L’Héraldique
H∴ A∴

Mon travail ce soir a pour thème l’héraldique, un tel sujet pourrait laisser penser que je suis un spécialiste du blason, pas du tout. Simplement, à la suite de longues recherches familiales afin d’établir notre arbre généalogique, nous avons pu découvrir, au gré des siècles, des actes de naissance, de mariage ou de décès, des blasons, décrits dans un langage quelque peu ésotérique comme par exemple :
- D’azur à la colombe essorante d’argent, dans son bec un rameau d’olivier d’or.
- D’or, à un cœur de gueules d’où sort une pensée de sinople.
- D’azur, à un croissant d’argent surmonté d’un soleil d’or.
Profane, ma curiosité m’a donc poussé à connaître la signification de ces armoiries, à les visualiser dans leurs couleurs d’origine.
Ma planche visera donc à vous faire partager les quelques connaissances de base que j’ai acquises dans mon étude sur l’héraldique.
Armes, écus, blasons, armoiries, sont l’héritage d’un passé qui a de larges prolongements dans notre monde d’aujourd’hui. Qui n’a jamais admiré ces lions agressifs, ces aigles griffues, ces élégantes fleurs de lys et ces partitions aux couleurs éclatantes, témoins de la petite et de la grande histoire, que l’on découvre au hasard des châteaux, des églises, des musées, des universités ?
Emblème des nations, des provinces, des villes, des corporations, des associations. Emblème conservé dans de nombreuses familles, qui n’ont souvent aucune appartenance à la noblesse.
L’HERALDIQUE est la science de ces figures, de ces emblèmes. Elle a ses règles, son code, sa grammaire.
Cette langue qui peut nous paraître obscure, utilise un vocabulaire et une syntaxe qui lui est propre aujourd’hui, mais qui, au moyen âge était d’un usage courant.
Les armoiries sont une source d’informations complexes et structurées permettant de mieux connaître leur titulaire. En effet, peut-être plus que tout autre, la société occidentale s’est reflétée dans ses emblèmes et semble avoir trouvé dans ses armoiries, une création emblématique qui lui est personnelle, le lieu privilégié de sa symbolique sociale.
Pas une civilisation, à un moment quelconque de son histoire ne s’est abstenue d’employer un système emblématique ornant de figures symboliques certains objets.
Chez les grecs, tout objet appartenant, en propre, aussi bien à une collectivité qu’à une famille ou une personne était fréquemment orné d’une figure. Son caractére semble ne pas être éloigné de celui des armes.
Les dieux de l’Olympe eux-mêmes, auquels un objet ou un animal se trouvait généralement associé, étaient représentés porteur de cet objet.
Les peintures grecques nous représentent les guerriers armés d’un bouclier orné d’une représentation animale. C’est sur ces boucliers que l’on rencontrera en premier lieu cette caractéristique fondamentale des armoiries : leur objets « Parlants ». Elles peuvent être résolues comme un rébus ou comme un calembour. En somme elles rappellent un ou plusieurs faits.
Ces représentations ne semblent toutefois pas obéir à des règles précises, ni entrer dans un système de composition arrêté. Elles ne sont pas, non plus attachées à un individu, ni être sa propriété.
Les conflits antiques se produisaient généralement entre peuples assez différents les uns des autres, Egyptiens, Assyriens, Grecs, Perses, romains, gaulois, et barbares de toutes espèces portaient tous des costumes et des équipements particuliers ; il était donc peu à craindre que des guerriers d’un même camp ne puissent se reconnaître même au cours de l’assaut le plus rude.
Il en va tout différemment avec l’apparition des guerres féodales où l’évolution de l’équipement militaire rend les combattants occidentaux méconnaissables par le nasal du casque et par le capuchon du haubert qui tend à couvrir tout le bas du visage.
Un tel équipement, identique dans chaque camp rendait les combats particulièrement confus.
La première trace héraldique proprement dite relevée renvoie au 11ème siècle : en l’an 1049 lorsque le duc de Normandie et le Comte d’Anjou, avant leur combat, se sont fait respectivement décliner la couleur du vêtement, la robe du cheval, et le décor du bouclier de l’adversaire. Celui qui se chargea de ce travail fût vraisemblablement le premier Hérault d’arme.
A cette époque, les boucliers étaient assez grands, en bois ou en cuir renforcés parfois de plaques de fer, ou recouvert de fourrure. Il suffisait de peindre d’une couleur vive les renforts métalliques pour s’en servir comme des panneaux de ralliement.
Dés lors, chaque seigneur eut sa marque distinctive.
Mais le phénomène n’est pas seulement militaire, il est aussi social et se rattache à ce grand mouvement d’émergence de l’identité qui affecte les individus et les groupes entre le 11ème et le 13ème siècle comme les sceaux, les patronymes, les vêtements, ou marques de toutes sortes.
C’est essentiellement par l’usage du sceau que cet emploi des armoiries s’est étendu aux non-combattants. Très tôt, en effet, les chevaliers ne se contentèrent pas de faire peindre les armoiries qu’ils avaient adoptées sur leur bouclier ; ils les firent également figurer sur tous les objets leur appartenant, dont naturellement leur sceau qui était l’image même de leur personnalité juridique.
Peu à peu, toutes les personnes, physiques et morales, qui avaient un sceau prirent l’habitude d’en orner le champ au moyen d’armoiries.
C’est ainsi que l’usage des armoiries s’est étendu aux femmes, aux roturiers, aux collectivités, aux corporations.
Les armoiries se composent de deux éléments : des couleurs et des figures qui prennent place dans un écu délimité par un périmètre dont la forme est indifférente. La forme triangulaire, héritée des boucliers médiévaux, n’est nullement une obligation, c’est simplement la plus fréquente. Il existe des armoiries inscrites dans un cercle, un ovale, un carré ou un losange.
Ce qui est communément appelé couleur, prend en Héraldique le nom d’émail. Parmi les émaux, une distinction est faite entre :
Les Métaux : 2 les composent
L’or et l’argent
Et les couleurs :
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sont principales.
Le gueules pour le rouge
L’azur pour le bleu
Le sable pour le noir
Le sinople pour le vert
2 sont secondaires
Le pourpre pour le violet
L’orangé pour l’orange
En gravure, en l’absence de matière colorée, on arrêta un procédé pour différencier les émaux, consistant à représenter les couleurs par des hachures parallèles, horizontales, verticales, obliques et entrecroisées. L’argent adopte la teinte du support utilisé, il est laissé vierge. L’or use de points.
En général, tout blason comporte de l’or ou de l’argent.
La règle fondamentale est la règle dite de la contrariété des métaux. Si les figures sont de métal, le champ sera de couleur ou l’inverse.
ll est interdit de mettre métal sur métal, ou couleur sur couleur. Cette contrainte était destinée à éviter toute méprise dans la reconnaissance visuelle à distance.
On trouve quelques rares exceptions dans le cas d’armes dites à enquerre « Les armes attribuées à Geodefroy de Bouillon et aux héritiers du royaume de Jérusalem sont une croix d’or sur fond d’argent ».
Deux fourrures s’ajoutent aux métaux et aux couleurs.
L’hermine héraldique doit sa silhouette stylisée au fait que l’on accrochait aux vêtements des queues d’hermines, les têtes étant disposées en croix.
L’hermine est toujours constituée de mouchetures de sable « noir » sur un fond d’argent.
Quant au VAIR : V A I R, il est la représentation stylisée d’une fourrure dont les hauts personnages portaient au Moyen-âge. Il était constitué par le dos et les pattes d’écureuils de Sibérie.
Dans les armoiries, les couleurs constituent l’élément essentiel, car s’il existe bien des armoiries sans figures, il n’en existe pas sans couleur.
Contrairement aux couleurs, le répertoire des figures n’est pas limité. N’importe quel animal, végétal, objet ou forme géométrique peut devenir figure de blason.
Les premières armoiries ont une structure simple : Une figure d’une couleur posée sur un champ d’une autre couleur.
Toutefois au fil des siècles, la composition des armoiries a tendance à se charger et à se compliquer.
Dans les armoiries de familles, soit des figures secondaires viennent s’ajouter à la figure de départ, soit, l’écu se divise en un nombre de plus en plus important de quartiers :
- C’est un moyen d’exprimer la parenté, les ascendances ou les alliances.
Les grandes armes de la reine Victoria peuvent comporter 256 quartiers. Le record doit être à 323 quartiers pour une famille Galloise.
Un certain nombre d’armoiries échappent à toutes tentatives d’explications, soit qu’il n’y a pas de signification historique véritable, soit qu’il est très difficile de la retrouver.
Les armoiries ou figures héraldiques peuvent être classées en 4 catégories de significations mais la frontière entre les unes et les autres n’est pas toujours très nette.
1ére catégorie : Les armoiries parlantes :
Ceux sont celles dans lesquelles certains éléments sont mis en relation avec le nom de la personne, de la famille ou de la communauté qui en fait usage.
Cet élément est en général une figure.
La relation peut être directe
- La famille florentine des Rossi porte un écu tout rouge
- Une famille « Lecoq » portera un coq dans ses armes.
La relation peut être constituée par un rébus.
« Racine » portait un écu composé d’un rat et d’un cygne.
L’étude des armoiries parlantes est toujours riche d’enseignements. Dans le domaine de l’anthroponymie, elle permet d’analyser la formation et l’évolution de certains noms de famille.
2éme Catégorie : Les armoiries allusives :
–
Ceux sont celles qui, d’une manière, ou d’une autre, rappellent non pas
un nom, mais un fait ou un état en rapport :
– Evénement historique ou légendaire, passé glorieux, origine
géographique, fonction administrative etc…
Les exemples en sont nombreux :
« Geoffroy le Velu, comte de Barcelone, blessé en une sanglante bataille, portait un écu d’or sur lequel Charles le Chauve, trempant sa main dans le sang de Geoffroy traça avec ses doigts 4 pals qui ornent l’écu de Barcelone, devenu celui d’Aragon, et de nos jours celui du Roussillon ».
Le palmier et le crocodile pour les armes de Nîmes.
Chez les roturiers, ces armoiries font souvent allusion à une profession. Soit d’une manière directe : Un chapeau pour le chapelier, une lyre pour le musicien.
Soit de manière indirecte : Un berger qui porte une étoile dans ses armes.
Découlant d’une nécessité administrative les armoiries des villes font très souvent allusion à leur activité économique dominante, comme la Nef pour la ville de Paris.
3ème Catégorie : Les armoiries Politiques : (Il faut prendre ce terme au sens très large)
Elles soulignent le lien du possesseur avec un groupe, quelque soit sa nature : Groupe, corps de métiers, ordre religieux, universités, factions politiques.
Dans l’héraldique ecclésiastique, les gens d’églises remplacent le heaume et le cimier trop militaire, par des insignes de leurs dignités, la mitre ou le chapeau du prêtre à large bord, muni de cordelières à glands, dont le nombre et la couleur varient suivant le rang.
N’ayant pas non plus d’obligations militaires les armoiries universitaires combinent généralement armoiries locales et symboles d’éruditions, dont le livre souvent stylisé tient la plus grande place.
4ème catégorie : Les armoiries symboliques :
Les armoiries sont des images, des « connaissances », il n’est pas étonnant que certaines armoiries contiennent des symboles plus ou moins complexes.
Dans ces armoiries, c’est surtout la figure principale, et non pas l’écu dans son ensemble, qui est chargée de signification.
En Europe, quelques figures ont connu un succès sans égal.
La CROIX
La croix s’est imposée comme symbole de la chrétienté dés les premières croisades. Les croisés, nobles ou manants avaient cousu une croix d’étoffe sur leur épaule, c’était le signe de ralliement idéal.
Bon nombre de chevalier mirent cette croix sur leur écu. Elle devint l’un des signes héraldique le plus répandu.
Presque tous les blasons de famille ou cité qui portent des croix remontent aux croisades. Des croix aux formes les plus variées furent prises comme emblème par les grands ordres militaires et religieux telles la Croix de Lorraine, la Croix de Malte, la Croix de Toulouse ou la sinistre Croix Gammée.
Le LION
Le Lion est le plus fréquent de tous les animaux héraldiques. Il symbolise la vaillance, la générosité, il doit son sucés à la chevalerie qui privilégiait la force et la majesté, valeurs traditionnellement associées au « Roi des animaux ».
L’AIGLE
L’aigle roi des airs est le symbole de la puissance souveraine. Rome, Charlemagne, les Stars ont l’aigle pour emblème.
De cet antagonisme entre les deux règnes animaux découle également un antagonisme héraldique entre l’Aigle symbole de puissance impériale et le Lion symbole de l’autorité des princes territoriaux.
Si le lion est doté d’ailes, il se rapporte presque toujours à l’évangéliste Saint Marc, patron de Venise. Chaque évangéliste avait en effet un être ailé comme symbole.
La fleur de lys
Emblème héraldique de la France durant sept siècles, la fleur de lis, ainsi que d’autres plantes similaires comme l’iris, symbolise la divinité, la fécondité et la grâce. Le Christ lui même associa Salomon dans sa gloire au lis des champs. Le nombre de fleurs de lis fut limité à 3 dans le blason royal durant le règne de Charles V, Certains auteurs déclarèrent que c’était en l’honneur de la sainte Trinité.
A ma connaissance, les loges du G O D F n’ont pas d’armoiries, mais seulement des bannières et des sceaux.
Toutes les figures représentées ont un caractère symbolique.
Ces figures ne sont pas propre à notre ordre, on peut les découvrir à travers la lecture de l’armorial des blasons.
Certaines sont issues des blasons ou bannières des compagnons, bâtisseurs de cathédrales comme le compas, l’équerre, le maillet ou le niveau.
D’autres ont un caractère plus parlant tel l’épi de blé ou la grenade. Pour une part importante, les figures célestes enrichissent nos marques distinctives, comme :
- L’étoile à 5 rais ou pentogramme.
- Elle peut être rayonnante ou flamboyante.
- Le soleil.
En héraldique le soleil a figure humaine, sans quoi on dit : ombre de soleil.
Il peut être aussi rayonnant.
- La lune.
- Dans les descriptions héraldiques, la lune très rarement pleine est appelée croissant. Elle est nommée lune seulement si elle a un profil humain.
- Héritage de notre histoire, nos sceaux nos bannières semblent se conformer aux règles de l’héraldique.
- Mais, qu’en est-il de l’héraldique de nos jours, à l’aube du 21ème siècle.
- Aujourd’hui ce langage du blason mérite d’attirer notre curiosité. Il dit beaucoup avec peu, il apparaît comme un code extrêmement élaboré.
- Parmi les systèmes de signes contemporains, le code international des signaux maritimes est celui qui noue avec l’héraldique les liens les plus étroits. Ces pavillons destinés à être vu de loin respectent strictement les règles du blason.
- Les drapeaux, héritiers directs du système du blason respectent presque tous, la règle d’association des couleurs héraldiques.
- Le droit aux armoiries appartenant à tout le monde et la publicité aidant, nous voyons fleurir une héraldique de prestige.
- Nombreuses sont la société qui utilisent des compositions héraldiques afin de rehausser la présentation de leurs produits ou marchandises. On les trouve principalement sur les paquets de cigarettes, les boites de cigares, ou les bouteilles de vin.
- Mais l’insigne peut être repris au blason de la province ou de la ville où la firme a son siège social. C’est le cas du Lion Franc-comtois adopté par Peugeot, ou la croix et la guivre Milanaise d’Alfa-Roméo.
Le langage héraldique est aujourd’hui utilisé par tous mais les règles fondamentales sont trop souvent non respectées.
N’hésitez pas à apprendre les rudiments de l’héraldique et entrainez vous a déchiffrer les couleurs des blasons qui ornent nos châteaux.