l’expérience, ni de pouvoir exprimer une expérience indépendamment du temps.
C’est pourquoi l’on parle d’espace-temps. Le temps étant relatif, variable et faisant partie intégrale de la célèbre équation d’équivalence.
Déjà pour Aristote 400 ans avant J.C. : » Le temps est le nombre du mouvement « . Le temps est une question majeure pour la philosophie et pour la maçonnerie. On peut imaginer ainsi que Pascal se le représente que l’homme est perdu entre deux plans infinis : l’espace et le temps. On peut dire que le point de rencontre entre ces deux infinis c’est le présent.
Quoi qu’il en soit pour nous tous : le temps est relatif.
Mais si le temps est variable, les 3 autres dimensions le sont aussi puisqu’il y a équivalence … Et les trois autres dimensions c’est quoi ? la longueur, la hauteur, la profondeur c’est quoi ? … c’est La géométrie. Avec Einstein c’est la Géométrie qui change. Elle se courbe et avec sa courbure tout se plis.
Pour en revenir à la Lune qui n’en finit pas de tomber sur la Terre, c’est en définitive la masse énorme de la Terre comparée à celle toute petite de la Lune qui déforme l’espace-temps à proximité : sur son horizon.
En fait, la Lune comme la Terre vont de tout temps en ligne droite, enfin en ligne aussi droite que possible dans l’Univers, mais la masse énorme de la Terre déforme, plie, courbe la géométrie de l’espace-temps et nous donne l’impression que la Lune tourne indéfiniment tout autour sans jamais tomber.
Pour en revenir au symbolisme du mouvement lorsque je me déplace dans le temple, lorsque je vais et je viens : je ne suis pas tenu à distance respectable de ce que j’essaie d’atteindre ou d’éviter par la présence de forces invisibles et contraires qui s’annulent : je me déplace toujours parallèlement aux objets du monde que je traverse dans un espace courbe sans jamais être directement au contact.
C’est là une nouvelle idée sur le mouvement. Un mouvement sans contact apparent qui s’effectue par prise de connaissances, par échange de propriétés, par transfert et conservation d’énergies.
Dans le temple par mon mouvement, je relie une partie de ce que je suis aux propriétés et symboles du rite. J’échange ce qui est en moi contre la connaissance des symboles que nous avons en commun et qui sont placés ici, au centre et tout autour de nous.
Si l’on poursuit le raisonnement d’Aurélien Barrau, lorsque je suis en mouvement, lors de mon déplacement, il y a équivalence entre signifiants et signifiés. De même j’imagine que si l’on connaît une partie de l’équation, quelle que soit l’équivalence alors on peut en déduire la seconde partie.
Il y a une transformation de la couleur, du mouvement ou de la propriété secondaire de quelque chose en un être réel et identique à celui porteur des propriétés observées. Le déplacement d’un corps, son mouvement, c’est à dire son énergie crée de la matière. C’est le » transformisme » de Lamarck qui est à l’œuvre chez Einstein : une transformation entre le mouvement et les objets qui les porte.
C’est peut-être une des explications qui permet de mieux comprendre la réalité physique de la construction de notre édifice. C’est peut-être par le mouvement que nous opérons lors de nos déambulations dans le temple qui crée réellement les briques essentielles à l’élévation de l’édifice.
Élévation rendu possible à partir des propriétés puisées dans les plans du rituel et que nous mettons en œuvre !
Pour conclure le mouvement opère une substitution entre des symboles épars, inactifs et inertes du dehors et leurs assemblages dynamiques et harmonieux en chacun de nous. C’est peut-être ce qui relie les FF et les SS les uns aux autres. Lien fraternel invisible ou chaine d’union sans contact apparent, mais dont les liaisons nous arriment et nous connectent de l’intérieur.
J’ai dit, V