7221-4 : La symbolique du jeu de l’oie au 2ème degré

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Non communiqué

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Lors d’une précédente Tenue, j’ai eu le plaisir de vous présenter le 1er volet de ce triptyque concernant la symbolique que nous retrouvons avec le jeu de l’oie.

Jeu ancien, mais au combien actuel car si nous le remettons dans notre contexte présent, nous y trouverons des réponses à nos questions quotidiennes.

La 1° mention de ce jeu provient de la cour des Médicis à Florence vers 1580. On parle alors du « noble jeu renouvelé des Grecs », bien qu’il est certain que ce jeu leur ait été inconnu.

Le jeu de l’oie est considéré comme l’ancêtre des jeux actuels de parcours et de plateau.

Je vous fais un petit rappel des règles de celui-ci : Le jeu de l’oie est un jeu de société de parcours où l’on déplace des pions en fonction des résultats du lancé de deux dés.

Traditionnellement, le jeu de l’oie comprend 63 cases disposées en spirale enroulée vers l’intérieur et comportant un certain nombre de pièges. Le but est d’arriver le premier à la dernière case.

Les règles de base sont intangibles :

Le jeu se joue avec deux dès.
Un premier coup décide de celui qui va commencer.
L’oie signale les cases fastes disposées de 9 en 9.
Nul ne peut s’arrêter sur ces cases bénéfiques et on double alors le jet.

qui tombe à la case 6, où il y a un pont, ira au 12.
qui tombe à la case 19, où il y a un hôtel, se repose quand chaque joueur joue 2 fois.
qui tombe à la case 31, où il y a un puits attend qu’on le relève.
qui tombe à la case 42, où il y a un labyrinthe retourne à la case 30.
qui tombe à la case 52, où il y a une prison attend qu’on le relève.
qui tombe à la case 58, où il y a la morte recommence.

Le premier arrivé à la case 63, dans le jardin de l’oie, gagne la partie, à condition de tomber juste, sinon il retourne en arrière du nombre cases dépassant le chiffre 63.

Certains auteurs attribuent son succès au caractère ésotérique du parcours qu’il engendre. Mais celui-ci peut tout simplement être comparé à la vie humaine avec ses aléas.

Son tracé en forme de spirale rappelle le labyrinthe à parcourir pour arriver à cette connaissance.

Ponts, puits, prison, mort sont autant de figures du parcours qui font référence à la mythologie, ou à des symboles, qui ont leur correspondance ésotérique dans les images du tarot, mais aussi  dans notre enseignement maçonnique.

Sur le plan symbolique, l’oie renvoie à un animal qui annonce le danger.
Ce mot aurait les mêmes racines que les mots « Oreille », et « Entendre ».
Le jeu de l’oie permettrait ainsi de mieux entendre et comprendre notre monde.

Je voudrais maintenant délaisser la simplicité obtuse de l’oie  domestique au profit des oies sauvages que l’on trouve dans les légendes nordiques portant des enfants accrochés à leur col et les faisant ainsi voler au-dessus de la terre et des mers.

Oiseaux migrateurs par excellence, attirées par la chaleur et la lumière en fuyant les hivers.

Elles voyagent au rythme des équinoxes, en suivant le trajet qui est dicté par leur instinct, s’élevant dans les airs en formation triangulaire serrée, sans autre bruit que celui du vent.

Il leur arrive alors de lancer leur cacardement perçant et grinçant :

OYEZ ! OYEZ ! OYEZ !

Ce qui en vieux français signifie :

ECOUTEZ ! ECOUTEZ ! ECOUTEZ !

OYEZ, du verbe OUÏR, donnant OUÏE.

L’ouïe est le sens qui permet d’écouter et d’entendre.
L’oreille est ainsi l’organe de la communication.
Le système vestibulaire de l’oreille, constitué par les organes de l’oreille interne.
Dont le labyrinthe est responsable de l’orientation dans l’espace et de la posture, garante de l’équilibre qui permet de se tenir debout.
De ouïr, on passe à entendre puis à entendement, faculté de comprendre, constituée par : La sensation, La perception, La raison, L’intelligence.
L’entendement est donc le sens de l’enseignement par excellence, puisqu’il permet d’appréhender le sens des symboles.
C’est probablement la leçon des oies sauvages et leur avertissement avant que ne s’effectue le voyage :

« – passez de l’écoute de l’extérieur à l’écoute intérieure
 – écoutez le silence et vous entendrez
 – ouvrez vos oreilles et ouvrez aussi les oreilles du cœur et vous comprendrez ce qui est caché ».

Encore faut-il avant de commencer le parcours en connaître LA REGLE.

La règle du jeu en concevant l’ordonnancement, à la fois intention et loi ainsi que référence dans les situations difficiles.

Instrument de mesure, aussi, mais également outil de construction du MOI SPIRITUEL qui offre un axe vital en toute circonstance.

C’est dans cet espace de liberté que pourra s’effectuer le voyage, avec pour seule règle la recherche de la Vérité, qui nous fait aimer la rigueur, désirer la contrainte, rechercher la justesse et la simplicité permettant de retenir l’essentiel.

Ainsi peut commencer le jeu de l’oie, déterminé par le lancer des DÉS.

Petits cubes rappelant que la pierre brute une fois dégrossie, une fois polie, l’exigence de mesure consiste à dresser 6 faces identiques pour qu’elle devienne pierre cubique.

Donnant ainsi une impression d’achèvement et de stabilité.

Lorsqu’on observe un cube, on n’en voit pas toutes ses faces : il y a les faces visibles et les invisibles ; c’est par le chemin initiatique que l’on peut passer du manifesté au non manifesté.

Si LE VOYAGE a une finalité, le chemin n’a pas de fin.

Notre voyageur ne va pas se lasser d’explorer les chemins de la vie en étant assoiffé d’apprendre, sur lui et sur le monde, s’abreuvant aux techniques, aux sciences, aux connaissances, éveillant sa curiosité de toute expérience nouvelle, considérant la réalité extérieure sous tous ses aspects, découvrant l’importance essentielle de tout labeur.

« Chaque pas que je fais est un très long voyage » dit Rabbi Nachman de Breslau.

Il apprend à connaître les forces qui régissent le monde.
Et poursuit sa marche suivant l’axe initial qu’il ne doit jamais perdre de vue mais prenant aussi l’initiative d’explorer l’espace.
C’est le 4° pas du Compagnon qui l’éloigne avec le 5° qui le ramène au centre.
Il est sur la voie de la découverte dans le Faire, dans le concret, et fera passer dans les actes LE SENS DE LA PAROLE.

La route est longue.

« Qui ira au nombre 19 où il y a une hôtellerie, paiera le prix convenu et se reposera, tandis que les autres joueront 2 fois ».

Lieu de régénération du corps par la satisfaction de la faim, de la soif et du sommeil, l’hôtellerie est aussi l’abri de la tourmente des intempéries.

Il ne faut jamais casser son rythme, dit-on, et faire halte longtemps n’est pas toujours repos.

Dans cette recherche des nourritures qui viendront le restaurer et l’enrichir, le voyageur ne doit jamais s’interrompre, ne doit jamais s’arrêter dans sa quête.

Si le corps a besoin d’aliments et de sommeil le voyage en soi n’a pas  besoin de long repos.

Il ne faut pas considérer l’hôtellerie comme un refuge car y séjourner, au lieu d’y faire une courte étape, ne permet pas de maintenir sa conscience aux aguets, ni son attention constante et vigilante.

Cependant, le voyage initiatique n’est pas une course en soi.

Et si d’autres joueurs le dépassent, ne considérons pas cela comme une terrible pénalité.

Chacun doit progresser à son rythme et chaque phase de repos permet de digérer, d’intégrer ce qui a été acquis jusque là, pour mieux redémarrer ensuite.

Ainsi, notre voyageur reprend t’il sa marche, confiant, jusqu’à ce que quelques coups de dés plus tard, un mauvais hasard ne le conduise EN PRISON.

Un mauvais coup du hasard ?
Où un manquement à la règle ?
Où une erreur d’entendement ?
A moins qu’une fois de plus, il ne soit prisonnier de lui même.
Le voici au secret.

Dans l’austérité de son cachot avec UNE CRUCHE D’EAU et DU PAIN.

L’eau qu’il sait purificatrice et régénératrice.

Le pain, fabriqué par l’homme, trait d’union entre la terre et le ciel, élaboration d’une profonde transformation car le grain de blé doit pourrir dans la terre pour laisser croître le germe :

« Si le grain ne meurt ».

Il faut mourir pour renaître.
Progressions et régressions nous rappellent notre devoir d’humilité.
Dans sa solitude, il a le temps de méditer sur « LE PAIN DU PARTAGE » qui a donné au Compagnon et sur SCHIBBOLETH :

« Nombreux comme les épis de blé ».

L’eau et le pain : stricte nourriture nécessaire pour subsister, donnant une idée d’ascèse, de renoncement.
Mépriser le superflu pour aller à l’essentiel, c’est déjà se libérer.
Dans ce lieu d’enfermement, il médite sur ce qu’il est en train d’accomplir :

Se construire en construisant sa vie.
Se sentir reliée aux hommes, à la nature, au monde.
Devenir un être complet, unifié, relié.

Envisager le travail comme un devoir impératif et l’intégrer pour qu’il revête une forme spirituelle.

Alors tomberont ses chaînes lorsque la réalisation sera devenue harmonieuse et que l’Etoile brillera en lui, l’invitant à se mettre en marche.

« Qui ira au nombre 52 où il y a une Prison, paiera le prix convenu et restera là jusqu’à ce qu’un autre l’en retire ».

Ainsi « les ouvriers se lèvent et se remplacent ».

Ont disparue les chaînes intérieures des individus de passage, pour faire place à la chaîne d’union universelle par delà le temps et l’espace, dans laquelle se propage l’énergie de chaque maillon, mêlant à sa force, le souvenir de tous ceux qui l’ont précédé.

Notre voyageur est à nouveau sur la route.

Sur la construction géométrique du jeu et la base carrée du support, le couloir en colimaçon est le chemin obligé pour accéder au Centre où se trouve le jardin de l’oie.

Comme se trouve au centre de l’Etoile la lettre G qui s’enroule aussi en une sorte de spirale, et qui symbolise :

la gravitation, force attractive entraînante.
le génie, ce qui dépasse les limites humaines habituelles.
la génération, mise en germe fécondante donnant la vie et assurant la transmission.
la géométrie, avec les sciences et l’art de la construction universelle.
la Gnose, qui est à la fois la Connaissance et la Sagesse.

Notre voyageur est à nouveau sur la route.

Continuant son voyage fait d’expériences et d’intuition, voyage intérieur au centre de soi, voyage à la recherche de la Quintessence de toute chose.

Il doit aller plus loin, toujours plus loin, et affronter d’autres épreuves qui le conduiront, si il s’en montre digne « vers d’autres contrées du mystère ».

J’ai dit, Vénérable Maître et vous tous mes Frères.

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