7221-5 : La symbolique du jeu de l’oie au 3ème degré
Non communiqué
Lors d’une précédente Tenue, j’ai eu le plaisir de vous présenter le 1° volet de ce triptyque concernant la symbolique que nous retrouvons avec le jeu de l’oie.
Dans le premier volet, que j’ai abordé au grade d’apprenti, j’ai décrit les liens que nous devons tisser entre nous par la fraternité et l’humanisme, la visite intérieure que l’apprenti doit faire afin de se connaître et de pouvoir évoluer.
Dans le deuxième volet, j’ai travaillé sur l’écoute de soi-même et des autres, et de l’intérêt par le voyage d’aiguiser cette faculté afin de s’ouvrir aux autres pour mieux construire son Temple, et participer à l’amélioration du monde humain.
Enfin, dans ce troisième volet, c’est l’élévation que nous effectuons en nous rappelant toutes les expériences que nous avons apprises afin de continuer notre ascension vers la Lumière de la connaissance.
Le jeu de l’oie est un jeu ancien, mais au combien actuel car si nous le remettons dans notre contexte présent, nous y trouverons des réponses à nos questions quotidiennes.
Je vous fais un petit rappel des règles de celui-ci :
Le jeu de l’oie est un jeu de société de parcours où l’on déplace des pions en fonction des résultats du lancé de deux dés.
Traditionnellement, le jeu de l’oie comprend 63 cases disposées en spirale enroulée vers l’intérieur et comportant un certain nombre de pièges. Le but est d’arriver le premier à la dernière case.
Les règles de base sont intangibles :
Le jeu se joue avec deux
dès.
Un premier coup décide de celui qui va commencer.
L’oie signale les cases fastes disposées de 9 en 9.
Nul ne peut s’arrêter sur ces cases
bénéfiques et on double alors le jet.
qui tombe à la case 6,
où il y a un pont, ira au 12.
qui tombe à la case 19, où il y a un
hôtel, se repose quand chaque joueur joue 2 fois.
qui tombe à la case 31, où il y a un puits attend
qu’on le relève.
qui tombe à la case 42, où il y a un labyrinthe
retourne à la case 30.
qui tombe à la case 52, où il y a une prison
attend qu’on le relève.
qui tombe à la case 58, où il y a la morte
recommence.
Le premier arrivé à la case 63, dans le jardin de l’oie, gagne la partie, à condition de tomber juste, sinon il retourne en arrière du nombre cases dépassant le chiffre 63.
Certains auteurs attribuent son succès au caractère ésotérique du parcours qu’il engendre.Mais celui-ci peut tout simplement être comparé à la vie humaine avec ses aléas.
Son tracé en forme de spirale rappelle le labyrinthe à parcourir pour arriver à cette connaissance.
Ponts, puits, prison, mort sont autant de figures du parcours qui font référence à la mythologie, ou à des symboles, qui ont leur correspondance ésotérique dans les images du tarot, mais aussi dans notre enseignement maçonnique.
Les origines du jeu de l’oie sont difficiles à cerner.
La première mention de ce jeu provient de la cour des Médicis à Florence, vers 1580.
Ce jeu devint célèbre grâce à Ferdinand de Médicis qui durant son règne en donna un exemplaire au roi d’Espagne Philippe II.
La plus ancienne trace assurée d’un tel jeu est constituée par un petit manuel publié par Alonso de Barros à Madrid en 1587. Il s’agit du livret d’instructions pour un jeu de parcours (spiralé?) à 63 cases, dont malheureusement le tablier est perdu.
Mais les principes généraux sont bien ceux du jeu de l’oie.
Deux ans plus tard, en 1589, l’archiduc Charles d’Autriche fait graver sur pierre pour ses enfants un vrai jeu de l’oie traditionnel.
On retrouve des traces de jeu de l’oie dans des archives de Londres en 1597.
L’année suivante, c’est à Paris qu’on mentionne, dans l’inventaire après décès d’ un imprimeur la présence d’un jeu de l’oie.
Enfin, ce qu’il faut bien considérer à ce jour comme le plus ancien jeu de l’oie classique connu est celui qu’impriment et signent, sans doute en 1599 ou en 1600, les héritiers de Benoît Rigaud à Lyon.
Le jeu de l’oie a inspiré une multitude de jeux éducatifs et moraux, aussi de nombreux écrivains, en voici certains.Dès le 18° siècle les fables d’Esope, puis De la Fontaine, Don Quichotte, les contes de Perrault servent de base à des parcours originaux.
Au 19° siècle deux romans d’Eugène Sue inspirent les imagiers.
Jules Vernes base son roman « le testament d’un excentrique » sur le jeu de l’oie. Il s’agit d’un gigantesque jeu de l’oie où chaque case correspond à un état des États Unis ou de certaines villes.
Maintenant, après ces quelques rappels, reprenons la description symbolique concernant le jeu de l’oie.Une oie, Deux oies, Trois oies, Quatre oies, Cinq oies, Six oies, Sept oies…c’est TOI.
Le 7, somme du 3 et du 4, image des intervalles entre 2 oies qui sont à chaque fois de 3 puis de 4 cases.
Trinité et Quaternité, esprit et matière, indiquant de ce fait la Totalité de l’univers dans le dynamisme qui parcourt le chiffre 7, comme l’accomplissement des processus fécondant et l’ouverture de tous les possibles.
Et, TOI, le joueur, le voyageur, le pérégrin, tu avances ton pion sur le labyrinthe à une seule entrée que forme le jeu de l’oie.
Ici, la voie unique sépare et relie la périphérie au Centre et circonscrit le lieu de l’errance.
Elle n’égare pas, elle conduit.
S’il y a danger, il ne peut venir que de soi-même.
S’approcher du but et s’en éloigner permet de parcourir en tournant la totalité de l’espace à l’intérieur du cercle.
De l’entrée qui se trouve à l’Occident à l’arrivée qui se trouve face à l’Orient.
On passe par les 4 angles de l’horizon et on s’approche 3 fois de l’Orient ce qui permet d’effectuer un complet RETOURNEMENT, symbolisant l’approche du terme.
Sur ce chemin tournant, la marche est le circuit itinérant vers l’épanouissement de la Conscience.
Malgré les épreuves, ce n’est pas un chemin de pénitence, c’est l’expérience vécue de la prospection et de l’introspection.
C’est apprendre à défricher, c’est-à-dire à se déchiffrer.
De case en case, le joueur associe l’énergie du hasard à celle de sa propre quête.
« Si au commencement du jeu, quelqu’un faisait un 9, qui peut se faire par 4 plus 5 ou 3 plus 6, comme les oies sont disposées de 9 en 9 et qu’en redoublant le nombre on arriverait à 63, il faut que celui qui fera 3 plus 6 aille au nombre 26 et celui qui fera 4 plus 5 se placera au n° 53 ».
Car, en décomposant les nombres, nous avons le 3 et le 6 qui sont l’alliance de la Trinité et de l’Homme qui ira au 26 (2 plus 6 = 8).Le 4 et le 5 sont le retour sur soi et la Quintessence ira au 53 (5 plus 3 = 8).
Que ce soit le 26 ou le 53, la somme des chiffres composant ces deux nombres est égale à 8.
Le chiffre 8, ou la jonction de deux croix symbolisant l’ordre cosmique, le 8 qui distribue l’Ordre et l’Harmonie, le 8 comme l’étoile à 8 branches connue sous le nom de « Rose des vents »,ou comme la roue bouddhique avec ses 8 rayons.
Si le jeu de l’oie est à l’origine la transcription du mythe de Thésée le sens universel du mythe permet d’y transposer celui d’Hiram.
Notre pérégrin qui a déjà subit maintes épreuves représentant les crises vitales et les nœuds de croissance de son évolution, va devoir subir la dernière épreuve qui, dans tout ordre initiatique, se fait par la Mort symbolique et la Renaissance.
« Qui ira au nombre 58, où il y a une tête de mort, paiera le prix convenu et recommencera à jouer ».
La sentence est tombée.
Notre pérégrin doit revenir sur ses pas, reculer, aller vers là d’où il vient et refaire le chemin, donc :
– se remémorer les
enseignements reçus
– les expériences vécues
– les découvertes
– faire le bilan de ce qu’il a accompli
– revivre sa précédente mort symbolique
– se rappeler ses anciennes élévations
– recommencer le voyage qui le conduit, par
l’expérience spirituelle, de l’existence
à l’essence, de la mort initiatique à
la véritable renaissance.
* Il a appris la mort du
héros, son maître, Hiram
* Les criminels sont recherchés
* Il doit prouver son innocence
* Il doit enjamber le cadavre.
Et, les 5 pas le conduisent à la tête du mort.
Alors, son pied droit ayant tracé un 1/2 cercle au-dessus de la partie supérieure du corps, de l’Occident vers l’Orient, il ramène le pied gauche, puis fait un autre 1/2 cercle par-dessus la partie inférieur du corps, du Midi au Septentrion.
Un autre pas le ramène sur la ligne médiane :Le cadavre est maintenant derrière lui.
Par ces pas sinueux, il est passé du carré au cercle, du rationnel à l’irrationnel, de la matérialité à la spiritualité.
En faisant ces 8 pas, il a accédé au passage.
Car si le 8 vertical correspond au nombre du manifesté sur tous les plans.
Le 8 horizontal est symbole de l’infini vers lequel il faut tendre jusqu’au passage vers l’Orient Eternel.
Notre pérégrin doit maintenant mourir pour conquérir les prérogatives de son Maître.
Identifiée à Hiram, il est symboliquement frappé dans les mêmes conditions que lui.
Et le voici renversé sur le sol ayant pris la place du mort, mort en lui-même.
Va-t-il accéder directement à la case 63 ?
À la dernière case du jeu ?
« Celui qui arrive au n° 63 et fait plus de points qu’il n’en faut pour y rester est obligé de reculer en comptant autant de points qu’il en a en trop, et il ne peut y entrer qu’en amenant le nombre juste qui atteigne 63 ».
Nous voici à la fois dans l’aléatoire du lancer de dés, face à la précision du juste nombre, soit, de 58 à 63 : 5.
Toutes les étapes ne sont pas encore parcourues :
– Le lieu de
l’inhumation doit être recherché (entre
l’équerre et le compas soit au centre du cercle
formé par la marche des 9 Frères)
– Localisé grâce à l’acacia,
symbole d’éternité, le cadavre doit
être reconnu («
C’est lui, c’est l’architecte ! »)
– La putréfaction doit être constatée
(« La chair quitte les os »
et « tout se désunit »)
Tout cela prend du temps.
Et c’est seulement lorsque le lancer des dés donnera le nombre 5 que notre joueur pourra progresser du 58 au 63 et que notre héros passera de l’horizontalité de la mort à la verticalité de la vie.
C’est LE REDRESSEMENT par les 5 points de la Maîtrise, qui lui sont appliqués par notre Frère Grand Expert en le relevant.
En Hiram, renaît notre nouveau Maître.
Voici notre joueur enfin arrivé dans le jardin de l’oie où celle-ci trône en majesté.
« Aussi radieuse que jamais »
Dans la Lumière éclatante de son plumage blanc, symbole de pureté, mélange parfait de toutes les couleurs du spectre lumineux, renvoyant ainsi à la dialectique du TOUT et de l’UN, de la multiplicité manifestée dans sa plus parfaite unité.
C’est le couronnement.
La reconstitution de l’Unité par le rassemblement de ce qui est épars, dans la Lumière qui succède aux ténèbres.
Jardin de l’oie
Jardin des Hespérides
Jardin d’Eden
Où devant les douze portes de la Jérusalem céleste de l’Apocalypse de Jean ?
Les 3 voyelles sans consonne du mot OIE précèdent-elles ou comblent-elles les 4 consonnes sans voyelle du Tétragramme imprononçable ?63, c’est à dire 7 fois 9.
Le 9 est relié au 1 puisque, puissance au carré du nombre 3.
Il en exprime l’essence, qui est celle de l’Unité primordiale, de la plénitude, de la perfection.
– 9 comme la batterie
écossaise au 3° degré.
– 9 comme 9 mois de gestation.
– 9 comme un œuf, qui donne toujours naissance à
une vie nouvelle, symbole de la transmutation et de la renaissance
– 9 comme Neuf, c’est-à-dire nouveau
C’est l’accomplissement du voyage initiatique de notre voyageur pérégrin.
Il a accédé au Centre de lui-même, entre l’équerre et le compas, régénéré entre la terre et le ciel, entre le carré et le cercle.
Conscient de son évolution dans sa quête de la richesse intérieure.
Conscient de son passage à l’intériorisation qui va lui permettre de progresser encore dans la voie de la Lumière et de la Connaissance.
Il est devenu maître de ses émotions, de ses pensées, de ses actes.
Sachant désormais que le centre est partout et la circonférence nulle part.
Idéal d’une liberté fondamentale de penser et d’agir autour de cette MERE-LOI qui régit toutes choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail.
Il a compris le sens de la vie et le sens de sa vie.
Il sait que la conscience, complétée par la spiritualité est une véritable émancipation qui permet d’affronter les défis de l’existence.
Il a accédé au Centre.
Mais il doit maintenant en revenir, car l’aller et le retour s’inscrivent comme un ensemble indissociable.
Il doit en revenir pour transmettre, ensemencer, accomplir sa tâche d’artisan de l’humanité.
Et, faire en sorte que la Sagesse, la Force et la Beauté qu’il porte en lui, maintenant irradient autour de lui avec Paix, Amour et Joie.
D’ailleurs, la contraction de « jeu de l’oie » ne donne-t-elle pas JOIE !
Ainsi prend fin cette Odyssée intérieure à la conquête de notre libre conscience que représente le jeu de l’oie.
Comme un pèlerinage qui part du profane pour aller vers le sacré, le jeu de l’oie, image de la vie en tant que long cheminement qu’il convient d’assumer pour essayer d’atteindre notre véritable dimension.
Maintenant notre voyageur est prêt pour commencer son cheminement vers la quête de la parole perdue, et peut être plus loin.
Lui seul, pourra choisir son chemin et le parcours qu’il souhaitera faire.
« Rien n’est écrit du chemin, c’est nous qui le traçons et l’inventons au fur et à mesure que nous avançons »dit le Rabin Ouaknine.
Et notre F Goethe a écrit :
« Qui ignore le ‘Meurs et Deviens’ n’est qu’un morne passager sur une terre ténébreuse… Le chemin mystérieux va toujours vers l’intérieur, toute descente en soi, tout regard vers l’intérieur est aussi une ASCENSION ».
J’ai dit Très Respectable et vous tous Vénérables Maîtres, mes Frères.