La Jeunesse de l’Architecte
Non communiqué
« Tranche de vie, où l’opératisme se mélange symboliquement avec humour (enfin, j’espère) au spéculatisme ».
1er jour
Dis donc, Zaref, maintenant qu’on a presque terminé de tailler cette pierre qui n’en finit pas d’être brute, as-tu bien compris ce premier cours sur le compas, parce que moi pfffffff…
Ben, écoute, Hiram, c’est simple, on nous dit qu’avec un compas on peut tout faire, tout mesurer, alors te biles pas, essayons et on verra bien…
2ème jour
Dis donc, Zaref, j’ai essayé et je n’y arrive pas. On ne peut pas tout faire avec un compas. Par exemple, j’ai voulu tracer un angle idéalement droit et je n’y suis pas parvenu. Si c’est possible, ce doit être bien compliqué, en tout cas.
Qu’as-tu fait alors ? Foi d’Hiram, je suis allé fouiner dans l’atelier de papa et avec un de ses vieux outils qu’il m’a conseillé, je l’ai fait ; Ah oui ? Et quel outil ? Il appelle ça une équerre et il m’a dit que c’était vieux comme le monde.
3ème jour
Dis donc, Zaref, ça ne s’arrange pas avec ce prof. Voilà qu’il nous dit que pour devenir un architecte digne de ce nom et un homme comme il faut, il faudra n’utiliser nos règles QUE pour faire des choses droites. Alors, pour l’architecte, je pige mais pour « l’homme comme il faut… » Oui, Hiram, ça a l’air bien difficile et j’ai moi aussi du mal à comprendre, mais essayons, sinon notre diplôme on pourra se le mettre en sautoir. D’accord, Zaref, essayons de faire des choses bien droites.
4ème jour
Dis donc, Zaref, j’ai trouvé un bon truc pour les choses droites et les règles : j’ai cherché à nouveau dans l’atelier de papa, tu verrais ce capharnaüm ! Et j’y ai trouvé un autre outil, encore plus vieux je crois bien, et tu sais quoi ? Eh bien, avec lui, j’y suis arrivé : que des choses droites…et à volonté en plus. Papa appelle ça un levier, je crois.
5ème jour
Dis donc Zaref, ça avance bien notre travail et si tout à l’air d’équerre et bien droit, je pense qu’il faut s’assurer que rien n’est bancal et que ça ne risque pas de renverser. D’accord, Hiram, mais comment fait-on ? Facile, Zaref, facile : nivelons, nivelons…nivelons.
6ème jour
Dis donc, Zaref, là c’est carrément génial. Notre travail à l’air vraiment bien droit, d’équerre et plan comme il convient. Ça baigne, quoi. Qu’en penses-tu ? J’en pense, Hiram, qu’heureusement que moi aussi j’ai un père avec un atelier capharnaüm et des tas de vieux trucs. Moi aussi, j’ai trouvé un vieil outil, celui-ci, et tu vas voir, avec lui on va vérifier que tout va vraiment bien. Après, tu verras, on sera impeccables. Enfin, c’est ce que m’a dit papa. Et c’est ainsi que grâce à son ami Zaref, grâce au papa de Zaref, grâce à son propre père et grâce aux deux vieux ateliers, le jeune Hiram Abi comprit qu’il n’était pas si aisé de réaliser quelque chose de sa simple volonté. Ainsi, nous pouvons l’affirmer sans coup férir : le Génie n’est rien sans la Génération.
7ème jour
Ils se reposèrent…mais, en étudiants consciencieux, ils pensèrent à leur cours du lendemain dans lequel il serait question de mystérieuses colonnes. Mais à chaque jour suffit sa peine…
J’ai dit,
S S et F F