Le Sablier
L∴ B∴
Le sablier est
offert à la méditation du
candidat, dans le cabinet de réflexion, avec d’autres
symboles paradoxaux (le
crâne, la faux, parfois la Bible), dont
l’interprétation est irréductible à un
sens unique et préétabli.
Présenter
la mort avec faux ou sablier est un thème banal dans la
peinture.
Le sablier est
également indissociable d’une conception circulaire du temps
dont le cycle cosmique donne le principe et la mesure.
C’est par la
circulation du temps que tout événement
appartient tour à tour à
l’avenir, au présent et bientôt au
passé.
Le sablier est donc associé à l’illusion du temps
qui passe et à la certitude
de la brièveté de tout ce qui est soumis
à la mesure.
Mais la vision du sable ou de l’eau qui s’écoulent ne
constitue
nulle ment une
invitation à désespérer de tout au
prétexte
que tout est éphémère et promis
à
la mort.
Tout au contraire,
son emploi signifie aussi que la volonté de bâtir
le temple
intérieur, dans l’urgence mais sans hâte inutile,
ne peut s’accomplir que dans
le temps avec le temps qui permet l’œuvre et favorise la
création.
La méditation sur la mort est solidaire d’une
réflexion sur la vie et la
conscience aiguë de la caducité de toutes choses
renforce aussi la conviction
que rien d’essentiel ne s’accomplit sans le temps.
La Melencolia de
Durer est représentée par une femme qui jette un
regard fixe
en direction du sol, en se soutenant la tête d’une main.
Le sablier au-dessus
de sa tête marque la fuite du temps.
Nous contemplons ainsi une représentation
pathétique de la mélancolie
paralysante, de l’humeur noire, nommée par les
Pères de l’Église acedia ou
tristitia, qui inspire à celui qui en est affligé
horreur et aversion pour ce
qui vit.
Telle n’est pas la
signification du sablier proposé à l’imaginaire
maçonnique.
Dans celui ci le sablier est l’expression d’un vouloir, d’une
liberté qui ne
rêve pas de s’affranchir du temps mais qui cherche
à s’accomplir dans l’avenir
par un acte créateur.
En ce sens, le sablier n’est pas seulement le symbole du temps qui
fuit; il est
aussi celui du tempS gardé et conservé comme un
fluide précieux à l’intérieur
duquel prennent corps et sens les projets humains.