Lumière

Auteur:

P∴ N∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

L’ouverture des travaux au RER représente la création du monde par un jeu de lumières qui lui est propre et exclusif : le Vénérable Maître allume, seul, en secret et dans l’obscurité, les trois lumières du chandelier d’Orient, et les apporte dans une loge obscure et totalement silencieuse, représentant ainsi l’introduction dans la Manifestation des trois facultés émanées du monde divin ; ensuite, la pensée, la volonté et l’action de Dieu sont transmis aux trois flambeaux d’angle du tapis, toujours dans un silence « intersidéral » absolu mais une lumière grandissante, ce qui représente l’apparition du monde intermédiaire des Esprits angéliques ; enfin, le Secrétaire et les deux Surveillants rapportent cette même lumière à leurs plateaux respectifs, éclairant ainsi le monde matériel, qui est celui de l’homme et de la loge au travail.

II

Quelques réflexions sur les lumières au RER.

L’instruction du 4ème grade du RER, reprenant celle du 1ème grade, nous enseigne que les trois bougies placées sur l’autel du député Maître représentent la triple faculté de « Pensée, Volonté, Action » par laquelle le GADLU dirige le monde. Elle ajoute que ces lumières sont identiques dans les 4 grades « symboliques » du Rite. Ces trois lumières sont-elles une allusion à la trinité chrétienne, comme c’était le cas dans la franc-maçonnerie classique du temps, celle qui deviendra le Rite Français.

On sait que dans cette maçonnerie de type « moderne », telle que révélée dans la divulgation anglaise de Prichard, Maçonnery Dissected, les trois « grandes lumières », représentées par les trois grands chandeliers lumières d’angle du tableau de Loge, signifiaient le soleil, la lune et le maître de la loge (1), et par-delà les trois personnes de la trinité chrétienne, les trois lumières d’Orient n’étant que la répétition des trois grands chandeliers.

Le Rite Rectifié est différent. Sa phraséologie est inspirée de la doctrine de Martines de Pasqually, dont les origines juives expliquent sans peine son attachement à un strict monothéisme. Pour lui les trois « attributs divins », Pensée – Volonté – Action, sont inhérents à l’immensité du Dieu unique et ne peuvent représenter la Trinité chrétienne.

Dans les grades « bleus », la loge est illuminée par neuf bougies.

Trois à l’Orient, devant le V M (cf supra)

Trois autour du tableau de loge, posées sur trois grands chandeliers.

Une sur les plateaux de chaque surveillant à l’Occident et sur celui du secrétaire au Nord-Est.

L’ouverture de la loge au grade d’apprenti re-présente la Création du Monde selon la théogonie de Martinez.

Cette théogonie très particulière, Robert Amadou la résume ainsi :

Dieu est Un mais ses puissances sont Trines (Pensée – Volonté – Action) et son essence « Quatrine ». Au commencement il crée des êtres spirituels, libres qui forment sa cour. Certains de ces êtres cèdent à ‘orgueil et « opèrent » à l’instar de Dieu. Pour les punir, ils sont chassés de sa cour et emprisonnés dans le monde matériel, créé mais non « émané », donc illusoire.

Dieu émane alors l’homme, « mineur spirituel » puisqu’il vient en dernier, mais doué de privilèges supérieurs à ceux de ses aînés. Adam, est chargé de la garde et de la réhabilitation des « anges « déchus » Hélas, il cède à la tentation de ceux qu’il devait garder et veut lui aussi devenir créateur. Il use de sa puissance pour créer une œuvre de perdition. Sa créature, « Houwa », est ratée. Suite à son forfait, Adam perd son corps glorieux et se matérialise. De pensant, il devient » pensif et perd la communication directe avec Dieu, celle-ci n’est plus possible que par un intermédiaire spirituel. Ne lui reste que le souvenir de ce qu’il fut (signification du miroir du 2ème degré) et le désir de retrouver sont état perdu (« réintégration »).

La création du monde se fait en deux étapes : celle du monde spirituel d’abord, du monde matériel ensuite. L’ouverture de la lige rectifiée suit précisément ce schéma.

Première étape : Dans l’antichambre, le V M, humble image du Très-Haut, allume lui-même les trois lumières qui le précèdent dans la loge enténébrée. Il re-joue ainsi symboliquement le flux des trois facultés divines, « émanées » avant le Commencement. Les F F sont invités à recevoir cette lumière.

Deuxième étape : Ces trois facultés, et plus particulièrement la troisième (Action), descendent de l’Orient et apportent la lumière aux trois flambeaux d’angle. Ceux-ci représentent le monde intermédiaire ou spirituel, celui-ci des Esprits spirituels ou angéliques, premier objet (chronologique) de la Création.

Troisième étape : la lumière est recueillie par les deux surveillants et le secrétaire qui la rapporte à leurs plateaux respectifs. Ces trois lumières excentriques représentent le monde matériel (le nôtre), créé, et non émané, par Dieu pour qu’il soit la prison des Esprits prévaricateurs avant qu’elle ne devienne celle de l’homme déchu.

Deux remarques

Le monde matériel est périphérique, le monde spirituel central. Rien là de fortuit, l’Esprit  est plus près du centre, donc de Dieu, que la matière.

L’immensité divine ne communique avec le monde matériel que par l’intermédiaire du monde spirituel.

Au 4ème grade, la loge de Maître Ecossais de Saint-André est illuminée par 25 lumières :

Les trois lumières d’Orient dont la signification est la même qu’aux grades précédents.

Quatre chandeliers d’angle autour du tableau central.

Seize (4 X 4) lumières aux angles de la chambre (ou aux points cardinaux pour certains).

Une lumière sur les plateaux des surveillants.

Le nombre quatre est d’après Martinez le nombre de la Divinité (son essence « quatrine »), donc de l’Homme qui fut créé à son image et jouit, comme Dieu, des quatre facultés de Volonté, Pensée, action et Opération.

Seize est le carré de quatre, opération qui souligne la résurrection d’Hiram, homme et Dieu, c’est-à-dire du Christ comme l’explique l’Instruction finale du grade. Il n’est donc que normal que les 16 bougies d’angle ne soient illuminées qu’après la reconstruction du temple et avant la résurrection d’Hiram (troisième tableau).

Enfin, vingt-cinq est le nombre de la  création car 25 est aussi 7 (2 + 5), soit le nombre de jours de la création.

Deux remarques :

Le monde est organisé en cercles concentriques, dont le plus extérieur forme le monde matériel. Rien là de fortuit, l’Esprit est plus près du centre, donc de Dieu, que la matière.

L’immensité divine ne communique avec le monde matériel que par l’intermédiaire du monde spirituel.

III

Commentaires de Y D

Le chandelier à trois branches symbolise la triple essence divine : Pensée, Volonté, Action. C’est écrit partout et en particulier dès l’instruction morale de l’apprenti.

Il est donc symboliquement fondamental que ce soit le V M lui même qui allume ce chandelier avant d’entrer en loge. Il donne ainsi l’expression matérielle de cette triple essence divine qu’il va amener à l’Orient faisant de celui ci le centre d’où vont partir les pointes angulaires (centre et triangle, voir message précédent sur le sujet) « Que la lumière la plus pure nous aide à les vérifier ».

A partir de là les étapes suivantes ne feront que reproduire symboliquement les deux aspects créateurs de l’Eternel, d’abord dans sa puissance quaternaire : le spirituel, ensuite dans sa puissance ternaire : la forme.

L’illumination des trois flambeaux par le V M représente le monde spirituel des êtres émanés mais différence fondamentale nous sommes passés d’une lumière verticale à une lumière horizontale. Le temps et la forme n’existent toujours pas.

Puis les deux surveillants et le secrétaire vont rapporter cette lumière à leur plateaux respectifs; ces lumières excentriques symbolisant le monde crée, celui de la forme Ces lumières élémentaires correspondent aux trois essences souffre, mercure sel. Il est donc important que cet allumage ait lieu simultanément, ce qui n’est pas toujours le cas.

Nous avons donc à la fin trois cercles de lumière :

Le premier le plus extérieur celui de l’homme, de la matière qui ne peut être en relation directe avec la triple essence divine à l’orient et qui ne peut communiquer avec celle ci qu’à travers le deuxième cercle celui des esprits spirituels. Ce qui nous est dit à tous les étages de la doctrine.

Source de réflexion pour ceux qui veulent approfondir la question :

L’article magnifique en trois parties de Roger Dachez et René Désaguliers :

Le système des Lumières et leurs significations cosmologiques dans le Régime Ecossais Rectifié, dans Renaissance Traditionnelle de 1993 numéros 93, double 94-95, 96.

Note 
(1) Ces trois grandes lumières caractérisaient la franc-maçonnerie de Rite Moderne, par opposition à celle de Rite Ancien.

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