18° #815013

La belle au bois dormant, un conte au 18ème degré.

Auteur:

J∴-J∴ S∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

La belle au bois dormant, un conte au 18ème degré.



Très Sage et vous tous mes Frères Chevaliers Rose-Croix,

Il était une fois une jeune princesse d’une très grande beauté. Sept fées se penchèrent sur son berceau pour lui donner les dons les plus merveilleux qu’une princesse puisse recevoir. Mais une des sept fées, jalouse, lui jeta un sort : elle se piquerait à l’aiguille d’un fuseau et mourrait. Heureusement, la plus jeune des sept fées, se penchant en dernier sur le berceau, atténua la malédiction. Elle prédit qu’au lieu de lui donner la mort, la piqûre l’endormirait pour cent ans, et que le fils d’un roi viendrait la réveiller. Le Roi, pour protéger sa fille, l’installa dans une chambre dorée au plus haut de la plus haute tour du château et fit interdire de filer au fuseau dans tout le royaume. Une vieille fileuse, qui travaillait dans une partie reculée du château, n’avait pas entendu l’interdiction royale.

Un jour, la princesse la découvrit et la vieille entreprit de l’initier au filage. La princesse se piqua au doigt et s’endormit immédiatement. Son père ne put la réveiller et se résolut à la laisser seule dans la tour du château, entourée de son chien et de ses domestiques. Ceux-ci étaient également plongés, immobiles, dans le même profond sommeil, ainsi que le jardin et les pierres du château. Les alentours furent vite la proie d’une forêt infranchissable.

Cent ans après, le fils du roi voisin apprit l’existence de la belle endormie. Son cœur s’enflamma pour elle et il décida d’aller la réveiller. Après avoir vaincu la forêt, il parvint au chevet de la belle, et déposant un baiser sur ses lèvres, l’éveilla à l’instant. En même temps il éveilla tout le château, hommes, animaux, végétaux et même les pierres. Le prince épousa la belle et ils eurent deux enfants, une fille appelée « l’Aurore » et un fils appelé « le Jour ».

L’épouse du Roi, qui était une ogresse, exigea qu’on lui apporte les enfants pour les dévorer. Mais, les enfants ayant été substitués, elle comprit qu’elle avait été trompée et se jeta dans une fosse à serpents. Le prince, la belle et leurs enfants purent alors vivre heureux et unis pour le reste des jours.

Voilà le conte de la Belle au Bois Dormant, résumé certes, dans la version écrite de Charles Perrault. Mais en quoi ce conte nous concerne-t-il, nous, Chevaliers Rose-Croix ?

En premier lieu, je pourrais dire que tout conte, toute légende, tout mythe nous concernent, dans la mesure où l’immense écheveau auquel ils appartiennent est celui de la tradition. Ils véhiculent des images, des symboles, des sagesses qui condensent d’innombrables inclinations selon les époques, les peuples et civilisations. Tous les contes dits populaires sont les résurgences d’un vieux fonds mythique partiellement occulté ou grandement transfiguré. Ils témoignent d’une tradition archaïque que René Guénon qualifie de primordiale.

Les écrivains du Moyen-Age n’inventaient pas leurs histoires, ils adaptaient pour l’écrit les récits de tradition orale qui venaient du fonds des âges. Perrault n’a pas sorti de son imagination le conte de la Belle au Bois Dormant, ni aucun autre d’ailleurs. Et s’il les a rassemblés en une somme appelée les Contes de ma mère l’Oye, c’est que l’Oie est le symbole de cette tradition ancestrale.

En effet, celle-ci était considérée comme la mère originelle, elle-même apparentée à la Fée Mélusine, à la Reine Pédauque, et même à la Veuve dont nous nous réclamons. Mais ceci est un autre sujet.

En deuxième lieu, je propose de considérer notre rite comme lui aussi provenant de sources multiples, l’histoire maçonnique nous l’apprend. Nos mythes et nos rituels, les personnages que nous côtoyons ou endossons, nos mots et références proviennent essentiellement de l’Ancien et du Nouveau Testaments, tout simplement parce que ceux-ci étaient la source culturelle prédominante aux temps de la gestation de nos rites. Et comme les récits qui les composent proviennent sans nul doute de traditions antérieures, celles du vaste domaine de l’histoire archaïque de ce que l’on appelle aujourd’hui le Moyen Orient, ils procèdent du même schéma de transmission que nos contes populaires.

Même la Passion du Christ est relatée sur un soubassement symbolique. Il est difficile de suivre les fils innombrables qui se glissent dans ces mythes et récits, difficile, et pourtant ce sont eux qui tissent la trame de la connaissance traditionnelle. Un seul exemple : comment comprendre le mythe d’Hiram, fondamental dans notre rite, si l’on ne sait pas qu’il y a eu glissement et substitutions depuis l’histoire de Noé, et en amont, celle d’Osiris ?

Donc la gageure à laquelle je me suis assigné est celle de chercher les fils tendus entre le conte de la Belle au Bois Dormant et le 18ème degré tel que nous le pratiquons.

Bien sûr, je ne saurai être exhaustif et me cantonnerai à quelques parallèles pour susciter nos réflexions.

Nos travaux de CRC commencent à l’heure où les ténèbres et la consternation se répandent sur la terre, où l’Etoile Flamboyante s’éteint et la Parole est perdue. Ils se terminent ou plus exactement sont suspendus lorsque les ténèbres sont dissipées, où l’Etoile Flamboyante reparaît et où la Parole est retrouvée. Dans le conte, au moment du charme, quand la Belle se pique au doigt, elle s’endort, mais ses proches aussi (dont son chien, ce qui n’est pas anodin) puis tout ce qui l’entoure.

On note que Perrault nous dit bien que s’endorment successivement son entourage du château, puis le jardin et les pierres, soit le monde humain, le monde animal, le monde végétal puis le monde minéral, autrement dit toute la manifestation. Successivement implique une durée et nous indique donc que ceci se passe dans notre monde, qu’il ne s’agit pas d’un monde fantasmagorique, qu’il s’inscrit dans un temps qui lui donne un sens. Comme notre rituel où les lumières s’éteignent l’une après l’autre.

Comment entendre le titre même du conte ? Qui est dormant ? La Belle, le bois ? Les deux sûrement, car leur sort est lié. Le bois s’endort avec l’héroïne et devient à l’instant une barrière infranchissable et obscure. Le premier temple de l’initiation au 18ème degré est lui aussi dans les ténèbres et son décor est jonché de ruines. Les chevaliers présents sont eux aussi revêtus de noir, la tête couverte.

Tout est mort, détruit ? Non, tout est endormi. Il reste une lumière, celle de l’espérance. Le fils du Roi s’enflamme pour la belle endormie. C’est dans son cœur que réside l’espoir, c’est de là qu’il va entreprendre son voyage vers la Belle. Bien sûr, nous savons que dans nombre de mythes et de contes, la Belle symbolise l’objet de la quête. Le Chevalier d’Orient et d’Occident, comme le fils du Roi, garde en lui l’espérance. C’est elle qui lui donne foi pour s’engager sur le chemin de la quête.

Dans le conte, la voie passe par la forêt obscure, dans le rituel elle passe par les contrées où la vérité a été éclipsée et la parole perdue. Dans d’autres mythes, le héros doit franchir des eaux tumultueuses (comme au 15ème degré de notre rite, par exemple). Le pont, comme le fil de la forêt obscure symbolise la voie ténue mais tendue vers la lumière. Ce n’est pas le Petit Poucet qui dira le contraire, ni Lancelot en route pour délivrer Guenièvre (dont l’étymologie celtique signifie lumière)

Et alors, le fils du Roi arrive au chevet de la Belle endormie et c’est le baiser sur les lèvres qui va exhausser le charme. C’est le souffle d’une bouche à l’autre qui va éveiller la Belle puis l’intégralité de la manifestation. La vie renaît de l’union des lèvres. L’amour est agissant. Le parallèle ici est évident avec le 18ème degré. La parole vient bien d’une bouche, non ? La parole perdue du rite, c’est la bouche sans souffle de l’endormie. Et la parole est réactivée par le souffle de l’Amour, par la flamme de l’Amour, par le Feu !

INRI, Igne Natura Renovatur Integra. La Nature est renouvelée entièrement par le feu. C’est bien de cela qu’il s’agit. Notre mot sacré est en filigrane dans le conte.

Et du souffle de l’Amour qu’advient-il ? Deux enfants, l’Aurore et le Jour. Et toute la nature est alors éclairée. L’ogresse n’y pourra rien.

Les Romains ne pourront rien non plus contre le commandement nouveau du Nazaréen, INRI.

Et les Chevaliers Rose-Croix peuvent suspendre leurs travaux car la Parole est retrouvée, les ténèbres sont dissipées, et la lumière est revenue dans tout son éclat. Mensonges et erreurs (des ogres et ogresses) vont se fracasser sur la Nouvelle Loi.

Je ne prolonge pas trop mes propos, mes Frères. J’aurais pu interroger notre conte sur d’autres symboles qui peuvent entrer en résonance avec la voie initiatique, donc avec notre rite et le 18ème degré. Par exemple sur les sept fées, ou plus exactement sur les six plus une, comme notre batterie, tiens donc. Ou encore sur le symbolisme du filage, ou encore sur la substitution des enfants. Le principe de substitution est omniprésent dans les contes et mythes, tout comme dans notre Rite. Dans le conte de la Belle au Bois Dormant, il est nécessaire que les enfants, c’est-à-dire les jours, autrement dit le temps, aient été substitués pour ne pas disparaître totalement et illuminer ensuite toute la manifestation. L’étude de ce principe de substitution requiert bien plus de place que le simple paragraphe d’une planche, convenez-en !

Mes Frères Chevaliers Rose-Croix, j’espère vous avoir convaincu de faire autant de cas à nos contes et légendes dites populaires qu’aux textes sacrés, autant à la tradition orale qu’aux nobles écritures, pour éclairer notre chemin.

J’ai dit.
JJ S:.

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