L’acacia m’est connu
Non communiqué
– Etes-vous Franc-Maçon ?
– Mes frères me reconnaissent comme tel.
– Etes-vous compagnon ?
– J’ai vu l’Etoile Flamboyante.
– Seriez-vous Maître ?
– L’acacia m’est connu.
Ces trois réponses indiquent un passage
progressif du franc-maçon, de
la passivité vers la responsabilité.
Dans sa première réponse, » mes frères me reconnaissent comme tel « , l’apprenti maçon ne prend aucune responsabilité : ce n’est pas lui qui déclare qu’il est maçon, mais ce sont ses frères qui le reconnaissent comme tel. Il parle au nom des autres frères qui le reconnaissent comme tel. D’ailleurs, étant donné qu’il n’a pas droit à la parole, il ne peut donner une autre réponse.
Dans sa deuxième réponse, »
j’ai vu l’étoile flamboyante « ,
le compagnon maçon est toujours passif, mais cette fois-ci
il se place en tant
que » chercheur » comme un voyageur qui trouverait son chemin en
scrutant les étoiles la nuit. Le compagnon maçon,
en déclarant » j’ai vu
l’étoile flamboyante » indique qu’il est en train de frayer
son chemin à
travers les ténèbres afin d’aboutir à
la lumière. Mais il n’est toujours pas
maître de son voyage. Il doit suivre un guide qui lui montre
le chemin. Il ne
peut voyager si il n’a pas vu l’Etoile Flamboyante.
Dans sa troisième réponse, » l’acacia m’est connu « , le maître maçon se place en tant que connaisseur. Il déclare connaître l’acacia.
Est-il arrivé au bout de son chemin ?
Non. Mais cette fois-ci il
possède suffisamment d’éléments afin
de décider de la direction à prendre.
L’acacia sera pour lui plus qu’une étoile qui montre le
chemin. Grâce à
l’acacia, il trouvera l’endroit où gît
maître Hiram même si il n’y a aucun
chemin qui y mène, puisque cet endroit est enfoui dans la
terre. Grâce à
l’acacia il sera capable de » déterrer » du fond des
abîmes, de
l’obscurité totale, Maître Hiram, c’est
à dire la connaissance, et de lui
redonner la vie.
L’acacia m’est connu.
Dans la bible, le mot Daath signifie Connaissance ou Savoir. Mais le langage biblique utilise également ce mot lorsqu’il veut nous raconter l’union d’un homme avec une femme. Les mots » Hou yada otah » dans la bible veulent dire » Il l’a connue « , et cela signifie que l’homme s’est accouplé avec la femme. Il l’a connue, c’est à dire qu’il s’est uni à elle, à un degré total et parfait, de manière à ce qu’elle n’ait plus aucun secret pour lui, de manière à ce que lui et elle ne fassent qu’un.
La connaissance élimine au fur et
à mesure les secrets et »
déterre » le maître maçon de son
ignorance, des ténèbres, et lui donne la
vie, comme lors d’un accouplement.
L’acacia est connu au maître maçon. Celui-ci est
uni au symbole, et c’est cette
union qui lui donne la force de prendre en main son propre destin, sa
propre
vie.
L’acacia a été choisi comme étant un symbole idéal pour la maîtrise. Son importance est d’autant plus grande qu’il s’agit de toutes les maîtrises : maîtrise du travail, maîtrise de la recherche, maîtrise du savoir, et le plus important de toutes les maîtrises : maîtrise de soi.
Il y a environ trois mille ans, l’arche de l’alliance, construit dans le désert, par les hébreux, était faite du bois d’acacia plaqué or. Bois à l’intérieur, or à l’extérieur. Pas n’importe quel bois, et pas n’importe quel métal. Les initiés avaient déjà compris que ce bois portait en lui des vertus » sacrés « . Si les détails des matériaux composants cette arche sont bien soignés et jamais laissés au hasard, il en va de même pour les exécutants. C’est un nommé Betsalel qui reçut de Moïse l’instruction pour réaliser cette arche. Betsal-el signifie en hébreu » à l’ombre de Dieu « . Comme son nom l’indique, il s’agit d’un homme qui marche » à l’ombre de Dieu « , et c’est lui qui maniera les matériaux comme l’acacia et l’or.
Dans notre rituel maçonnique une branche d’acacia est placée sur le drap du récipiendaire pour nous rappeler celle qui fut plantée sur la tombe d’Hiram. L’acacia accompagne le sage dans son dernier voyage. Plus tard, la couronne d’épine du christ serait tressée d’épines d’acacia. Là aussi, l’acacia accompagne un prophète dans son dernier voyage. A l’observation de ces événements on voit que cet arbre a un destin particulier : il est destiné à lier l’homme et la divinité, à être un pont entre le matériel et l’immatériel. L’acacia, cet arbuste au bois dur et imputrescible, aux épines redoutables, devient un symbole de renaissance et d’immortalité. C’est par la branche d’acacia que l’on va trouver l’emplacement du corps d’Hiram et se perpétuera ainsi la tradition maçonnique.
C’est aussi un symbole solaire, car les rayons de
la couronne d’épines
sont ceux d’un soleil.
Parce qu’il perpétue la vie, parce qu’il donne la vie, parce
qu’il répand la
lumière du soleil, l’acacia rejoint l’idée de
l’initiation et de la
connaissance.
L’acacia est tellement puissant qu’il s’impose tout
seul aux événements
et aux personnes.
Remarquons que après avoir
assassiné et enterré Hiram, c’est l’assassin
lui-même qui va planter une branche d’acacia sur la tombe
pour camoufler
l’endroit, sans savoir que par ce geste il facilite
déjà les recherches à
venir. Plus tard, lorsque le frère maître qui est
à la recherche du Maître
Hiram, tombant de fatigue, va s’accrocher à une branche
d’acacia, sans savoir
lui aussi que c’est par cette branche que les recherches vont aboutir.
Dans cette légende, l’acacia passe de la main d’un coupable,
à la main d’un
innocent. Et entre les deux, il accompagne Hiram dans son dernier
voyage.
Certaines sociétés religieuses de nos jours utilisent également l’acacia comme étant un support divin pour des rituels en Afrique et en Inde.
Dans l’antiquité l’acacia n’est pas utilisé seulement par les hébreux mais aussi par les égyptiens. Pour ces derniers l’acacia est un arbre sacré. Chez les tribus arabes l’acacia est devenu une idole. On le nomme » le rameau des initiés « . les égyptiens et les arabes ont fait de l’acacia un emblème solaire car ses feuilles rappellent le lotus de l’héliotrope qui s’ouvrent aux rayons du soleil levant et qui se ferment lorsque le soleil disparaît à l’horizon. L’acacia est, d’une certaine manière, l’incarnation du soleil sur la terre.
Il est donc la représentation de la vie
éternelle. L’arche de
l’alliance ne peut être éternelle que si elle est
faite de matériaux nobles
comme l’or et comme l’acacia. C’est grâce à ce
bois, représentant la vie
éternelle que le corps d’Hiram est découvert, et
le maître maçon rejoint ainsi
la vie, à travers le rituel.
Je peux, à ce stade, poser la question suivante :
– Parmi tous les arbres possédants aussi
des vertus sacrés, comme le
saule des chaldéens, le lotus des égyptiens, le
myrte des grecs et le chêne des
druides, pourquoi seul l’acacia s’est imposé à la
franc-maçonnerie ?
Ce symbole est encore étranger à la
maçonnerie opérative. L’acacia est né
avec
la maçonnerie spéculative. A l’examen de
l’histoire de la franc-maçonnerie, il
apparaît que c’est à l ‘époque de
l’établissement des obédiences et de la
fixation des règles spéculatives
qu’apparaît l’acacia en Europe.
Par rapport aux autres arbres, qui ont une certaine place, ou une certaine importance à un moment donné de l’histoire, l’acacia bénéficie d’une continuité. Arbre sacré chez les égyptiens, l’essence même de l’arche sainte de l’alliance, les épines de la couronne du Christ. Sa place est indiquée tout naturellement auprès d’un cercueil ou d’un tombeau. En plus de cette présence permanente à travers les âges, l’acacia est aussi symbole de l’innocence. Au début de la maçonnerie spéculative les loges s’intitulent :
» Lieu très éclairé, asile de la vertu où règnent la paix, l’innocence et l’égalité « .
C’est donc tout naturellement que l’acacia trouve
sa place dans la
maçonnerie en tant que arbre sacré.
Que se passe-t-il lorsque je déclare » l’acacia m’est connu
» ?
En choisissant un symbole fort comme
l’acacia, la maçonnerie fait prendre conscience à
ses membres qu’ils se
trouvent en possession d’un matériau sacré. La
formule » l’acacia m’est
connu » ne signifie pas seulement que celui qui le dit est devenu
maître.
Cette déclaration va bien au delà du
degré maçonnique. En prononçant ces
mots,
le maître maçon se relie, par
l’intermédiaire de ce symbole, à des milliers
d’années d’histoire à travers le monde. Il prend
connaissance de la puissance
de l’arche de l’alliance, il s’associe à la souffrance du
christ, et il donne
la vie à Hiram.
En choisissant l’acacia comme symbole, la maçonnerie relie
le maître maçon
d’aujourd’hui à l’histoire biblique, d’une part, et
à la légende maçonnique
d’autre part.
Comme l’acacia qui fait le pont entre l’homme et le divin, la matière et l’esprit ; possesseur d’acacia, le maître maçon est ainsi relié à l’univers.