7221-3 : La symbolique du jeu de l’oie au 1er degré
Non communiqué
NOBLE JEU DE L’OIE, appelé « RENOUVELÉ » par les grecs en référence au mythe de Thésée, fut introduit en France vers la fin du 16° siècle comme jeu à la fois sérieux et divertissant.
Puis, diffusé dans toute l’Europe, il devint rapidement un jeu pédagogique, et un moyen de propagande à des fins politiques ou commerciales : jeu des petites misères, jeu des privilèges, jeu de la révolution française, etc.
Le musée du jeu de l’oie à Rambouillet est riche de ses variations.
Ce jeu de table alliant support logique et imprévisibilité du hasard, il exclut toute initiative réfléchie.
C’est un jeu de partenaires sans adversaire, qui se déroule selon certaines règles qui recèlent en elles des significations symboliques et témoignent d’un parcours individuel sur le chemin de la vie, par lequel on passe d’un degré à l’autre de sa propre conscience d’être.
En fait, c’est un jeu purement initiatique.
Celui qui se livre au jeu de l’oie, doit explorer un labyrinthe qui s’enroule vers l’intérieur formant un certain nombre de cases, chaque case portant un numéro et une image.
Des oies rythment le parcours qui se fait à l’aide des nombres déterminés par le lancer des deux dés permettant d’avancer et de parvenir, malgré les multiples épreuves qui parsèment le voyage jusqu’au but suprême :
Le jardin de l’oie (le paradis en quelque sorte).Ce chemin semé d’embûches, de joies et de peines suspend la vie du joueur à la chance et à la malchance : bonds en avant, arrêts, retours en arrière le pont est avant le puits, la prison est après l’hôtellerie, la mort guette à la case 58.
Heureux, celui qui tombe sur les cases figurant une oie, car il avance à nouveau du même nombre de points.
Malheureux celui qui tombe sur les mauvaises cases.
Vainqueur celui qui arrive au but.
Les associations symboliques de L’OIE dans les différentes civilisations sont extrêmement riches.
Je n’en citerai que quelques unes :
– En Egypte, c’est la
messagère entre le pouvoir temporel et les
différents dieux ; associée à la
bêtise, elle garanti la fidélité du
message qu’elle transmet, sans risque de
détournement ou d’interprétation
puisqu’elle transmet sans comprendre.
– C’est aussi l’allégorie du Destin.
– En France, nous avons :
« Les contes de ma mère l’Oye » recueil traditionnel de légendes venues du fond des âges, reprises et arrangées par Charles Perrault, et « la triangulation palmée de la patted’oie » qui a donné l’adjectif pédauque.
Terme attribué à des reines aux pieds palmés (Berthe, la mère de Charlemagne, et semble-t-il la Reine de Saba) les reines pédauques et leurs quenouilles étant un avatar des Parques, qui filaient, mesuraient et coupaient le fil de la destinée des hommes.
La patte d’oie fut aussi l’insigne au 14° siècle de ces fraternités de bâtisseurs qui décidèrent de partir à l’étranger lorsque l’Ordre du Temple fut dissous par Philippe le Bel.
En signe de reconnaissance, dans leur exil, ils « se pattaient », c’est-à-dire qu’ils portaient une patte d’oie de tissu rouge cousue sur l’épaule gauche et parlaient entre eux le langage des oiseaux fondé sur les symboles et les jeux de mots.
Ceci nous ramène au jeu de l’oie.Qui est bien sûr le jeu de LOI.
Le jeu de la loi ou des lois de l’ordre cosmique qui permettent de passer de la réalité de ses fondations terrestre à la spiritualité de sa charpente céleste.
Ce qui nous amène au jeu.Qui est bien sûr le JE.
Puisque par hypothèse, la rencontre avec soi-même passe par ce jeu de l’oie où l’oie blanche, symbolise notre innocence, notre candeur en début de chemin.
Lorsque l’on sait que la Lumière est au bout et que l’on perçoit confusément la dimension sacrée de la Vie.
Imaginons dès lors que le hasard du coup de dés amène le joueur à la case n° 6 où il y a LE PONT :
« Qui fera le 6 où il y a un pont paiera le prix convenu et se placera au nombre 12 pour se noyer sous le second pont ».
Symbole de liaison entre la Terre et le Ciel, le pont est le PASSAGE séparant l’ici-bas de l’au-delà.Mais seuls peuvent passer ceux qui allient la pureté du cœur à l’accomplissement spirituel car PASSER, c’est SE DÉPASSER.
Hélas, notre voyageur n’est pas prêt, il a peur de tomber, il abandonne tout espoir, il renonce à poursuivre, son chemin s’arrête là.
Cependant, une seconde chance lui est donnée puisqu’il se retrouve sur un autre pont, plus loin.
Au moment où tout semble perdu, tout peut être sauvé.
Mais son angoisse est terrible et pris de vertige, il tombe dans l’eau, se débat, embarrassé de ses fardeaux, lesté par le poids trop lourd de ses métaux qu’il ne veux pas laisser, de ses conflits intérieurs qu’il ne sait pas résoudre, refusant de perdre ce qu’il avait acquis.
Ne voulant pas périr et refusant la probabilité d’une autre naissance, d’une autre existence, il disparaît, inexorablement noyé.
Pour lui, la partie est terminée.
Mais que va-t-il advenir du joueur qui fera le nombre 31 et tombera dans LE PUITS ?
Le passage au-dessus de la margelle circulaire et la chute dans le vide de l’axe vertical du puits.Au fond duquel se trouve l’eau profonde qui rappelle d’une part la chute adamique, et aurait d’autre part quelque chose d’effrayant si l’on ne considérait le puits comme lieu d’interrogation fondamentale et l’eau dans sa fonction purificatrice et créatrice.
La chute dans le puits, c’est faire descendre en bas ce qui a été acquis en haut pour, plus tard, faire remonter en haut ce qui a été transformé en bas.
Car l’eau, source de vie, féconde l’esprit et le rend capable d’épanouissement par la remise en question de soi-même.
Le voyageur est au fond du puits, dans les ténèbres, dans le silence de sa solitude.
Alors, transformant la rétention des mots en puissante activité intérieure, il descend en lui-même et écoute l’intimité de son être pour mieux se transformer, condamné à se voir tel qu’il est, dans son néant, son orgueil, sa vanité agité !
Dans ce milieu entre terre et ciel.
Il faut vivre l’épuisement de toutes ses facultés et de toutes ses ressources, dans l’eau mercurielle qui dissous ce qui est, avant de mettre en germe ce qui sera.
Il faut Force et Vigueur pour résister à cette force captatrice et laisser tomber les masques pour devenir ce que l’on est et non ce que l’on veut paraître.
Ayant appris le renoncement, ayant travaillé à la rectification, dans l’obscurité, dans le silence, l’humilité, la disponibilité et la vacuité intérieure, le voyageur découvrira l’énergie de la persévérance.
De la même façon qu’il a fallu creuser le sol pour atteindre l’eau et bâtir pour construire le puits, il se cherche au fond de lui-même pour se rejoindre, s’épurer, se transformer, maîtriser ses passions avant de se ressourcer, d’apaiser sa soif.
Sa soif de Connaissance et de passer du Caché au Dévoilé.
Le puits symbolise lecreuset de la connaissancede soi :
VISITA INTERIORA TERRAE, RECTIFICANDO INVENIES OCCULTUM LAPIDEM : VITRIOL.
Par dénouement (au sens propre du terme : défaire les nœuds) Solve Coagulaque.
Dissolution et Fixation, le voyageur trouvera la voie de l’équilibre et du discernement avant de regarder le ciel et espérer pouvoir sortir.
« Qui sera au nombre 31 où il y a un puits, paiera le prix convenu jusqu’à ce qu’un autre joueur, faisant le même point, l’en retire, et lui ira à la place de celui qui l’en aretiré ».
Dans la nuit du fond du puits, notre voyageur épuisé lève la tête : il est midi.Le soleil est à son zénith.
Il se reflète même sur la surface des eaux souterraines devenues miroir.
Le moment est venu.
Alors, une corde salvatrice, tenue par une main secourable descend jusqu’à lui et lui permet de sortir à l’air libre, ayant compris que seul, il ne peut rien, que l’énergie du lien symbolisé par LA CORDE appelle à la fraternité, à la solidarité, au respect des autres, à l’assistance des faibles, à la tolérance des inconnus.
C’est la condition de l’existence intersubjective et fraternelle.
C’est la voie de l’Amour qui s’ouvre devant lui.
Le voici maintenant : chargée de son MOI, conscient et du SOI, incluant la totalité du conscient et de l’inconscient (personnalité transcendante de l’individu) et qui, répondant à un appel intérieur continue le long et difficile voyage initiatique.
Se souvient-il que c’est UN FIL DE SOIE qui permit à Thésée de sortir du LABYRINTHE ?Sait-il que c’est LE FIL DE SOI qui va le guider pour sortir de ce même LABYRINTHE, dans lequel il vient d’entrer à la case 42 ?
Car, qui entre dans un labyrinthe doit en trouver l’issue, c’est une question de survie, une question de salut.
Le voici désorienté, ayant perdu ses repères.
L’espace à parcourir est fait de descentes et de montées, d’impasses et de détours, de retours et de sinuosités à l’image du monde même en sa permanence trompeuse.
Alors, il comprend que le Labyrinthe est autant en lui qu’il y est dedans, et qu’il ne peut avancer qu’en découvrant en lui-même le tracé de son chemin, avec l’assistance des leçons de la Tradition maçonnique reçue et l’inspiration spirituelle.
Sa recherche comportant l’errance et le combat, passe par des sentiers détournés et écartés.
Il est essentiellement solitaire et permet de s’éprouver et de se mesurer en obéissant aux injonctions de la Conscience, dans la recherche de la Lumière et l’amour de la Beauté.
Oui, il appartient au voyageur de trouver sa voie propre.
En fonction de ce qu’il rencontre, en sachant discerner les signes qui éclairent ses choix.
Accroché à son FIL DE SOI, il découvrira qu’on ne peut sortir du labyrinthe qu’en acceptant de se perdre pour se retrouver, qu’avancer, c’est aussi apprendre à rebrousser chemin (à l’image du prix convenu de cette case 42 qui l’oblige à retourner à la case 30, que régressions et progressions vont parfois de pair et qu’il faut quelquefois risquer d’échouer pour mieux réussir.
Dans les méandres inextricables de l’inconscient et des illusions, il a su vaincre ses démons, et trouver en lui la voie juste de l’unité primordiale qui l’a conduit à l’issue du labyrinthe.
Le voyage peut continuer.
« Ainsi,
celui qui avance ne s’arrête jamais, allant de
commencement en commencement, par des commencements qui n’ont
jamais de fin ».
Grégoire de Nysse (8°
homélie sur le Cantique des cantiques).
J’ai dit Vénérable Maître et vous tous mes Très Chers Frères.