L’histoire de NAAMAN le lépreux dans le 5e chapitre du 2e Livre des Rois

Auteur:

F∴ L∴

GLDF
Loge:
Non communiqué


Rappel du texte :

Naaman, est un puissant commandant syrien, très respecté ; malheureusement il est atteint de la lèpre.

Entendant parler, par une jeune esclave, du prophète israélien Élisée, réputé pour ses guérisons miraculeuses, il se rend en Israël, introduit auprès du roi par une lettre de celui d’Aram. Lettre qui provoqua le courroux du roi d’Israël.

Il part, accompagné de richesses pour demander sa guérison.
Élisée, au lieu de le recevoir, lui envoie un ordre simple : se plonger sept fois dans le Jourdain.
Naaman, surpris et fier, refuse d’abord mais finit par obéir sur les conseils de ses serviteurs. Miracle ! Il est guéri de sa lèpre.

Guéhazi, le serviteur d’Élisée, envieux des richesses de Naaman, le suit et ment en disant qu’Élisée a besoin d’argent et de vêtements.

Naaman, reconnaissant, lui donne ce qu’il demande. Mais Élisée, découvrant la tromperie, maudit Guéhazi qui est, à son tour, frappé de lèpre.


Un peu d’histoire :

Salomon vécut de: -970 à -931.

En -931, a lieu le schisme du royaume d’Israël : le prophète Ahija de Silo s’adressant à Jéroboam, prophétise la division du royaume en déchirant sa tunique en 12 morceaux symbolisant les 12 tribus ; il en donne 10 à Jéroboam et 2 à Roboam, fils et successeur de Salomon, mais mauvais roi autoritaire et cruel.

Ainsi, Jéroboam deviendrait roi des dix tribus du nord, réalisant le royaume d’Israël ; tandis que Roboam deviendrait roi des 2 tribus du sud, Juda et Benjamin, réalisant le royaume de Juda.
Jérusalem étant dans le royaume de Juda, pour marquer son indépendance, Jéroboam ne souhaitant pas que son peuple s’y rende, installa 2 veaux d’or à Dan et Bethel et amena ses tribus à leur rendre un culte païen.

Les 2 tribus de Roboam s’écartèrent elles aussi de la loi divine.

Élisée : nul ne connait sa date de naissance, mais il mourut en -800 ; c’était le fils spirituel d’Elie -927 /- 850, natif de Tishbe.

La lèpre qui touche Naaman est à considérer dans son sens biblique :
C’est une maladie de peau considérée comme impure et contagieuse.
Elle est souvent vue comme une punition divine.

C’est le fardeau de l’ensemble des péchés et l’obscurantisme qui nuisent au développement de la vraie nature spirituelle humaine.

C’est une maladie individuelle, mais aussi collective par contagiosité.

A noter que c’est une maladie de peau, donc superficielle, au début, et qui peut ne pas atteindre l’essence même de l’individu.

Hypothèse personnelle : la lèpre touche la cosmétique, et celui qui en est atteint n’est plus « lumineux » ; peut-être est-ce donc celui qui n’a pas, ou plus, la foi ?


Voyons les différentes étapes de ce récit :

1 – la rencontre de Naaman avec la fillette : c’est la providence à laquelle on est ouvert si on respecte, la recommandation « écoutez les hommes avec attention et déférence », « la vérité est une lumière que l’homme perçoit confusément ; elle peut pourtant se révéler dans tout son éclat à celui qui veut ouvrir les yeux » ; Naaman a su accorder du crédit aux propos d’une simple esclave.

2 – la lettre du roi d’Aram , qui pourrait être Ben Hadad 2, semblerait relever de la même attitude d’écoute de ce roi, dont les conflits avec celui d’Israël durent depuis la disparition de Salomon ;
Ben Hadad pensait convaincre le roi d’Israël, Joachaz ou Joas, (les textes ne sont pas assez précis pour dater cet événement) d’intervenir pour « qu’il délivre Naaman de la lèpre ».
Le roi d’Israël fut troublé par cette demande, pensant qu’il lui était impossible de guérir quelqu’un de la Lèpre.

Toujours en conflit avec celui d’Aram, qui venait de le vaincre, il se sent alors provoqué et humilié car dépourvu de pouvoir prophétique depuis la chute de Salomon.
Les pouvoirs du roi se limitent au pouvoir temporel face au pouvoir divin.
Les rois sont, en effet, devenus païens, honorant les cultes d’idoles et vénérant l’argent et les femmes, ils se sont éloignés de la Vérité, et la Parole a été perdue.

D’où la réaction de Joachaz (ou Joas), vexé d’être privé de pouvoir prophétique personnel, il déchire ses vêtements.

Ce geste exprime des émotions intenses comme la honte, la colère face à ce qu’il juge comme une provocation.

Cela évoque aussi le rite funéraire du « Kri’a »* qui exprime la douleur intense d’une privation, le déchirement du cœur (en souvenir de l’histoire de Jacob apprenant la mort de Joseph**).
En outre, les vêtements étant un marqueur social, le déchirement est un rejet du statut royal que symbolise le vêtement, un abandon de la fonction.

3 – la réponse d’Elisée : son refus de se présenter à Naaman est une mise à l’épreuve:
Naaman aveuglé par son ignorance et son orgueil est contrarié de ne pas pouvoir encenser le prophète, ce qui motive sa colère.

«Les préjugés, les passions et l’erreur placent de nombreux obstacles entre l’homme et la Vérité »
L’attitude d’Elisée n’est pas sans rappeler la maïeutique de Socrate et l’invitation à rechercher en soi la Vérité.

C’est à nouveau une allusion à notre VITRIOL : tout est en nous, cependant, encore une fois, il faut « écouter les hommes avec attention », conseil qui amènera Namaan, à écouter ses serviteurs, et, ainsi, à faire confiance et ouvrir son cœur.

Le Mikvé, bain purificateur ne peut se faire que, seulement, dans le Jourdain, car c’est le fleuve du passage des hébreux vers la terre promise. Ce passage marque la fin de l’errance dans le désert avant l’établissement en Canaan.

Symboliquement, c’est la fin de l’errance matérielle et païenne et l’accès à la spiritualité, en un mot la conversion.

D’où la nécessité des 7 bains pour accéder à ce royaume.

7 rappelant les 7 jours de la création dans la genèse, il faut 7 bains pour créer un homme de Dieu.

Cette purification par l’eau rappelle l’épreuve du premier degré, mais si cette épreuve se limitait à supprimer les maquillages présents lors de notre admission, le Mikvé constitue un nettoyage de l’âme et son ouverture à la spiritualité ; c’est une véritable conversion.

L’action d’Elisée a été de réveiller la curiosité et la confiance de Naaman afin d’établir ou rétablir une alliance avec le divin.

La médiation d’Élisée, qui réussit par l’humilité et la foi de Naaman, souligne l’importance de la guidance spirituelle et de la confiance en des valeurs élevées, similaires aux valeurs promues dans le 4ème degré maçonnique.

La médiation victorieuse d’Elisée montre la supériorité de la spiritualité sur le pouvoir temporel.
Ainsi, Naaman, qui, faisant preuve d’humilité, a su accorder confiance à la providence, respecter la loi universelle, et surtout marcher dans les voies de la Justice, sera-t-il purifié.

Sa guérison atteste que la miséricorde de Dieu s’étend au-delà d’Israël et peut toucher les ennemis d’Israël.

C’est l’espérance qui a conduit Naaman à redécouvrir la foi.
Ainsi « l’éclat du jour a chassé les ténèbres ».

Par rapport au 4e degré,
les situations sont totalement inversées : ici, la lèpre est vaincue par purification, alors que notre 4e degré est une prévention à la contraction de la lèpre (dans son sens biblique).

Toutes les exhortations, recommandations, tous les conseils et obligations n’ont qu’un rôle préventif, afin de ne pas tomber dans la décadence salomonienne.

Ce degré complète l’enseignement conféré par les 2 premiers degrés, mais la présentation évoque le décalogue.

D’ailleurs qui prononce ces exhortations, sentences, conseils, et obligations ? : le T.F.P.M. est sensé symboliser Salomon ; ne serait-ce donc pas l’expression du G.A.D.L.U. grâce au pouvoir prophétique de ce roi ?

La défaillance du roi d’Israël :

Au chapitre 11 du 2e livre des rois, on assiste à la décadence de Salomon.
A l’époque de la vieillesse de Salomon, ses femmes entrainairent son cœur à suivre d’autres dieux, et il ne s’attacha pas sans réserve à l’Eternel, son Dieu.

Il y a là violation des deux premiers commandements du décalogue :
« Tu n’auras pas d’autres dieux que moi. »

« Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces images, pour leur rendre un culte », ce qui rappelle notre exhortation : « vous ne forgerez pas d’idole humaine… »

D’où la sanction infligée par l’éternel : de retirer la royauté à Salomon, conformément à notre mise en garde « malheur à ceux qui acceptent légèrement des devoirs et qui, ensuite, les négligent ».

Ses successeurs sont devenus païens : dans le sens réel de ce terme : croire en plusieurs dieux.
Ainsi, la Vérité a été oubliée et la parole perdue.

Dans la tradition biblique, la prophétie est liée à l’esprit de Dieu, et les prophètes sont considérés comme choisis par Dieu pour transmettre ses messages.

Ils diffèrent ainsi des oracles qui pratiquent la divination, pratique occulte et métaphysique visant à découvrir ce qui est inconnu comme l’avenir, les secrets ou les mystères par des moyens non rationnels.
Le prophète, lui, est choisi par Dieu qui en fait son Envoyé, sa voix.

Le pouvoir prophétique disparait devant la divination des oracles, à moins que l’oracle, lui-même soit inspiré par Dieu…comme on le voit dans l’histoire de la mule de Balaam (Nombres Ch 22***).

Les rois d’Israël vénérant des idoles et étant mus par l’argent et la luxure ont perdu leur pouvoir prophétique mais peut être aussi sacerdotal.

La défaillance du roi d’Israël est la conséquence de ce déclin alors que la médiation d’Elisée est d’autant plus convaincante qu’elle découle d’une foi, ou confiance sans limite, confiance qu’il a su faire naitre chez Naaman en ne jugeant pas utile de se déplacer…

Cette histoire est aussi marquée par le comportement de Gueazi dont la cupidité et le mensonge l’ont conduit à la contraction de la lèpre.., qui lui ferme dès lors le royaume de Dieu, ainsi qu’il l’est écrit « il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » ( marc 10,17).


07/3/2025 F.L.